Antonio Martín, « Le Durruti de la Cerdagne »

15 mai 2015 by

Article biographique par Antonio Gascón et Agustín Guillamón publié en novembre et décembre 2014 dans Catalunya, le journal de la CGT de Catalogne, traduit en français par nos amis du C.A.T.S. de Caen (traduction relue par Agustín Guillamón qui nous l’a envoyée, le CATS nous en ayant autorisé la publication).

Antonio Martín Escudero, plus connu sous le surnom péjoratif d’« el Cojo de Málaga » (« le Boiteux de Málaga ») naquit à Belvis de Monroy (Cáceres). Il était le fils de Celestino Martín Muñoz, cultivateur, et d’Ascensión Escudero Jara, « femme au foyer ». À la naissance d’Antonio, tous deux avait 26 ans. La boiterie dont il souffrait était dûe à une blessure reçue durant les journées révolutionnaires de la Semaine Tragique de Barcelone [1] (1909). Selon d’autres versions la cause de la boiterie fut une ostéite. Contrebandier spécialisé, avec César Flores, dans le passage d’armes par la frontière pour ravitailler les groupes d’action [2]. En 1922, tous deux furent des collaborateurs actifs et habituels du groupe Los Solidarios [3], dont ils faisaient partie.

Exilé en France de 1924 à 1934. Il géra une minuscule échoppe de cordonnier dans un recoin à coté d’une charbonnerie auvergnate, sur le Boulevard Montparnasse à Paris. En 1927, résidant à Aubervilliers, il eut avec une compagne, dont nous ne connaissons pas le nom complet, une fille appelée Florida Martín Sanmartín, qui survécut à sa mort en 1937. Dans cette ville il travailla d’abord dans la construction et ensuite dans un garage.

Après les faits révolutionnaires d’octobre 1934 [4], Martín rentra à Barcelone, on ne sait pas si c’est sur sa propre décision ou sur mandat de l’Organisation, ce qui démontre comme fausse la légende selon laquelle il aurait été emprisonné durant trois semaines à cause des Évènements d’Octobre, ou celle selon laquelle on le voyait conspirer dans quelques villages.

Ce fut alors qu’il décida de s’installer en Cerdagne, où il travailla dans diverses entreprises et métiers (maçon, journalier, serveur) des deux cotés de la frontière : ouvrier à la laiterie SALI à Puigcerdá, maçon à Bellver, journalier à Sallagosa, serveur à Font-Romeu, ou piochant la pierre sur la route de Meranges, au forfait selon les mètres cubes extraits, ou dans l’entreprise Py de Osseja, en Cerdagne française.

En mars 1936, il agit à Puigcerdá comme leader et porte-voix syndicaliste face au patronat, participant à divers meetings locaux. En mai 1936, il assista au Congrès de la CNT à Saragosse, comme délégué pour les syndicats de la Cerdagne. Ces deux faits démontrent qu’il était un militant cénétiste connu.

Il avait un demi-frère, Blanco Martín Milar, qui au début de la guerre fut au Conseil de Défense [5], se faisant appelé Rojo au lieu de Blanco, et dont nous ne savons rien de plus.

En juillet 1936, il n’y eut à Puigcerdá aucun affrontement ni lutte d’importance, étant donné que la fuite des militants de droite vers la France fut très facile. Il est faux d’avancer que Martín sortait de prison en ces journées, comme l’affirment certains, car il n’était pas prisonnier mais client de l’Auberge de Ca l’Aragonais, où logeait également son ami Segundo Jordá Gil, mort prématurément, fusillé à Gérone en 1943.

À partir de la Mutua Puigcerdanesca (La Mutuelle de Puigcerdá), et grâce à diverses collectivisations du commerce et à l’expropriation de diverses industries locales, il se constitua une Coopérative Populaire, qui tendit à la création d’un monopole commercial à Puigcerdá et aux alentours, et qu’on tenta d’étendre à toute la Cerdagne, avec la création de nouvelles coopératives dans différentes localités.

Le Comité de Puigcerdá, présidé par Antonio Martín, contrôlait la frontière et, par conséquent, le passage d’armes et d’aliments, ainsi que la fuite de curés et de militants de droite, et bien entendu la fuite de déserteurs de la cause républicaine. Il tenta d’imposer progressivement à toute la Cerdagne un prix juste pour le blé, le lait et la viande produite, avec l’objectif d’empêcher la spéculation des propriétaires et de fournir à une Barcelone affamée une production alimentaire à des prix accessibles.

Le 9 septembre 1936, Martín était en train d’effectuer une tournée en France, collectant argent, armes et aliments pour la Révolution. Il ne se trouvait donc, par conséquent, pas à Puigcerdá au moment de la tuerie de 21 militants de droite. Mais quelques jours après, il revendiqua, en assemblée populaire, ces exécutions de fascistes, posant comme alternative, en cas de refus de cette action répressive, la démission en bloc du Comité Révolutionnaire de Puigcerdá. L’assemblée décida la continuité du Comité, qui à la fin octobre prit le nouveau nom de Comité Administratif, dans lequel Martín avait le portefeuille de l’Intérieur.

Joan Solé, le maire de Bellver, négociant en bétail et petit propriétaire éleveur et cultivateur du canton (une mule, environ 20 vaches et occasionnellement un taureau), prit la tête de la résistance de ce village, dans lequel l’Esquerra (ERC) avait réussi à maintenir sa force en ne participant pas au soulèvement d’octobre 1934. D’autre part, Solé apparaissait sous la cape d’une entité civique locale : le Bloc Républicain Catalaniste. Joan Solé s’opposait aux prétentions hégémoniques du Comité de Puigcerdá, tentant de défendre ses intérêts économiques particuliers. Comme négociant de bétail, il était partisan du libre marché et il s’opposait viscéralement, comme beaucoup d’autres propriétaires de Bellver, à la politique collectiviste et « monopolisatrice » du Comité de Puigcerdá.

Il n’y avait rien de personnel, ni non plus d’affrontement idéologique, Antonio Martín et le Comité révolutionnaire de Puigcerdá, étaient, aux yeux des négociants de bétail et des petits propriétaires de Bellver, des « étrangers », anarchistes et sauvages, qui portaient atteinte à leur mode de vie traditionnel, pour s’enrichir personnellement sur leur dos à eux, catalans défenseurs de la propriété privé et de l’ordre
civilisé « de toujours ».

Là est l’origine de la légende noire du « Boiteux de Málaga ». Antonio Martín était un authentique diable pour les propriétaires de Bellver, parce qu’il essayait de leur imposer un prix inférieur pour le kilo de viande, 1,25 peseta de moins que ce qu’ils voulaient, et parce qu’il essayait de faire de même avec le lait et le blé, et parce qu’en plus il voulait leur fermer une autre source traditionnelle de revenus, très lucrative : la contrebande (y compris celle de bétail) et le passage clandestin de personnes par la frontière, opération dont se chargeaient des gens d’Estat Català et du PSUC, qui percevaient ainsi d’importantes quantités d’argent.

Le Comité révolutionnaire de Puigcerdá avait créé La Comunal, une coopérative de production et de consommation, qui tendait à monopoliser toute la production agricole et de bétail de la Cerdagne, avec l’objectif d’éviter la spéculation et de vendre à des prix bon marché le blé, la viande et le lait à une Barcelone affamée. Ce fut le « grand délit » de Martín le Boiteux : éviter que les petits propriétaires de Bellver s’enrichissent en profitant de la faim des travailleurs et travailleuses de Barcelone.

Après l’échec du coup indépendantiste contre Companys [6], en novembre 1936, grâce à l’intervention de la CNT, une des unités qui devait participer à ce coup d’État, le Régiment Pyrénéen N°1 de Catalogne, décida d’envoyer sa compagnie de skieurs à La Molina, en décembre, avec l’objectif d’en finir avec l’hégémonie des anarchistes de Puigcerdá. Sous le prétexte de garder et protéger la frontière, ils établirent des patrouilles permanentes à Bellver, ce qui permit à ce village de créer une série de conflits avec le Conseil de Puigcerdá, conflits derrière lesquels se cachait la défense à outrance des intérêts économiques des propriétaires de bétail. Entre janvier et février 1937, se concentrèrent à Bellver divers groupes armés, avec les excuses les plus bigarrées, composés de gens d’Estat Catalá, de l’ERC et du PSUC, et y compris un groupe de mercenaires commandés par « el Penja-robes », probablement un sympathisant stalinien infiltré parmi les cénétistes de Puigcerdá.

Le 10 février 1937, Joan Solé Cristòfol obtint de nouveau la mairie de Bellver, qu’il avait tenu depuis janvier 1934 jusqu’à octobre 1936.

À son tour, Martín, fatigué de tant d’ingérences et en accord avec les miliciens du POUM en garnison au Sanatorium d’Alp, décidèrent de donner l’assaut au Chalet de La Molina et de faire prisonnier toute la compagnie de skieurs. L’opération militaire se déroula à l’aube du 1er mars 1937. Le succès fut total, étant donné que, sans tirer un coup de feu, on fit prisonnier tous les skieurs, officiers compris. Ces derniers furent envoyés immédiatement à Puigcerdá, comme otages.

Les officiers retenus, les hommes de Martín expédièrent la troupe en direction de Barcelone, où ce même jour étaient parvenues des nouvelles téléphoniques concernant ce qui s’était produit, grâce à deux skieurs qui s’étaient enfuis du Chalet dans un moment de confusion.

Le samedi 6 mars Tarradellas et Santillán [7] sortirent en auto à destination de Puigcerdá et de Bellver pour s’informer des graves faits qui s’y étaient déroulés. Le 8 mars, Tarradellas informa la presse barcelonaise de son voyage en Cerdagne.

Tarradellas avait commencé précipitemment des négociations avec la CNT pour obtenir la rapide libération des otages. Ses interlocuteurs furent, en plus de Santillán, le Conseiller de la Défense Francesc Isgleas et Antonio Martín lui-même, qui passèrent avec Taradellas un accord entre gentlemen : les officiers ne seraient pas fusillés, comme le menaçait au début le « Consell de Puigcerdá », mais remis en liberté, à la condition que les troupes pyrénéennes ne réapparaissent pas dans ce secteur, la Généralité s’engageant en plus à ne pas envoyer là-bas d’autres forces, de quelque type que ce soit. Les officiers otages furent immédiatement libérés, mais le gouvernement de la Généralité ne tint pas son engagement.

À six heures et demi de l’après-midi du 8 mars 1937 se réunit le Conseil de la Généralité, sous la présidence de Tarradellas, avec l’assistance de tous les Conseillers, à l’exception de celui de la Justice. Tarradellas informa sur son voyage en Cerdagne, qu’il fit en compagnie de Santillán. Il expliqua qu’ils tinrent une réunion avec toutes les organisations représentées dans le gouvernement, étant informé de la situation dans la comarque [8]. Accompagnés de Juan Montserrat, délégué à la Défense, et par une section du Bataillon de la Mort, ils montèrent au Château d’Alp, occupé par environ 80 militants du POUM, où « ils s’étaient fortifiés sous l’excuse d’un sanatorium, qui est une espèce d’hôtel de passe, avec des miliciens et de prétendues infirmières. Tous ces miliciens touchent une solde de la Généralité et terrorisent la comarque ».

Cette calomnie si grossière qui diffamait les Poumistes était seulement possible du fait de leur expulsion du gouvernement, et elle s’ajoutait au processus de marginalisation et de mise en accusation de ce parti, auquel on attribuait toutes les difficultés du gouvernement d’unité antifasciste. Le Château d’Alp était un sanatorium pour les miliciens du POUM. Il s’agissait de discréditer ces militants comme premier pas à leur expulsion de la comarque, vu que leur présence affaiblissait les forces contre-révolutionnaires du
PSUC, de l’ERC et du gouvernement de la Généralité.

Antonio Martín fut requis à Puigcerdá pour que « soient retirées toutes les forces avec lesquelles il maintenait bloqués différents villages, en attendant la requête ». Tarradellas retira du lieu un lieutenant qui, par son comportement et son caractère, tendait à aggraver les conflits et il ordonna la remise en liberté de tous les prisonniers.

Tarradellas informa sur les « innovations irréalisables » qui constituent « le programme de ceux qui gouvernent Puigcerdá et le canton », qui « sous le prétexte d’une coopérative générale se sont emparé de tout le village et ne se privent pas de contraindre pour acheter tous les produits à bas prix et les vendre plus chers à Barcelone », créant un problème économique à la solution difficile.

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Antonio Martin - le Durruti de la Cerdagne

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Notes:

1 Soulèvement populaire contre l’envoi des réservistes pour faire la guerre au Maroc.
2 Le terme désigne des groupes anarchistes armés qui menaient dans les années 1920 des attentats et des opérations de représailles contre le patronat, des dignitaires religieux, des politiciens, des officiers connus pour persécuter et assassiner les militants anarchistes. Ils affrontaient la terreur conjointe du patronat et de l’État contre les syndicalistes.
3 Célèbre groupe d’action anarchiste dont faisaient partie, entre autres, Durruti, García Oliver et Ascaso.
4 Tentative avortée de soulèvement populaire contre le gouvernement de droite. Le mouvement catalaniste tenta de prendre le contrôle de Barcelone mais se débanda dès que les forces de répression sortirent dans la rue. Il n’y eut que dans les Asturies que l’insurrection fut réelle et elle fut sauvagement réprimée par l’armée.
5 Le terme désigne le ministère de la défense du gouvernement semi-autonome de la Catalogne, la Généralité.
6 Tentative rocambolesque de renversement du président de la Généralité par un coup d’État fomenté par des ultras catalanistes très marqués à droite. Ils avaient l’intention de proclamer l’indépendance catalane et de réprimer brutalement toute expression anarchiste. La conjuration fut éventée par les services de renseignements cénétistes.
7 Tarradellas était le premier ministre dela Généralité, Santillan (CNT) était le ministre de l’économie de la Généralité.
8 Le terme désigne une entité administrative propre à l’Espagne dont la taille se situe entre celle d’un gros canton et d’un petit département.

Organisation et parti (Lefort)

15 mai 2015 by

Brochure de Démocratie communiste revue et remaquettée, téléchargeable au format pdf:

Ce texte, publié en novembre 1958 dans le n°26 de la revue Socialisme ou Barbarie, accompagna le retrait de Claude Lefort et d’autres militants, qui fondèrent alors Informations et liaisons ouvrières (ILO). Il est repris en 1971 dans le recueil Éléments d’une critique de la bureaucratie (réédition Tel, Gallimard, 1979, p. 98). Nous reproduisons ici la version originale telle que publiée dans la revue, légèrement différente de la réédition.

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Textes de Claude Lefort:

Critique sociale N°35

5 mai 2015 by

Le numéro 35 de Cri­tique Sociale (mai/juin 2015) est dis­po­nible:

Au som­maire :

– Actua­lité :

* L’urgence est à la lutte sociale

* Construi­sons une lutte inter­na­tio­na­liste

* Capi­ta­lisme : c’est reparti pour un tour ?

* Le FN, tou­jours une entre­prise de haine

* Créa­tion d’un réseau anti­ca­pi­ta­liste dans le Gard

– His­toire et théo­rie :

* Pour l’indépendance de classe

* Révo­lu­tion : la spé­cu­la­tion sur le com­ment et la néces­sité du pour­quoi

* “Les Grands hommes de l’exil”, de Marx et Engels

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Notre but est de contribuer à l’information et à l’analyse concernant les luttes sociales et les mouvements révolutionnaires dans le monde. Nous nous inspirons du «marxisme», en particulier du «luxemburgisme», certainement pas comme des dogmes (qu’ils ne sont en réalité nullement), mais comme des outils contribuant au libre exercice de l’esprit critique, à l’analyse de la société, et à la compréhension de sa nécessaire transformation par l’immense majorité. Internationalistes, nous combattons le système capitaliste et toutes les formes d’oppression (sociales, politiques, économiques, ethniques, de genre). Nous militons pour que «l’émancipation des travailleurs soit l’œuvre des travailleurs eux-mêmes», pour une société démocratique, libre, égalitaire et solidaire : une société socialiste, au véritable sens du terme.

http://www.critique-sociale.info

L’anarchisme d’État et la Commune de Barcelone

29 avril 2015 by

Livre à paraître bientôt aux Éditions Ni patrie ni frontières (N° ISSN : 1637-3103 Prix : 10 €).

Nous ne prétendons pas, dans ce livre, donner des réponses aux nombreuses questions que le passé nous a laissées. Nous espérons toutefois relancer la discussion autour des questions de la prise du pouvoir par la classe ouvrière et du contenu du socialisme après la révolution. Les 17 et 19 juillet 1936, pour contrer le coup d’État franquiste, les prolétaires se saisissent eux-mêmes des armes dans les casernes et les arsenaux. Ils se défendent à Barcelone, à Madrid, dans le nord de l’Espagne, en Aragon, au Levant, en Estrémadure et en Andalousie et conquièrent ainsi le pouvoir de leurs propres mains. Le gouvernement de la République les avait trahis et avait refusé de leur fournir les armes. Une fois victorieux, les travailleurs se trouvent aux côtes de la CNT, maîtres du pouvoir. Ils étaient organisés par cette dernière depuis de très nombreuses années.

Aujourd’hui, de nombreux militants ignorent que les instances dirigeantes de la CNT et de l’AIT justifièrent théoriquement et politiquement leur collaboration avec la bourgeoisie antifranquiste et les staliniens. Les explications cyniques d’Helmut Rüdiger offrent un témoignage saisissant et très actuel sur la façon dont des révolutionnaires décident de tourner leur veste, en arguant toujours de la prétendue « arriération » des prolétaires et de « conditions nationales spécifiques » qui empêchent de mener à bout la révolution sociale.

Ce livre présente plusieurs documents pour mieux comprendre les enjeux de l’anarchisme d’Etat autour du « rapport secret » d’Helmut Rüdiger, document rédigé pour la CNT à l’occasion du congrès de la FAI de 1937 et qui fut finalement traduit et publié en Espagne :
– une introduction d’Agustín Guillamón,
– des extraits importants du rapport lui-même,
– un article de Frank Mintz,
– une contribution d’Agustín Guillamón sur Les Amis de Durruti en France,
– et un témoignage de Hugo Oehler sur l’insurrection de Barcelone en mai 1937.

Michel Olivier

Couverture Rudiger 21 octobre

Aidez les réfugié-e-s syrien-ne-s

28 avril 2015 by

Traduction d’un des tracts laissés par Dashty Jamal lors de sa tournée en France en mars dernier:

Les flammes de la guerre civile se sont répandues à travers la Syrie Les combats ont entraîné la mort de nombreux-ses civil-e-s et contraint beaucoup d’autres à quitter leurs foyers.
D’après la BBC anglaise, il y a environ 5 millions de syrien-ne-s déplacé-e-s dont plus de 2 millions ont été contraint-e-s de quitter le pays en direction du Liban, de la Turquie et de l’Irak. Plus de 200 000 personnes sont désormais dans des camps de réfugié-e-s de fortune à Dumez, Arbat et Sulaimanyia, soumises à de dures conditions de vie. 75% sont des femmes et des enfants.
Nous – un certain nombre d’amoureux-ses de la liberté et de l’égalité, la branche « Kurdistan » de la Fédération Internationale des Réfugié-e-s Irakien-ne-s (IFIR en anglais) et le groupe Zhan – avons fondé le Groupe Hana dans la ville de Sulaimanyia au Kurdistan irakien. Le Groupe Hana a pour but de soutenir les réfugié-e-s syrien-ne-s quelques soient leurs races, leurs langues et leurs nationalités.

Ce que nous faisons

Le premier objectif du Groupe Hana est la fourniture de soutien et d’aide d’urgence. Les réfugié-e-s qui arrivent dans les camps n’ont rien – pas de nourriture, pas de vêtements, pas de couvertures… Jusqu’ici nous avons visité le camp de réfugié-e-s syrien-ne-s à Arbat et distribué des secours et des aides de base aux réfugié-e-s à l’intérieur du camp, y compris des chaussures et des vêtements pour les enfants et les femmes. Nous devons faire plus. S’il vous plaît, aidez nous. Le Groupe Hana n’a pas de ressources. C’est une organisation à but non lucratif de création récente. Tout soutien que vous pouvez offrir ira directement aux réfugié-es syrien-ne-s. Nous pouvons tous et toutes aider à soulager le fardeau financier et psychologique des réfugié-e-s. Des centaines de réfugié-e-s attendent votre aide. Nous en appelons à votre soutien pour aider de la manière qui vous convient. Le Groupe Hana n’a aucun lien avec de quelconques gouvernements ou partis politiques et ne reçoit aucune aide financière d’aucune entité financière. Tout l’argent récolté provient de dons et d’argent public. Comme nous faisons face à une situation d’urgence nous n’avons pas eu le temps de mettre en place un compte bancaire mais la Coalition pour Stopper les Déportations en Irak, basée en Angleterre, nous a amicalement permis d’utiliser le sien.
– Les dons peuvent être envoyés au compte bancaire suivant :
Coalition to Stop Deportations to Irak, numéro de compte : 20188083, nom de la banque : Unity Trust, numéro d’agence : 08-60-01.
– Vous pouvez aussi envoyer de l’argent par paypal sur la page web suivante : hanagroupsyria.wordpress.com

Pour contacter le Groupe Hana ou pour envoyer votre aide et soutien contactez en anglais s’il vous plaît le 09 64 07 71 92 11 268 ou le 00 44 75 77 78 16 26
Le Groupe Hana est basé à : Base de soutien et de collecte, branche « Kurdistan » de la Fédération Internationale des Réfugié-e-s irakien-ne-s, Sulaimanyia , près de Baxchay Gshti (parc public).

hana

Comment la République dominicaine résout ses problèmes de chômage (Mattick, 1938)

21 avril 2015 by

Texte de Paul Mattick paru dans Living Marxism n° 3 (mai 1938), traduit en français par Philippe Bourrinet.

Comment la République dominicaine résout ses problèmes de chômage (octobre 1937)

Dans l’Île d’Hispaniola, en octobre 1937, 12.000 personnes sans défense ont été soudainement abattues dans une boucherie telle qu’un auteur a parlé «de massacre délibéré, le plus horrible des temps modernes». Le massacre a commencé quand le président de la République dominicaine, Leonidas Trujillo a affirmé qu’il allait débarrasser le pays des «chiens, des porcs et des Haïtiens».

Se rendant à une ville proche de la frontière haïtienne pour une soirée dansante, il a prononcé, le 2 octobre, un discours où il disait : «Je suis venu à la frontière pour voir ce que je pourrais faire pour les Dominicains vivant ici. J’ai constaté que les Haïtiens avaient volé la nourriture et le bétail de nos fermiers. J’ai constaté que notre peuple serait plus heureux si nous nous étions débarrassé des Haïtiens. Je vais arranger cela : hier trois cents Haïtiens ont été tués à Banica. Cela doit se poursuivre».

Ce discours a été le début d’une période de carnage épouvantable. À un signal donné, le sang des tueries a jailli quasi-simultanément dans environ soixante-cinq lieux différents. Ceux qui n’ont pas réussi à fuir à temps en Haïti ont été conduits comme un troupeau dans des zones de défrichement et abattus comme des animaux d’abattoir … [suit une description très détaillée]

Tel est le récit de la façon dont Leonidas Trujillo, à bas coût, et avec l’aide de notre gouvernement [américain], a résolu le malaise économique en République dominicaine.

D’aucuns de se demander si cette méthode était vraiment plus rude que la cubaine, Cuba qui a impitoyablement expédié cargaison après cargaison des travailleurs (haïtiens) vers leur pays d’origine déjà surpeuplé et affligé de ses propres conditions économiques, où ils pourraient seulement traîner leur existence dans la misère et la famine. Pourtant ces deux méthodes dans le traitement des chômeurs – inanition et assassinat – sont les seules mesures connues du capitalisme. Les ‘heureux’ Dominicains – de concert avec les ‘heureux’ pays fascistes (qui s’organisent ouvertement pour la guerre) – peuvent maintenant réaliser la forme la plus directe de ces deux possibilités.

Les pays démocratiques, qui offrent l’allocation chômage et l’aide alimentaire, doivent encore leur permettre de ne mourir que de la malnutrition et de la maladie. Mais bientôt toutes les nations, fascistes et démocratiques, emploieront la formule la plus directe d’éliminer les chômeurs. Alors le massacre de Haïtiens pourra être reproduit sur une échelle mondiale, mais s’effectuer cette fois non pas avec des machettes et autres armes primitives, mais avec les chars d’assaut, les bombardiers et tous autres engins de mort en possession des nations les plus policées. massacre-haitiens-1937

[pdf français/anglais avec introduction]

Les militantes du P.O.U.M.

20 avril 2015 by

Note de lecture parue sur le blog Zones subversives du livre de Cindy Coignard que nous sommes justement en train de lire. Nous signalons que la militante Teresa Rebull est morte à l’âge de 95 ans à Banyuls dans la nuit du 14 au 15 avril 2015.

Le Parti ouvrier d’unification marxiste (POUM) joue un rôle important dans la révolution espagnole de 1936-1937. L’universitaire Cindy Coignard se penche sur les militantes du POUM, doublement opprimées, en tant que prolétaires et en tant que femmes.

Le POUM regroupe le courant marxiste révolutionnaire à partir de 1935. Joaquin Maurin et Andres Nin apparaissent comme ses deux dirigeants. Ils se réfèrent à la Révolution russe de 1917 et aux écrits de Lénine et Trotsky. Mais ils s’appuient sur la tradition plus ancienne du mouvement ouvrier espagnol. Surtout, ils considèrent que la dictature du prolétariat ne résulte pas de la domination d’une seule organisation mais de l’alliance de tous les prolétaires sans exception. Ces marxistes dissidents demeurent actifs au sein de la CNT qui porte un syndicalisme révolutionnaire. Le POUM se compose de nombreux ouvriers.

En octobre 1934, les marxistes révolutionnaires initient un premier mouvement de grève insurrectionnelle. La lutte échoue en raison de la passivité de la CNT et d’une absence de perspective politique. Nin insiste sur la nécessité d’une organisation et d’un programme. Cet évènement permet la possibilité d’une plus grande participation des femmes dans la sphère publique. Mais les rôles semblent toujours sexuellement différenciés. Les femmes se situent du côté des sentiments tandis que les hommes restent présentés comme forts et vaillants au combat.

Le POUM et les femmes

La réflexion du POUM sur le statut de la femme repose sur la pensée marxiste. La libération de la femme demeure un moment incontournable de la révolution sociale. « On observe d’ailleurs une relation dialectique entre femmes et révolution socialiste : d’un côté la révolution est nécessaire pour la libération de la femme et, d’un autre côté, les partis communistes doivent mobiliser les masses féminines pour mener à bien l’entreprise révolutionnaire », résume Cindy Coignard. Les femmes doivent s’extraire des contraintes familiales et de leur rôle traditionnel de membres reproductifs de la société. Elles doivent exercer des activités créatives et productives.

Selon Engels, la famille nucléaire monogame émerge pour transmettre la propriété privée d’une génération à une autre. Avec la Révolution russe, les femmes s’appuient sur les forces ouvrières pour transformer la société. Alexandra Kollontaï insiste sur la condition féminine qui demeure éludée par le Parti communiste. Elle propose l’union libre et l’émancipation des deux sexes. La famille doit également être radicalement transformée. De nombreuses avancées pour les droits des femmes s’observent au début de la Révolution russe. L’adultère et l’homosexualité ne sont plus pénalisés. En revanche, la situation se dégrade. Staline valorise même la famille et le bonheur d’être mère.

Le POUM, fidèle à un marxisme réductionniste, estime que la condition féminine dépend uniquement du capitalisme. Pourtant, l’oppression des femmes découlent du patriarcat avec la domination des femmes par les hommes. L’amour libre et les sentiments doivent permettre de briser le cadre de la monogamie pour favoriser de véritables relations amoureuses et sexuelles.

Les militantes du POUM valorisent le plaisir sexuel contre la morale religieuse. Mais cet aspect demeure peu abordé par les femmes comme par les hommes. L’inhibition sexuelle demeure forte dans l’Espagne des années 1930. Les prostituées semblent dénigrées tandis que la mère reste valorisée.

Les femmes adhèrent au POUM en raison de leur socialisation. L’influence de la famille semble déterminante. Les militantes du POUM demeurent issues d’un milieu marxiste ou anarchiste, biberonnées par un imaginaire de révoltes sociales. Mais la famille demeure également un pilier du patriarcat avec une division sexuelle des rôles, notamment dans le domaine des tâches domestiques.

Les femmes adhèrent au POUM pour suivre un modèle familial masculin comme le père, le frère ou le mari. Le POUM attire également les femmes car il favorise une formation politique. Ceux qui se tourne vers le POUM privilégient la rigueur théorique contre la rhétorique simpliste des anarchistes. Les évènements de la guerre précipitent également les femmes dans la nécessité de l’engagement politique. Le POUM participe au Front populaire pour ne pas subir l’isolement. Mais la lutte ouvrière et la révolution socialiste restent prioritaires.

Les femmes dans la lutte révolutionnaire

Le POUM ne distingue pas les militantes des militants. Les convictions politiques semblent primer sur la distinction de genre. Les miliciennes brisent l’image traditionnelle de la femme. Mika Etchebéhère se retrouve à la tête de la colonne motorisée du POUM. Cette femme contribue à faire évoluer les mentalités et oblige les hommes à passer le balai.

Un secrétariat féminin du POUM est créé. Les femmes remplacent les hommes partis se battre. Le POUM fait appel aux femmes pour remplir les tâches indispensable à l’arrière. La confection et la distribution de vêtements s’accompagne aussi d’un travail de propagande avec la distribution de journaux et de tracts, le collage d’affiches murales, la distribution clandestines d’objets aux militants en prison. Les femmes peuvent également s’engager dans une formation militaire. Les femmes exercent davantage une fonction d’infirmière au sein du Secours Rouge international. Elles organisent également le ravitaillement du front. Elles organisent également des activités culturelles et d’indispensables collectes fonds.

Les femmes participent également à certains espaces dans lesquels elles étaient peu investies avant la guerre. Les femmes participent à la rédaction de journaux. Même si ces militantes semblent issues de professions intellectuelles. Ce sont souvent des enseignantes ou des journalistes. L’analphabétisme demeure encore important, notamment pour les femmes, et les rédactrices de journaux demeurent peu nombreuses. Les femmes écrivent surtout sur l’éducation et moins sur la théorie politique. Ensuite, elles demandent souvent de l’aide à leur entourage masculin. Les femmes s’emparent également de la radio. Cet outil de propagande diffuse une information politique, sociale et culturelle. La radio permet de toucher une grande partie de la population qui ne sait pas lire.

Les femmes nourrissent l’importante réflexion du POUM au sujet de l’éducation. L’école ne doit plus reposer sur une distinction de classe. Riches et pauvres doivent étudier ensemble. Ensuite, les notions de comparaison et de mesure entre les individus doivent disparaître. Le POUM insiste sur l’hygiène à l’école. Il dénonce également l’emprise de la religion et valorise la réflexion rationnelle. Ensuite, les nouvelles pédagogies mettent l’enfant au centre de l’éducation. La hiérarchie entre le maître et l’élève doit être atténuée. Les enfants doivent apprendre et jouer ensemble, sans distinction de sexe. L’enseignement doit également porter sur des activités de la vie quotidienne et inclure des travaux manuels, avec des fleurs ou des plantes par exemple.

En mai 1937 à Barcelone, des affrontements opposent les staliniens et les révolutionnaires. D’un côté se situent les communistes et les socialistes, de l’autre les militants de la CNT et du POUM. Les staliniens veulent prendre le contrôle du mouvement et empêcher la possibilité d’une rupture révolutionnaire. Des grèves éclatent spontanément et les staliniens tentent de contrôler le mouvement. Ils veulent éradiquer le POUM. Ils éliminent Andres Nin, son principal dirigeant. Ils discréditent le POUM, associé au trotskysme. Le POUM devient l’ennemi à abattre pour l’URSS car il cristallise les espoirs des prolétaires qui désirent une révolution mondiale. « Pour le POUM, il ne s’agissait pas seulement de changer le gouvernement en Espagne, cela allait beaucoup plus loin ; on devait se battre pour instaurer une véritable révolution sociale dans la péninsule Ibérique mais aussi pour consolider une force prolétarienne internationale qui puisse s’opposer au mouvement fasciste qui était en train de se développer », décrit Cindy Coignard.

En 1937, les militantes du POUM doivent rentrer dans une double clandestinité, face au franquisme et face au stalinisme. Elles peuvent se retrouver en prison qui, en plus des conditions de vie ignobles, renforce les stéréotypes de genre et oblige les femmes prier. Elles peuvent aussi rejoindre d’autres pays, notamment la France et l’Amérique latine, pour fuir le nouveau régime. Elles subissent une perte de repères et semblent s’effondrer, à l’image de tous ceux qui ont participé au mouvement révolutionnaire. Mika Echebéhère, considérée comme une combattante très courageuse, sort dévastée par la guerre. La mort de son mari mais aussi l’effondrement d’une révolution qui semblait enfin possible détruit toute possibilité de se projeter dans l’avenir.

Une activité culturelle

Mika Etchebéhère écrit dans le journal Argentina Libre depuis son exil. La militante du POUM insiste sur la nécessité financière d’écrire dans des journaux avant tout pour survivre. Mais elle écrit surtout des articles politiques qui témoignent d’une continuité de son engagement. Ses textes s’inscrivent dans un antifascisme manichéen. Le camp du Bien incarné par le POUM et la CNT s’oppose au camp du Mal avec les fascistes. Le peuple est décrit comme bon et généreux tandis que les fascistes sont mauvais et manipulateurs. La journaliste cultive également une nostalgie révolutionnaire pour l’Espagne de 1936 et les soulèvements populaires en France. Mais l’antifascisme prime sur tout autre combat. Les idées féministes et révolutionnaires sont mises au second plan par rapport à l’antifascisme.

Les militantes du POUM privilégient les activités culturelles à travers les Casals. Teresa Rebull, à Paris à partir de 1947, s’appuie sur la chanson pour entretenir l’imaginaire révolutionnaire. Ce moyen de communication populaire permet de transmettre des sentiments pour donner envie de se battre. La militante du POUM utilise également la chanson pour défendre la langue catalane. Les chansons de Teresa Rebull évoquent l’amour et l’érotisme, contre le puritanisme qui règne en Espagne. La militante évoque évidemment la guerre et l’exil avec les violences de la police. Elle consacre aussi de nombreuses chansons à la condition du prolétariat et au désir de liberté.

Mary Low utilise également l’écriture et la créativité pour entretenir un esprit de liberté. Proche du mouvement surréaliste, elle se réfère aux poètes André Breton et Benjamin Péret. Pour ce mouvement, la poésie et la créativité s’inscrivent dans une démarche émancipatrice et accompagnent la révolution sociale. L’écriture doit permettre de libérer les automatismes pour retrouver le merveilleux dans le quotidien et la dimension poétique de la vie.

Des écrits sur l’amour côtoient des poèmes et des collages sur le combat et la guerre. Des rencontres insolites sont également provoquées par le procédé du collage avec des morceaux de statues, de parties de corps humain et d’animaux qui sont associés. Cet art surréaliste permet de dépasser les frontières du réel pour inventer une nouvelle vision du monde. Le mouvement surréaliste semble proche du POUM avec son désir de révolution contre les valeurs traditionnelles et l’ordre établi, les tabous sociaux et le règne mécanique de la rationalité. Une nouvelle société doit reposer sur la poésie, la liberté, l’amour.

Dans les années 1960 et 1970, un mouvement féministe semble particulièrement dynamique en Espagne. L’égalité totale entre hommes et femmes demeure la principale revendication. Ensuite, les groupes de femmes associent des discussions sur la politique générale avec des échanges sur la situation spécifique des femmes. Le POUM reproduit les discriminations à l’égard des femmes, comme dans le reste de la société. Il existe toujours des préjugés lorsque des femmes prennent part à des actions. Les femmes restent peut nombreuses au sein du POUM. Leurs points de vue et revendications spécifiques ne sont pas mis en avant.

Marxisme critique et femmes en lutte

L’étude de Cindy Coignard permet d’éclairer un épisode méconnu de l’histoire en se penchant sur la guerre d’Espagne. Surtout, l’universitaire évoque des aspects méconnus de cette période.

Le POUM apparaît alors comme une petite organisation de marxistes révolutionnaires. Ce mouvement semble éclipsé par la puissance de la CNT. Ce petit parti semble pourtant celui qui c’est tenu le plus éloigné du pouvoir. La CNT a défendu la République et ses bureaucrates sont même devenus ministres. En revanche, le dirigeant du POUM, Andres Nin, a été assassiné. Même si cette organisation demeure fortement hiérarchisée avec sa petite classe dirigeante. Le POUM conserve également un vision programmatique et réformiste de l’action politique.

En revanche, le marxisme espagnol demeure l’un des courants les plus lucides au niveau politique. Des marxistes révolutionnaires s’éloignent du dogme trotskiste. Ils semblent attachés aux formes d’auto-organisation et aux pratiques libertaires. Mais, contrairement aux anarchistes, ils ne se contentent pas d’une vague morale propice à la confusion et aux comromissions avec le pouvoir. Ils s’attachent à clarifier leurs positions théoriques pour faire une analyse précise des luttes afin de comprendre leurs possibilités mais aussi leurs limites. Le livre de Cindy Coignard évoque trop peu ce marxisme révolutionnaire incarné par le POUM, mais aussi par le groupe autour de Grandizo Munis.

L’intérêt du livre de Cindy Coignard réside surtout dans son point de vue centré sur les femmes. La révolution espagnole, comme toutes les révolutions, privilégie un imaginaire très viril et masculin. Les guerriers forts et courageux sont particulièrement valorisés dans la culture révolutionnaire. Les femmes ne se sentent donc pas toujours à leur place dans ces mouvements. La figure de Mika Etchebéhère permet de briser tous les préjugés et l’assignation de genre. Cette militante du POUM incarne une figure de combattante qui semble loin de l’image de la femme au foyer valorisée par le fascisme et le puritanisme.

Surtout, l’importance des femmes montre que la révolution espagnole ne se réduit pas à sa dimension militaire. Les femmes participent souvent au combat révolutionnaire sans nécessairement prendre les armes. Elles animent des radios et écrivent dans des journaux. En l’absence des hommes, elles montrent qu’elles se révèlent tout aussi capables qu’eux pour participer aux tâches révolutionnaires du quotidien habituellement considérées comme les plus nobles. Les militantes du POUM expriment une créativité  qui montrant d’autres aspects que l’image virile de la révolution armée, disciplinée et militarisée.

Z.S.

Cindy Coignard, Les militantes du POUM 1935-1980, Presses Universitaires de Rennes, 2015

militantes_poumVoir aussi:

Le courant «bordiguiste» (1919-1999)

20 avril 2015 by

Un livre au format pdf de Philippe Bourrinet, hébergé ici avec l’accord de l’auteur:

HISTOIRE  DU  COURANT BORDIGUISTE

cliquer sur l’image pour ouvrir le pdf

La Gauche communiste italienne (Sinistra comunista italiana), communément appelée «bordiguiste», reste méconnue, dans le pays où elle a surgi, ainsi que dans ceux où elle s’est développée, dans l’immigration, en France, Belgique et Luxembourg.
Surgie, dès 1912, autour de Bordiga qui en fut le principal artisan, elle se trouva de son congrès de fondation à Livourne en janvier 1921 jusqu’en 1924-1925 à la tête du Parti communiste d’Italie, et cela en une période défavorable, celle de la marche du fascisme vers le pouvoir. À cette époque le courant de Gramsci, organisé en 1919-1920 autour de la revue Ordine Nuovo, ne jouait encore qu’un second rôle. Trop marqué par son intellectualisme idéaliste (la philosophie de Benedetto Croce), Gramsci ne joua un rôle politique à Turin qu’à la faveur des grèves de 1920. De la fonda-tion du PC d’Italie qu’à l’arrestation et l’emprisonnement de Bordiga de février à octobre 1923, Gramsci comme Togliatti étaient considérés comme ralliés au «bordiguisme», dont les thèses de Rome de 1922, rédigées par Bordiga et Terracini, constituaient le socle…

Voir aussi:

Découvrir Gilbert Serret

15 avril 2015 by

Vincent Présumey a publié une brochure [*] et un article de 14 pages dans le dernier numéro de la revue La Révolution prolétarienne à propos d’un militant trop peu connu: Gilbert Serret (1902-1943), instituteur ardéchois et secrétaire de la Fédération Unitaire de l’Enseignement de 1930 à 1932. On y retrouve un type de militants exceptionnels de courage, de force de travail et de lucidité comme plusieurs autres enseignants de l’Ecole émancipée d’entre les deux guerres. Retrouvé mort noyé avec le crâne fracassé, il a très probablement été assassiné par la police vichyste.

Nous avions sur ce site publié trois textes de Gilbert Serret:

Il faut encourager les monographies et biographies ouvrières, indispensables à la mémoire des luttes et la compréhension des enjeux politiques du passé, pas seulement pour témoigner mais pour être mieux formés pour aujourd’hui et demain.

S.J.

conference_serret.pdfNote:

[*] 10 euros auprès de Mémoire d’Ardèche et Temps Présent, BP 15, 07200 Chomérac.

Solidarité avec les militants ouvriers emprisonnés en Iran

15 avril 2015 by

Appel du 1er Mai de la Campagne pour la Libération des Prisonniers Politiques en Iran :

Des centaines de travailleurs et de militants ouvriers sont harcelés, emprisonnés et torturés ; leurs « crimes » sont posséder un livre, publier leur point de vue sur Facebook ou se rassembler pour réclamer le versement de salaires impayés. Ils sont attaqués pour avoir revendiqué le droit de grève, de se rassembler et de former des syndicats indépendants ou d’autres organisations ouvrières.

Actuellement des milliers de prisonniers politiques sont détenus en Iran, sans inculpation ni procès. Ces prisonniers sont âgés de 13 à 75 ans. Les prisonniers sont régulièrement torturés jusqu’à l’obtention d’une « confession » après laquelle la plupart sont exécutés en secret sans même que leurs familles ne soient informées. Parmi ces prisonniers politiques, on trouve des avocats qui ont tenté en vain de défendre des prisonniers, des militants ouvriers, des défenseurs des droits humains, des militantes des droits des femmes et des membres de groupes d’opposition interdits.

Behnam Ebrahimzadeh est l’un de ces prisonniers. C’est un militant ouvrier et défenseur des droits humains. Il a été arrêté en juin 2010 à Téhéran (Iran) et avait déjà purgé quatre années de sa peine de cinq ans de prison lorsqu’il a été à nouveau condamné à 9 ans et demi de prison le 29 décembre 2014. Son avocat n’a pas été autorisé à participer au procès. Il a été soumis à des tortures physiques et psychologiques permanentes alors que le seul enfant de Behnam souffre de leucémie.

En plus de la répression de leurs droits politiques et civils, les travailleurs doivent faire face à la détérioration de leurs conditions économiques en Iran.

Pour la classe ouvrière, cela signifie que des millions de familles sont tombées sous le seuil de pauvreté. Actuellement, il y a de nombreuses protestations contre le régime en Iran. La population proteste contre la brutalité du régime et lutte pour obtenir la liberté d’expression. Il y a aussi un développement du militantisme chez les travailleurs qui s’organisent dans des syndicats indépendants.

Ces protestations ont besoin de votre soutien. Les prisonniers politiques en Iran ont besoin de votre soutien, puisqu’ils ne peuvent pas faire entendre leurs voix. Nous appelons à organiser des piquets devant les ambassades d’Iran et à demander la libération immédiate de tous les prisonniers politiques.

Nous revendiquons :

– L’arrêt de la terreur et de la violence contre les travailleurs en Iran !

– Les travailleurs d’Iran doivent pouvoir exercer librement leur droit fondamental à constituer leurs propres organisations, à s’organiser, à participer à des manifestations, à des assemblées et à des grèves !

– Libération immédiate et inconditionnelle de tous les travailleurs emprisonnés !

CFPPI (Campaign to Free Political Prisoners in Iran)
Contacts :
www.iranpoliticalprisoners.com
shiva.mahbobi@gmail.com
07572 35 6661

iran1m(traduit en français par Camille)


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