L’Internationale et la guerre (1935)

8 février 2016 by

Ces thèses d’Otto Bauer, Théodore Dan, Amédée Dunois et Jean Zyromski (auxquelles répondra Marceau Pivert dans La Révolution avant la guerre (Révolution d’abord!)) jouèrent un rôle important dans l’éclatement du courant Bataille socialiste en 1935.

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Mattick: une vie communiste

20 janvier 2016 by

Traduction par nos soins d’un article de Felix Baum paru dans The Brooklyn Rail (déc. 2015/janvier 2016). Quelques courts extraits de la biographie de Mattick par Roth seront traduits en français dans le prochain numéro de Critique sociale.

Le mot « communisme », qu’on avait cru discrédité à jamais par l’expérience en Russie et dans ses pays satellites au XX° siècle, semble bénéficier d’un retour en grâce ces dernières années avec le retour des crises économiques et des luttes sociales à travers le monde. Des conférences sur « l’idée du communisme » attirent du monde, des livres d’auteurs se réclamant communistes comme Alain Badiou et Slavoj Žižek trouvent des lecteurs et l’attention des médias. Mais le plus souvent ce retour (limité) ne semble pas poussé par un véritable désir de retrouver le contenu émancipateur du mot comme dans les écrits de Karl Marx et les mouvements du XIX° siècle. Les maîtres-penseurs (*) Badiou et Žižek préfèrent se poser en enfants terribles (*), défendant le maoïsme et flirtant avec la terreur bolchevique, réaffirmant précisément une tradition avec laquelle le « communisme » du XXI° siècle devrait rompre.

Dans sa nouvelle biographie de Paul Mattick, travailleur d’origine allemande émigré aux États-Unis en 1926 qui devint l’un des plus important critiques radicaux de son temps, Gary Roth parle d’un courant largement oublié du XX° siècle qui a dès le début rompu avec les caricatures étatistes du communisme dans lesquelles sont encore les intellectuels de gauche médiatiques. [Gary Roth, Marxism in a Lost Century. A Biography of Paul Mattick (Brill, 2015).] Notant que cette histoire relève d’ « époques révolues où une classe ouvrière radicalisée constituait encore un espoir pour l’avenir », Roth se place sur le terrain de la mélancolie et de la nostalgie, cherchant à justifier son travail dans une reconfiguration récente « de la population mondiale en une vaste classe ouvrière s’étendant aux classes moyennes dans les pays industrialisés et aux travailleurs agricoles sous-employés partout ailleurs ». Tout en étant loin de constituer une offensive soutenue et cohérente contre les conditions existantes, quelques luttes récentes de cette classe, notamment les “square movements” qui se sont propagés de l’Afrique du Nord vers l’Europe et Istanbul, montrent une auto-organisation horizontale, sans dirigeants, une action de masse directe contre les forces d’État, un intérêt pour les occupations qui relève bien moins de la tradition léniniste que ne le dit Roth mais plus du communisme de conseil, sans en exagérer pour autant les ressemblances. [1]

Né en 1904 dans une famille de la classe ouvrière de Berlin, Mattick chemine vers ce courant pendant les bouleversements de la fin de la Première Guerre mondiale, quand il était encore un adolescent. Alors que le rôle infâme du Parti social-démocrate allemand (SPD) dans cette période (notamment son implication dans l’assassinat de ses anciens membres Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht par les Corps francs) est largement reconnu, même par les historiens libéraux, le radicalisme ouvrier de ces années-là est resté une affaire de spécialistes. Même en Allemagne, beaucoup à gauche ne savent quasiment rien du KAPD, le Parti communiste-ouvrier qui rompit avec le Parti communiste nouvellement fondé (KPD) quand celui-ci abandonna son abstentionnisme initial et son boycott des syndicats traditionnels. Surfant sur une vague d’agitation prolétarienne, ce parti a été capable d’entraîner vers lui une majorité de militants du KPD, ce dernier devenant une organisation croupion transformée lentement mais sûrement en annexe locale des bolcheviks victorieux en Russie. Bien que fascinés au début, non seulement par l’Octobre rouge mais aussi par le rôle qui jouèrent les bolcheviks, les communistes de conseils prirent bientôt une distance critique vis-à-vis de l’U.R.S.S., y voyant l’établissement d’un capitalisme d’État sous contrôle strict du parti unique. Opposant l’activité auto-dirigée des travailleurs à la dictature du parti, ils ont compris que les conseils qui étaient apparus en Russie en 1905 étaient non seulement une forme de lutte sous le capitalisme, mais aussi le germe d’une nouvelle société sans classe sous contrôle direct des producteurs, et ont fait de l’abolition du salariat leur cri de ralliement.

C’étaient ces perspectives de base, forgées dans le feu de luttes qui étaient parfois à la limite de la guerre civile, qui ont façonné les activités et les écrits de Mattick jusqu’à la fin de sa vie. En suivant Mattick dans les grèves d’usine, dans ses activités comme militant de l’organisation de jeunesse du KAPD et dans sa vie personnelle, Roth dresse un portrait coloré du milieu entourant le KAPD et les Unionen qui ont compté plusieurs centaines de milliers de membres au début des années 20, ainsi que des cercles d’intellectuels d’avant-garde qui gravitaient autour de revues comme Die Aktion.

Avec le fléchissement des luttes et le déclin rapide du KAPD, Mattick décida de partir aux États-Unis en 1926. Il était ici, à Chicago, pour le second évènement majeur de sa vie militante. Tandis qu’il continue d’écrire pour la presse radicale en Allemagne et, lisant, se forme en autodidacte sur les questions théoriques pour devenir bientôt un auteur exceptionnel, il se lie aux I.W.W. (Travailleurs industriels du monde) et à la communauté socialiste allemande émigrée. Là encore, Roth redonne vie à un milieu d’une époque révolue, celui de travailleurs politisés et de leurs organisations secouées de querelles et scissions constantes. A partir de 1932, Mattick ayant perdu son travail à l’usine Western Electrics, a participé au mouvement des chômeurs à Chicago. Il a décrit plus tard ces années comme les meilleures de sa vie, celles où il pouvait militer à plein temps. Il est intéressant de lire la description que donne Roth de ce mouvement, qui contraste avec la tranquillité sociale aux Etats-Unis lors de la dernière crise. Bien que moindre que l’effervescence sociale en Europe après la Première guerre mondiale, le mouvement des chômeurs radicaux auquel a participé Mattick se caractérisa par des formes d’action directe qui combinaient l’entraide matérielle et l’activisme politique:

The unemployed began to use abandoned storefronts for their own purposes. Locks were broken, and the stores became meeting places, with chairs taken from deserted movie houses. Mattick estimated that there were some fifty or sixty such locales in Chicago [ … ]. Mimeograph machines were installed for the production of leaflets and movement literature. Paper was contributed by those still employed, who stole office supplies from their workplaces. [ … ] Gas lines were tapped without setting off the meters [ … ] Makeshift kitchens were set up in the storefronts and meals cooked around the clock.

Cependant, ces tendances les plus radicales furent déjouées par les organisations de chômeurs des partis de gauche plus grands, tandis que le développement de l’aide sociale et de l’emploi public dans l’administration Roosevelt amenait une éclipse finale du mouvement d’ensemble.

Avec un groupe de communistes de conseils à Chicago, Mattick a commencé à publier la revue International Council Correspondence (ICC) en 1934, rebaptisée plus tard Living Marxism et enfin New Essays. Avec Karl Korsch (un ancien membre du SPD et du KPD, celui aurait enseigné le marxisme à Bertolt Brecht) Mattick en a été le principal contributeur en textes. Mettant l’accent sur les développements contemporains comme la Grande Dépression et le New Deal, la guerre civile espagnole et la montée du fascisme et du nazisme en Europe et débattant de questions théoriques plus générales, ICC est un excellent exemple de critique sociale indépendante sans affiliations universitaires ou à un parti , produite par quelques intellectuels précaires et des théoriciens autodidactes comme Mattick. Avec de nombreuses traductions de textes des radicaux européens, ICC a également servi de pont entre l’Amérique et le vieux continent à une époque de rivalité impérialiste accrue. [2]

Pendant les mêmes années, Mattick a eu des relations plutôt difficiles avec l’Institut de Francfort (Frankfurt Institute of Social Research) en exil. L’Institut, surtout connu par ses plus célèbres membres Max Horkheimer, Theodor Adorno et Herbert Marcuse, lui a commandé une analyse détaillée du chômage et du mouvement des chômeurs aux États-Unis mais a répugné à la publier, sans doute parce qu’elle exposait clairement une orientation marxiste que l’Institut se pressait désormais de minimiser afin de ne pas compromettre son statut aux États-Unis. Cette analyse lucide fut publiée pour la première fois en 1969 par un petit éditeur allemand et ne fut jamais traduite en anglais. Les relations entre Mattick et l’Institut de Francfort durant les années de guerre font partie des sujets pour lesquels une étude plus approfondie que celle qui peut l’être dans le cadre d’une biographie serait intéressante. Alors que certains membres de l’Institut commencèrent à travailler pour l’Office of Strategic Services, apportant des analyses du fascisme nazi à l’appareil d’État américain et contribuant donc à l’effort de guerre de celui-ci, Mattick appartenait à une petite minorité de radicaux qui rejetaient les deux bords, pour la Seconde guerre mondiale comme pour la première.

D’un côté, cette position semble logique, comme le rappelle Roth:

Under the banner of anti-fascism, the Communist Party embraced Roosevelt and the New Deal, egged forward the country’s economic and military policies, and found a new audience among intellectuals and professionals for whom Russia offered a means to appreciate the accomplishments of state planning. The more patriotic the party became, the more members it attracted.

D’un autre cependant, elle semble s’être basée sur des notions problématiques, comme celle d’une tendance générale vers l’État autoritaire, une incompatibilité générale du capitalisme et de la démocratie, conduisant à l’idée que l’issue de la guerre ne ferait aucune différence. « Si Hitler gagne, il est vrai (écrit Mattick dans le numéro de l’hiver 1941 de Living Marxism) qu’il n’y aura ni paix, ni socialisme, ni civilisation, rien que la préparation de plus grandes batailles à venir, pour une destruction à venir. Mais s’il y a victoire des « démocraties », la situation ne sera pas différente ». Cela s’étendra à une équation entre le système des camps de concentration nazis et la politiques des Alliés en Allemagne occupée: impressionné par des rapports d’amis et de la famille en Allemagne sur la pénurie dramatique de nourriture (et se référant au camp de Bergen-Belsen), Mattick écrit dans une lettre que si les nazis ont privé de nourriture une minorité à Bergen, les Alliés ont mis presque toute la population à ce régime.

En même temps, il faut le dire, la discussion sur la guerre et le fascisme dans Living Marxism et New Essays était très complexe; la revue a été l’un des rares endroits où des esprits indépendants pouvaient tenter de se confronter à une situation déconcertante et inconnue. Korsch, par exemple, notait que le slogan de la Première guerre mondiale « A bas la guerre impérialiste ! » avait désormais perdu son ancienne force révolutionnaire, quand il correspondait aux tendances des isolationnistes bourgeois, tandis que le slogan « Défaite de son propre pays » était devenu la pratique politique de cette importante fraction de la classe dirigeante de divers pays européens qui préférait la victoire du fascisme à la perte de sa domination. La note un peu triomphaliste par laquelle termine Korsch – ce n’est ni la Grande-Bretagne ni la « démocratie » mais le prolétariat qui est le champion de la lutte de l’humanité contre le fléau du fascisme – s’est avérée un vœu pieux. Mais il est hors de portée de cette note de lecture d’approfondir ces questions. Dans les paragraphes qui leur sont consacrés, Roth, qui semble partager le point de vue de Mattick, ne parvient pas à mon avis à régler le problème.

En tout cas, la fin de la Seconde guerre mondiale n’a pas donné lieu à de grands bouleversements sociaux comme l’avait fait la précédente. Dans la période d’après-guerre, Mattick s’est abstenu la plupart du temps d’activité politique, se retirant temporairement avec sa femme Ilse et son fils Paul dans la campagne du Vermont. Pourtant, c’est pendant cette seconde partie de sa vie qu’il est finalement apparu comme l’un des principaux penseurs de l’émancipation sociale inspirés par Marx, justement en rejetant à peu près toutes les variétés de marxisme académique ou encarté de l’époque. Plus important encore, Mattick a repris la théorie des crises de Marx qui était démodée pendant les Glorieuses quand la plupart des marxistes croyaient que la gestion par l’Etat de l’économie avait apporté une éternelle « société d’abondance »en neutralisant la tendance du capitalisme à la crise. Le principal travail de Mattick, Marx et Keynes, publié en 1969, a dissipé ces illusions avant qu’elles ne deviennent indéfendables, et lui a assuré un lectorat plus large. Ayant raconté (parfois un peu trop en détail) les difficultés de Mattick à faire publier ses textes, Roth a aussi évoqué son succès posthume, notamment en Europe de l’Ouest, où certaines parties de la Nouvelle Gauche qui n’avaient pas d’appétences néo-bolcheviques ou maoïstes ont développé une Mattick-mania pendant quelques années. Des événements comme mai 68 à Paris et les luttes autonomes des travailleurs en Italie ont fourni un terrain fertile pour une redécouverte de la tradition du communisme de conseils dont Mattick était l’un des rares partisans vivants.

En suivant Mattick à travers ce « siècle perdu », Roth livre un riche récit d’une tradition radicale qui, après une certaine renaissance dans les années 60 et 70, est de nouveau tombée dans l’oubli. La biographie exclut naturellement un examen en profondeur des questions politiques et théoriques en jeu. Roth déclare explicitement qu’il ne veut pas mettre l’accent sur le travail théorique de Mattick parce qu’il voit « peu de raisons de résumer un travail qu’il vaut mieux lire dans l’original » (et dont des parties importantes peuvent se trouver sur internet aujourd’hui.) Pourtant, dans certains cas, les contours et la signification contemporaine de cette théorie auraient pu être rendus plus clairement, tandis que certains détails biographiques semblent plutôt dispensables. Pour les lecteurs qui se sentent inspirés à poursuivre la lecture dans les écrits de Mattick et de ses camarades, les points forts du livre l’emportent de loin sur cette lacune.

Felix Baum

Notes:

[*] en français dans le texte (Note du traducteur de la BS)

[1] Voir l’entretien avec Charles Reeve en 2012 (Note de la BS)

[2] Greenwood Press a réédité les textes des trois revues dans leur intégralité en 1970 dans une édition en six volumes aujourd’hui épuisée. L’auteur ne semble pas connaître leur mise en ligne récente sur internet.

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Le but final (textes politiques de Rosa Luxemburg)

9 janvier 2016 by

Le but final / Rosa Luxemburg

ISBN 979-10-94106-15-0
15 € TTC – 15 x 21 cm – 280 pages
Broché – parution janvier 2016

Si avant 1914 Rosa Luxemburg pouvait être connue de militants socialistes français à travers ses prises de position dont leur presse se faisait l’écho, ou par les articles d’elle qu’elle publiait, il fallut attendre les années 1920 et 1930 pour que certains de ses textes plus substantiels, jugés importants, soient publiés en français. Jugés importants : ces publications furent l’œuvre de militants qui les considéraient comme des atouts dans les luttes qu’ils menaient au sein des mouvements socialiste et communiste, notamment contre ce qu’ils voyaient comme le cours désastreux suivi par l’Union soviétique et les partis communistes de la IIIe Internationale. À cette époque, en effet, la figure de Rosa Luxemburg avait été en quelque sorte embaumée : devenue héroïne par sa lutte contre la guerre à partir de 1914, martyre par son assassinat par des officiers des Corps francs en 1919, sa pensée, ses positions politiques devaient être rejetées par l’orthodoxie soviétique dès lors qu’elles s’écartaient de celles de Lénine.

Pour les opposants à ces dernières, la tendance était donc inverse : rechercher dans la pensée et les actes de Rosa Luxemburg ce qui pouvait servir d’arguments contre ceux qui avaient fait de la pensée de Lénine un dogme au service de leur pouvoir.

Si ces textes conservent un intérêt, ce n’est pas seulement par la lumière qu’ils jettent sur ces conflits qui ont façonné en bonne partie le XXe siècle, ou à cause de la personnalité et du destin exceptionnels de leur auteur. C’est aussi par la réflexion qu’ils continuent à fournir sur la possibilité et les conditions du progrès social dans nos sociétés : pour Rosa Luxemburg, ce but final qu’elle visait, n’était rien d’autre que « la transformation de l’ordre existant ».

La critique du réformisme

Rosa Luxemburg ne fut pas la seule à se jeter dans la controverse soulevée à la fin du XIXe siècle par Eduard Bernstein. Figure de la social-démocratie allemande vivant depuis de longues années en exil en Angleterre, il avait, cherché à justifier les pratiques de certains élus du Parti qui trouvaient des arrangements avec des forces politiques dont les buts n’étaient pas ceux de la social-démocratie. Il tirait son argumentation d’une analyse des progrès possibles, voire inéluctables, dans la société telle qu’elle était : « Le but final, quel qu’il soit, n’est rien, c’est le mouvement qui est tout. » Si l’argumentation de Rosa Luxemburg, rassemblée sous le titre Réforme sociale ou révolution ?, eut un tel écho, c’est qu’elle était exprimée avec une force et une concision remarquables, combinaison d’analyse historique et économique et d’exposé magistral des fondements de la doctrine de Marx et d’Engels parsemée de traits mordants et de formules marquantes dont certains la suivirent longtemps. Aujourd’hui encore, par exemple sur le rôle du crédit dans la formation et le déroulement des crises, les limites de l’action syndicale ou celles des dispositions légales face aux causes profondes des difficultés sociales, ses analyses restent une intéressante source de réflexion. Ce texte essentiel est complété par Les lunettes anglaises, où elle montre que la situation sociale en Angleterre n’était déjà plus celle sur laquelle Bernstein fondait son argumentation.

Le parti, maison du rassemblement

Si Rosa Luxemburg, après s’être faite la championne de la doctrine officielle du Parti, fut peu à peu convaincue que celui-ci risquait de s’enliser dans l’immobilisme, voire de se corrompre dans le parlementarisme, et tenta de l’en détourner, elle n’envisagea pas de le quitter : c’étaient la perspective, la réalité des mobilisations populaires qui justifiaient son engagement, mobilisations conscientes de leurs buts et non émeutes aveugles. Le parti devait donc être pour elle le lieu de rencontre de tous ceux qui partageaient le même but final, un lieu d’échanges et d’expérimentation, de libre expression dans le cadre fondamental ainsi défini. C’est sur cette base qu’elle critiqua en 1904, dans Questions d’organisation de la social-démocratie russe, la conception du parti que voulait faire prévaloir Lénine, dans des conditions, il est vrai, fondamentalement différentes de celle du parti allemand.
Alors que son parti, la social-démocratie de Pologne et de Lituanie, avait rejoint le parti commun de l’empire russe, elle participa en 1911 au combat pour éviter la scission de celui-ci, une scission dont la responsabilité incombait autant à Lénine qu’à ses adversaires. Ce combat perdu, elle en décrit les étapes dans un texte qui ne fut pas publié, Pour la réunification du Parti, dont ce recueil donne la première traduction française.

La révolution

Parue plusieurs années après sa mort, dans un contexte d’affrontements au sein du Parti communiste d’Allemagne, La révolution russe est probablement le texte le plus connu de Rosa Luxemburg. On y trouve notamment cette formule fameuse, écrite dans la marge du manuscrit : « La liberté, c’est toujours la liberté de celui qui pense autrement. »
Ce texte, écrit à la fin de l’été de 1918, avait pour but de contrecarrer l’influence grandissante des communistes soviétiques auprès de certains groupes de l’extrême-gauche allemande : la préoccupation première de Rosa Luxemburg, c’était que la révolution allemande, qu’elle sentait à la fois inévitable et indispensable pour mettre la révolution en Russie sur les rails du socialisme, prenne son propre chemin, correspondant à ce qu’elle considérait comme le niveau de développement social et culturel de la population ouvrière allemande. C’est pourquoi il est utile de rattacher à ce texte les deux principaux documents que Rosa Luxemburg devait rédiger dans les mois suivants : Que veut Spartacus ?, qui allait devenir le premier programme du Parti communiste d’Allemagne fondé à la fin de décembre 1918, et son Discours sur ce programme.

Amis de Spartacus
Fondateur : René-Joseph Lefeuvre
8, impasse Crozatier 75012 Paris

L’Eglise a-t-elle collaboré ? (1946)

9 janvier 2016 by

Brochure de Jean Cotereau (Cahiers Spartacus N°6, mai 1946), disponible au format pdf (le pdf externe en saisie texte avec coquilles précédemment posté a été remplacé par un nouveau pdf envoyé par un camarade italien).

(…) La France a oublié. Elle a entendu le froissement de quelques soutanes dans le sillage du général de Gaulle, et elle a cru naïvement que par un nouveau mystère le Dieu de Vichy était mort sur la croix de Lorraine. Comme par un miracle renouvelé des Évangile, l’Église qui gouvernait la France de Laval gouverne celle de De Gaulle : la Croix qui fut le plus dangereux organe au service de la «collaboration» prend place parmi les journaux de la France libérée, les prélats qui vitupéraient «le bolchevisme» — pour eux tous les résistants étaient communistes — et engageaient les jeunes Français à travailler pour la victoire de l’Allemagne, non seulement n‘ont pas été déférés devant les tribunaux, mais continuent à prêcher la guerre sainte contre l’école sans Dieu. L’archevêque de Reims, qui fut empêché de célébrer une messe «à la mémoire des héros de la L.V.F. » par l’arrivée brusquée des Alliés, continue d’endoctriner ses ouailles, Mgr. Suhard qui distribuait coups d’encens et poignées de mains à Pétain et à Laval les saluant «avec émotion et gratitude» en l’année même de la Libération, continue en 1946 à dénoncer «les doctrines pernicieuses» qui animent «ce qu’on a coutume d’appeler le monde du travail!»

Mieux encore! il a fallu la Libération pour que l’Église possédât désormais son parti politique, pour que, mise en goût par l’exercice du pouvoir sous le règne éphémère de Pétain, elle ait eu le désir de gouverner sans personne interposée, et faire avaliser par les Français sa politique de réaction sociale et de lutte contre la, classe ouvrière. Certes l’Église ne combat pas au grand jour, elle est trop habituée à l’ombre propice des sacristies pour partir directement en guerre contre les ouvriers. Elle préfère couvrir sa face d’un masque«social» et se pencher sur les malheurs des humbles » quelle larde de coups fourrés avant de leur promettre le paradis futur. Dans l’Europe entière elle mène l’offensive sur tous les plans, pour la première fois elle s’organise en internationale politique qui entend gouverner directement les nations soumises, comme on le voit par ce simple extrait de presse: «A Rome vient de se réunir le Congrès de ta Démocratie chrétienne. Le Parti catholique italien y a accueilli des délégations officielles de notre M.R.P., du Parti conservateur suisse, du Parti national basque, du Mouvement populaire hollandais, des Partis chrétiens sociaux du Luxembourg et de Belgique, de la Démocratie chrétienne hongroise, enfin du groupement «Peuple et Liberté» d’Angleterre. Seuls les Tchèques manquaient à ces assises. » Quelles ont été les consignes données à ces « démocrates chrétiens » et à ces chrétiens sociaux? » «Il faut, leur a déclaré le cardinal Salotti, archevêque de Palestrina, et porte-parole du Pape, que les croyants ne donnent leurs voix qu’aux partis capables de défendre les principes fondés sur des bases religieuses.

Y a-t-il là de quoi étonner des marxistes? Marx a fait de « la religion est l’opium du peuple » une des formules fondamentales du marxisme, mais a en même temps donné le moyen de lutter contre elle autrement que par des prêches idéalistes. Notre anticléricalisme n’est pas celui des bourgeois Voltairiens et des libre-penseur radicaux, il est vigilant, rigoureusement athée et lié à notre lutte générale contre la domination cléricale ou laïque de la bourgeoisie.

La religion n’est pas pour nous un phénomène mystérieux et explicable seulement par la crédulité des masses. C’est « un aspect de l’oppression spirituelle qui pèse toujours et partout dans les masses populaires accablées par le travail perpétuel au profit d’autrui, par la misère et la solitude.» C’est un phénomène social, et lutter contre la religion c’est, avant tout, faire disparaître ses racines sociales, c’est développer la lutte de classe des exploités contre les exploiteurs, c’est préparer, et mener à bien la révolution socialiste. Alors le mirage religieux s’évanouira, et, occupes à se construire un paradis sur terre, les prolétaires n’auront plus qu’à hausser les épaules devant les promesses d’un paradis au ciel.

Maurice NADEAU.
cotereau

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Bureaucratie, bagnes et business (1997)

8 janvier 2016 by

Livre de Hsi Hsuan-wou et Charles Reeve épuisé dans le commerce.

Bureaucratie, bagnes et business

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Les archives numérisées des revues de P. Mattick en ligne

1 janvier 2016 by

La revue animée par Paul Mattick, International Council Correspondence, qui changea de nom pour  Living Marxism et New Essays et fut publiée aux Etats-Unis de 1934 à 1943, a été entièrement numérisée et mise en ligne par le site des Archives Pannekoek à l’adresse: http://www.aaap.be/Pages/International-Council-Correspondence.html.

Il ne s’agit pas des originaux (quelques-uns sont sur notre site) mais du reprint par Greenwood Corp en 1970. Cette collection en libre accès est particulièrement importante pour tout-e militant-e communiste et/ou libertaire qui lit l’anglais.

Nous avons commencé nous-mêmes à en traduire en français quelques articles comme: Qu’y a t-il derrière le “New Deal” ? (1934) et Les barricades doivent être retirées – Le fascisme de Moscou en Espagne, (1937) et cherchons notamment un traducteur pour Daniel De Leon (1935).

Rappelons que la publication de cette revue, sans équivalent, représenta un effort colossal pour Paul Mattick, ouvrier d’usine immigré sans aucune fortune personnelle.

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Portugal: Tribuna socialista bientôt en version papier

1 janvier 2016 by

Début 2016 verra le retour à une version papier de Tribuna socialista. Nous sommes un espace socialiste et révolutionnaire démocratique, libertaire qui existe depuis 1999. Discutez avec tous les courants de gauche qui ont un point de vue anti-autoritaire, anti-capitaliste avec la proposition socialiste, avec une dimension internationale, à la recherche d’une convergence qui construise une alternative, reste l’un de nos objectifs.

TS cabeçalho DEZ 2015

Iran: A New Chapter in Workers’ Protests

1 janvier 2016 by

Workers in Iran, January 1, 2016, nr 9

Workers’ protest in the last two weeks is a sign of high and widespread protest among workers, and better put, a new chapter in workers’ struggle. It is safe to say that thousands of workers have been involved in struggle during the last two weeks, and these protests are ongoing. Specific to these protests are: militancy, continuance, long span, and issuance of ultimatum to orchestrate larger protests; and all these are happening in a vibrant social context. For example, the area around the parliament has turned to a place of daily gathering by workers and people. A special point to note in these struggles is the involvement of key industries and large labor complexes such as petroleum industry and large service industries with large number of clients. And this has given a heavy social and political weight to these protests. Aside from being a resistance against the regime’s attack on workers’ life and livelihood, these struggles are a big no to the Rouhani’s government, to his promises, to his austerity measures under the titles such as 6 Months Economic Package to get out of recession, Sixth Economic Development, and so on, which challenges the whole of the state.

Such a space of struggle and protest has given an important weight and place to workers’ movement in the fluid political conditions of the society. And, Workers’ protests, as a permanent arena of struggle in society, today, more than any other time, plays a crucial role in changing the balance of power in society towards peoples’ struggle and coming to the forth of the whole of the society with immediate and general demands. It suffices to have a look at the prominent examples of these protests in recent days in order to get a clearer picture from the things are that happening, and to get a better understanding of the strength and place of these struggles. Prominent examples of these protests are as follows:

– The protest of hundreds of high voltage operators representing 5000 workers in front of the parliament for two consecutive days during this week. In these protests workers issued an ultimatum to cut electricity all over the country if the Power Ministry did not substantiate its promises, by holding a placard. And this is the announcement of the right conditions to move towards general strikes. The gathering of hundreds of workers during this week has given a different look to this region.

– The bus workers of Vahed Company went on strike and protest because of a delay in payment of wages in some areas of Tehran, and the authorities were forced to pay their wages in a state of panic; because they have the experience of the magnificent strike of 2006 by these workers.
– Firefighters, as another section of service workers who are in direct contact with people, restarted their protests and, in protest against difficult and dangerous work conditions, lack of rights, and lack of safety and security gathered in front of the parliament.

– Thousands of workers in the special area of South Pars and other Phases, in an area that because of sensitive position and relation to petroleum industry they call it “special area”, so that they can control it with harder laws and regulations, an area in which government has repeatedly banned protests and threatened workers, have stopped work and resisted against bullying of contract profiteers, and are demanding their rights.

The protest gathering of the youth seeking work in the village of Shahrooee, related to the city of Behbehan of Khoozistan province, was faced with the attack of repressive forces and as a result of this criminal attack a young man by the name of Morteza Farajnia lost his life. Also, a young man by the name of Ebrahim Shahrooee was injured and taken to hospital, and three other young people by the names of Afshin, Hamid, and Daryoosh were taken to prison. But, in reaction to this barbaric crime, 7000 people from this region gathered to commemorate Morteza Farajnia, and announced that they will not let this issue to be forgotten and demanded the trial of the murderer of Morteza, medical treatment of Ebrahim Sharooee with acceptable standards, and freedom of arrested youth.

– The protest letters against new attacks of the government under the title of Sixth Development Program, including the call of Free Union of Iranian Workers regarding to the abolishment of 33rd and 24th clauses of this program, which is basically a plan for slave labor of the youth under the age of 29 and is an attack on the life and livelihood of retired people. And, the workers of Sanye Fulad ( steel industries) have announced a campaign related to this matter and this campaign is ongoing.

These happenings along with daily protests of workers in different work centers such as protest of municipal workers in Broojerd, contract workers of Reja, and protest gatherings of Ardel workers during this week, show the turbulent situation of protest movement of workers and the whole of society in Iran.

International Workers Solidarity Committee – Iran
January 1, 2016
Shahla Daneshfar:Shahla_daneshfar@yahoo.com

Translated by: Habib Biktas

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Democracia, libertad y Comunidad humana

31 décembre 2015 by

Article d’Agustin Guillamon (en espagnol):

En otros tiempos se podía soñar con matar al tirano, e incluso a veces las grandes revoluciones lo hacían, como sucedió con Luis XVI. Hoy es una tontería creer que cambiaría algo derrocando o juzgando al tirano tal o cual, o a tal o cual líder.

Sólo nos interesa la crítica de la democracia desde el punto de visa de su superación en la práctica de unas nuevas relaciones sociales de producción, que la despojen de su actual naturaleza de clase. Crítica de la democracia y crítica del totalitarismo son al mismo tiempo crítica de dos formas distintas pero complementarias de gobierno del capitalismo.

Se trata de vislumbrar las formas y el contenido de la auto-organización propias de un mundo sin clases, sin ejército ni policías ni fronteras, sin salariado ni capital, sin Estado. La democracia representativa es una forma alienada de la libertad humana.

Cuando hablamos de libertad, hablamos de la libertad de los esclavos asalariados, de la libertad de aquellos que no tenemos poder de decisión sobre las leyes, decretos o acuerdos que afectan a nuestra vida cotidiana y al futuro de nuestros hijos. Cuando hablamos de libertad hablamos de suprimir cualquier separación entre dirigentes y dirigidos, entre representantes y representados. Hablamos de la libertad de los excluidos y marginados del sistema. Hablamos de la libertad y del poder de decisión de la inmensa mayoría, actualmente ninguneada por unas periódicas elecciones de unos representantes que no nos representan.

Libertad y democracia son opuestas y contradictorias, porque la libertad es incompatible con la existencia del Estado. En el polo opuesto, el fascismo se opone a la democracia porque considera que ésta es incapaz de una defensa eficaz del Estado.

Los fundamentos de la democracia burguesa son la desigualdad económica y la explotación del trabajo asalariado. Si la emancipación de los trabajadores de la explotación capitalista ha de ser obra de los propios trabajadores, si los trabajadores han de emanciparse por sus propios medios, si nadie nos representa ni puede representarnos porque el sistema los convierte en defensores del sistema capitalista y de su lógica electoralista, ha llegado la hora de ejercer la democracia directa desde el poder de decisión sobre todo aquello que afecta a nuestras vidas y al futuro de nuestros hijos.

La revolución social consiste en crear nuevas relaciones sociales no mercantiles, de carácter cooperativo, solidario y fraternal. Ha de suprimir las divisiones empresariales, el dinero como mediador universal y el trabajo como actividad separada de la vida cotidiana. Es una tarea inmensa, pero también es un programa irrenunciable, porque es la única vía a un mundo humano y sostenible.

El parlamentarismo es el pacto y la negociación permanente que establecen entre sí los distintos partidos del capital para encontrar la gestión más adecuada y rentable del capitalismo, que una veces puede ser la democrática, otras la fascista y a veces una sabia combinación de ambas. Una organización revolucionaria de la clase explotada no puede ser parlamentaria, y en cuanto se hace parlamentaria deja de defender los intereses de la clase explotada.

Las elecciones democráticas disfrazan la brutal y permanente violencia política, social y económica de la burguesía contra el proletariado con una papeleta de voto, a la que se atribuyen poderes mágicos y que esconde la ilusión de poder cambiar “algo” por medios parlamentarios. El Estado aparece como un árbitro neutral, pero es sólo un disfraz fetichista que en momentos de crisis no puede ocultar que su papel no es, ni puede ser otro, que el de garante del sistema capitalista en contra de las revueltas y rebeliones del proletariado.

La ideología demócrata impone la ilusión de que la democracia es el conjunto de métodos, representatividad y derecho que aseguran y reglamentan la vida social de los ciudadanos libres. La representación parlamentaria se asienta sobre la ficción de que se abandona la violencia, que el Estado es un árbitro justo e imparcial y de que todos los ciudadanos son iguales ante la ley.

El discurso sobre la democracia y los derechos humanos aparecen como inapelables y destierran en teoría la violencia de las relaciones sociales, excepto cuando atañe a los intereses económicos, impuestos tiránicamente por el FMI o el Banco Mundial a pueblos y ciudadanos indefensos con durísimas medidas que afectan a su vida cotidiana y al futuro de las próximas generaciones.

La democracia burguesa se fundamenta en la existencia de individuos aislados, insolidarios y separados entre sí, en los que la libertad de cada individuo es delimitada por la libertad de otro individuo.

La libertad sólo puede expresarse desde la Comunidad humana, en el seno de una sociedad comunista, solidaria e igualitaria que, a día de hoy, jamás ha visto la luz en el planeta.

El comunismo presupone la destrucción del Estado, del dinero y de las empresas, esto es, de la separación entre productor y producción. La Comunidad humana no es democrática ni totalitaria; está más allá de la política. Se fundamenta en la desaparición de ese individuo egoísta, aislado e insolidario, propio de la sociedad burguesa y del capitalismo. Da paso al espécimen humano solidario, insertado en una colectividad, que coopera con los demás seres humanos y desea proteger a las generaciones futuras, sin más ambición ni perspectiva que el de conservar los recursos naturales y mejorar el porvenir de la especie, hoy amenazada de extinción.

Libertad y poder van íntimamente unidos. No hay libertad sin poder. Libertad es siempre el poder de decidir sobre todas aquellas cuestiones que afectan a nuestra vida y al futuro de nuestros hijos. Libertad es siempre el poder de hacer cosas sin limitaciones por parte de organismos ajenos a la Comunidad humana, sin sumisiones a fetiches de ningún tipo, ya sean el Estado, la patria, el líder o la Sagrada Economía.

Libertad es el poder colectivo de acordar las prioridades y la satisfacción de las necesidades por parte de la Comunidad humana, fruto de la propensión de los humanos a asociarse y a transformarse en esa asociación.

Que las relaciones entre individuos en la sociedad capitalista dan el poder a ciertos individuos para representarles a todos y decidir sobre todo, en lugar de la mayoría. Esa representatividad eterna, esa delegación del poder de decidir se fija en formas permanentes de representación: las instituciones estatales. La existencia de ese poder institucionalizado es incompatible con la libertad. Estado y libertad son incompatibles. Individuo y libertad son polos opuestos, porque la individualidad egoísta es propia de la sociedad capitalista y de su separación de los individuos respecto a la Comunidad humana. La libertad sólo es posible en el seno de la comunidad, como partícipe de una colectividad en una sociedad comunista, como miembro de la especie humana.

La abolición del Estado supone oponerse a una sociedad en la que los diversos poderes están institucionalizados, centralizados y jerarquizados con el único objetivo de perpetuar la división de la sociedad en clases. Poder y libertad son inseparables. La libertad es el poder de actuar sobre la realidad y las condiciones de nuestra existencia para transformarla. La libertad no es una bella idea abstracta y luminosa, pero inoperante, sino una lucha constante y una conquista histórica. Un esclavo sólo puede ser libre cuando lucha por su libertad y en ese mismo combate, aunque perezca en la lucha.

La libertad es una idea que nace con la emancipación práctica del individuo en el seno de sociedades esclavizadas y autoritarias, que sólo alcanzará su objetivo y realización final en una sociedad sin clases y sin Estado en la que los individuos dejen de estar separados y enfrentados porque forman parte de la Comunidad humana en el seno de una sociedad comunista y solidaria.

La democracia es el terreno privilegiado de la contrarrevolución, donde los intereses divergentes de la sociedad capitalista se reconocen en su oposición, a condición de plegarse siempre al llamado “interés general”, esto es, al respeto al Estado como árbitro “neutral”. En sus comienzos la democracia sólo fue política y el Estado democrático aparecía como defensor de la comunidad de seres humanos creada por el sufragio universal. Su separación de la vida social era patente. El patrón se limitaba a comprar la fuerza de trabajo al menor coste posible, o a aumentar la jornada laboral sin aumentar los salarios. La principal intervención del Estado era la represión obrera.

Más tarde apareció el Estado del bienestar, y en tiempos de Bismarck el Estado ya aparecía como regulador e intermediario que aseguraba salarios, seguridad social, horarios de trabajo, así como una fuerte presencia de la socialdemocracia en el Parlamento que aseguraba la posibilidad de importantes reformas y la integración del movimiento obrero en la sociedad y el Estado alemán. El llamado Estado del bienestar alcanzó su cénit en Estados Unidos, Europa y Japón en los treinta años que siguieron al final de la Segunda guerra mundial. Capitalismo y democracia aparecían como el mejor de los mundos posibles en toda la historia de la humanidad: una sociedad imperfecta pero mejorable.

Tras la crisis de 2008, y la consiguiente depresión, el Estado del bienestar ha quebrado en todas partes y hoy los individuos están sometidos a influencias impersonales y deshumanizadas, que obedecen ciegamente a la lógica abstracta, incomprensible e irracional de la Sagrada Economía. Jamás los individuos se habían enfrentado a una dominación tan impersonal, omnipresente, ajena y extraña, tan intangible como la actual.

En otros tiempos se podía soñar con matar al tirano, e incluso a veces las grandes revoluciones lo hacían, como sucedió con Luis XVI. Hoy es una tontería creer que cambiaría algo derrocando o juzgando al tirano tal o cual, o a tal o cual líder. Sería un gesto tan inútil como votar a su favor o en su contra. Cuanto más impotente es el “ciudadano” para cambiar su vida cotidiana, más debe escenificarse la infinita conquista de derechos ficticios en el teatral escenario de las elecciones democráticas. Goza de especial relieve mediático y propagandístico la puesta en escena del derecho a designar a nuestros representantes en el municipio, las autonomías o el Estado. Representante que de hecho no representa nada ni a nadie, como no sea los intereses de los grandes grupos de presión (lobbies) o del interés general del capital financiero internacional.

Pero la gente sigue votando a sus representantes, incluso ilusionada cuando aparecen nuevas caras, ya que por lo menos se nos garantiza que no vivimos bajo una dictadura totalitaria donde el terror es permanente y se practica la tortura en los sótanos. Mejor la democracia que el terror. Y es así como el terror domina incluso en territorios donde no se practica la tortura. Por eso, en todos los países, surgen democráticas leyes mordaza que reducen a la nada derechos y libertades de expresión, de asociación, de manifestación, de sindicación y huelga… que protegen el derecho de nuestros representantes a representarnos y anularnos política y socialmente.

Agustín Guillamón

Barcelona, noviembre 2015

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Lecture d’Agustin Guillamon sur la répression en mai 1937

 

 

Faux voyous et vrais assassins

31 décembre 2015 by

Editorial de La Révolution prolétarienne N°791 (décembre 2015):

Les massacres de vendredi 13 novembre à Paris, revendiqués par Daesh, ont fait 130 morts et plus de 350 blessés, des gens innocents, abattus aux terrasses des cafés ou dans un concert, une horreur. Un terrorisme fascistoïde a encore frappé. Nous ne pouvons qu’être écoeurés et indignés devant de tels actes. Notre solidarité est totale avec les victimes et leurs proches.

Il nous faut combattre Daesh avec nos méthodes et nos principes. Cela ne se fera pas en suspendant en quoi que ce soit la lutte de classe, mais en soutenant les kurdes et la gauche irakienne qui sont sur place, en dénonçant l’islam politique comme réactionnaire, et en aidant les réfugiés, premières victimes de la terreur.

L’état d’urgence a commencé en ne visant visiblement pas les seuls djihadistes puisque dès le mardi 17 novembre le RAID était envoyé contre… un squat à Lille, tandis que les manifestations étaient interdites puis des militants assignés à résidence.

L’évolution du gouvernement était déjà préoccupante. Il a suffi que début octobre, dans un mouvement de colère des salariés face au mépris et au chantage aux licenciements, deux membres de la direction d’Air France doivent s’enfuir avec la chemise déchirée d’un comité central d’entreprise pour qu’une campagne de criminalisation prenne une tournure surprenante, le premier ministre parlant de «voyous». Dans la foulée, les syndicats étaient attaqués parce qu’ils refusaient de signer des protocoles d’accord hallucinants. On apprenait trois semaines plus tard que la compagnie aérienne venait de réaliser les plus gros bénéfices trimestriels de son histoire. Il ne s’agissait pas de sermonner une bousculade pendant un mouvement de grève mais de décourager les luttes pour défendre son emploi, son salaire, sa dignité. Le gouvernement «a soutenu la direction» (dixit E. Macron sur CNN) et a choisi «ses» voyous.

Stéphane JULIEN

La caisse de solidarité avec l’intersyndicale Air France est en ligne à https://www.lepotcommun.fr/pot/h8micqm8

RP 791_1

(La Révolution prolétarienne est une revue fondée par Pierre Monatte en 1925. Adresse : Jean Moreau, 26 rue des Rosiers, 75004 PARIS, abonnement par chèque bancaire ou postal de 23 euros. Contact: mail)


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