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À l’assaut du ciel

4 novembre 2015

Composition de classe et lutte de classe dans le marxisme autonome italien

Un livre de Steve Wright traduit de l’anglais par le collectif senonevero

Edition augmentée d’une chronologie italienne 1956-1980

300 pages pdf complet :

assaut

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L’opéraïsme est un courant marxiste radical qui s’est développé dans l’Italie des années 1960 et 1970, comme tentative de confronter la théorie générale du Capital avec « l’étude réelle de l’usine réelle ». En rapportant le comportement de lutte actuel de la classe ouvrière à sa structure matérielle actuelle dans le rapport d’exploitation, le but des théoriciens opéraïstes était de comprendre « les nouvelles formes d’action indépendante de la classe ouvrière ». Le livre fort bien documenté de Steve Wright raconte l’histoire de ce courant, nourri de toutes les luttes de l’époque, et s’efforce d’apprécier son apport dans le contexte des récentes mobilisations « contre le capital global ».

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La crise de mai 1968 (Souyri, 1970)

4 mai 2008

Note de lecture par Pierre Souyri sur les livres récents sur mai 68 parue dans les Annales N°1 (janvier 1970), condensée en un seul article comparant les diverses interprétations du mouvement.

disponible au format pdf

Malgré l’abondance des ouvrages parus sur la crise de mai 1968, on reste fort mal renseigné sur ce qui s’est effectivement passé dans l’ensemble du pays. On est saturé de reportages sur les événements qui se sont produits à Paris, dans les rues et les universités et certains d’entre eux — comme celui de Ph. Labro qui utilise les techniques analogues à celles des cinéastes de l’actualité — témoignent de l’habi­leté professionnelle de leurs auteurs. Mais nous ne sommes à peu près jamais informés de ce qu’ont fait les travailleurs dans les usines, y compris dans la région parisienne et des luttes qui se sont déroulées dans les villes de province : les renseignements fournis par les Cahiers de Mai sur Nantes et quelques entreprises de la banlieue de Paris sont précieux mais insuffisants. (…)

Livres notamment mentionnés:

  • Ph. Labro, Ce n’est qu’un début, Paris,1968, 273 p.
  • Les Cahiers de Mai, n° 1, 15 juin 1968 et n° 2, 15 juillet 1968.
  • D. Bensaïd et H. Weber, Une répétition générale, Paris, 1968, 229 p.
  • J. Jurquet, Le printemps révolutionnaire de Mai 1968, Paris, 1968, 178 p.
  • Cohn-Bendit, Le gauchisme, remède à la maladie sénile du communisme, Paris, 1969, 271 p.
  • Comités d’Action lycéens, Les lycéens gardent la parole, Paris, 1968, 190 p.
  • E. Morin, C. Lefort et J. M. Coudray, Mai 1968 : La Brèche. Premières réflexions sur les événements, Paris, 1968, 142 p.
  • I. A. Duclent, Monique Fichelet, R. Fichelet, M. Jourdan-Laforte, Nicole May et Françoise Picq, Les représentations sociales et les sentiments associés au mouvement de Mai chez les jeunes de la région parisienne, 55 pages ronéotypées, Paris, 1969.
  • Juliette Minces, Un ouvrier parle, Paris, 1969, 84 p.
  • R. Houran, L’instituant contre Vinstitué (chap. II, L’autogestion chez Pechiney), Paris. 1969, 196 p.
  • M. Perrot, M. Rebérioux, J. Maitron, « La Sorbonne par elle-même, mai-juin 68 », Mouvement Social, n° 64, juillet-septembre 1968,
    Paris, 414 p.
  • A. Schnapp et P. Vidal-Naquet, Journal de la Commune étudiante, novembre 67-juin 68, Paris, 1969, 876 p.
  • etc…

Voir aussi:

Tolérance répressive (Marcuse)

30 avril 2008

Tolérance répressive

Suivi de Quelques conséquences sociales de la technologie moderne

par Herbert Marcuse

(Homnisphères, mars 2008. 144 pages. 12 euros)

« La tolérance est passée d’un état actif à un état passif, de la pratique à la non-pratique : laissez-faire les autorités constituées ! Ce sont les gens qui tolèrent le gouvernement qui, à son tour, tolère une opposition dans le cadre déterminé par les autorités constituées. La tolérance vis-à-vis de ce qui est radicalement mauvais semble bonne parce qu’elle sert la cohésion du tout qui est en route vers l’abondance ou vers plus d’abondance. Le fait qu’on tolère la crétinisation systématique aussi bien des enfants que des adultes par la publicité et la propagande, la libération des pulsions destructrices au volant dans un style de conduite agressif, le recrutement et l’entraînement de forces spéciales, la tolérance impuissante et bienveillante vis-à-vis de l’immense déception que suscitent le marchandisage, le gaspillage et l’obsolescence planifiée – toutes ces choses ne sont pas des distorsions ou des aberrations, elles sont l’essence d’un système qui n’encourage la tolérance que comme un moyen de perpétuer la lutte pour l’existence et de réprimer les alternatives. »

Herbert Marcuse (1898-1979), philosophe, fut l’un des principaux théoriciens de l’école de Francfort.

Voir aussi:

Les intellectuels (« Socialisme mondial », 1982)

28 avril 2008

Les intellectuels face à l’histoire de Louis Janover, Galilée.

Cet essai est une critique de ces intellectuels ex-PCF qui proclament que « Marx=goulag ». Janover montre qu’ils ne se sont pas trompés sur la nature de la Russie de Staline comme ils le prétendent, mais qu’en tant qu’« idéologues d’une nouvelle classe sociale et théoriciens attitrés du capitalisme d’Etat » ils l’ont soutenue en pleine connaissance de ce qu’elle était: un Etat totalitaire. Cette critique, quoique bien envoyée, même très bien envoyée, traite d’un sujet qui reste un peu ésotérique. On trouve quand même des observations fort intéressantes d’un caractère plus général dans l’essai de Janover.

II n’a aucune difficulté à montrer, par exemple, que Marx n’était pour rien dans le développement du capitalisme d’Etat en Russie, en Chine et dans d’autres pays semblables. En fait l’analyse de Janover est presque identique à la nôtre sur ce point:

« Les bolcheviks, organisés hiérarchiquement dans leur parti hyper-centralisé et, comme tels, parfaitement aptes à exercer le pouvoir politique, accompliront, au nom du socialisme, la tâche qui, dans d’autres pays, était échue à la bourgeoisie et à ses représentants politiques : la mécanisation de l’agriculture et l’industrialisation du pays ; tout en évoquant le « socialisme », ils deviendront les fonctionnaires de ce capital anonyme, les agents de ce déterminisme économique que les Soviets n’avaient pu briser, de la même manière que les jacobins sacralisèrent la propriété privée et l’égoïsme national en croyant apporter au monde un nouveau message de fraternité universelle. L’intervention du prolétariat, décisive pour faire disparaître les ruines de la féodalité qui encombraient encore le sol de la société russe, n’a pourtant été qu’un simple facteur au service d’une révolution de type bourgeois » (pp. 45-6).

« Si l’on s’interroge sur la signification sociale qui revêt cette révolution dans le cadre de la méthode d’analyse matérialiste que nous a léguée Marx, la réponse ne laisse pas de surprendre : aucune transformation socialiste n’était possible, compte tenu de la situation politique et des conditions économiques et sociales dans lesquelles se trouvait la Russie au moment de Février et d’Octobre » (pp. 115-6).

A propos de Marx, Janover prend la même position que Maximilien Rubel (voir notre compte-rendu de son Marx critique du marxisme dans SM6) : Marx n’était pas un marxiste, n’était pas l’inventeur d’un nouveau système philosophique, ni le fondateur d’une nouvelle Ecole. Mais si Janover refuse le terme « marxiste » il est prêt à accepter « marxien ».

Selon l’enseignement « marxien » (donc), dit Janover, l’instauration de la société sans classes ni Etat qui sera le communisme (=le socialisme pour nous) sera le résultat de la Selbsttatigkeit, c’est-à-dire de l’auto-activité, de la classe ouvrière. Cependant cela n’aura rien d’automatique ; bien que la résistance de la classe ouvrière à l’exploitation capitaliste soit inhérente au capitalisme, l’instauration du socialisme ne pourra qu’être le résultat d’une décision consciente. Pour Marx, comme Janover l’exprime, le socialisme était « un état social qui doit être pensé et désiré avant le pouvoir se réaliser » (p.202). Pour nous aussi.

La tâche des socialistes, poursuit Janover toujours selon l’interprétation de Marx donnée par Rubel, est donc essentiellement éducative : de faire prendre cette décision « éthique » par la classe ouvrière, « de faciliter la maturation de la conscience révolutionnaire des travailleurs » (p.98). À part le fait que nous n’utiliserions pas le terme éthique c’est aussi notre perspective et nous en tirerions la même conclusion, à savoir qu’on ne peut pas « innocenter la classe ouvrière – et chaque prolétaire en particulier – de toute responsabilité dans la survie du système qui l’écrase en permanence » (p.208). Effectivement, le capitalisme continue à exister parce que la majorité immense des travailleurs l’accepte ; jusqu’à maintenant, malgré les efforts des socialistes depuis avant Marx, les travailleurs ont choisi le capitalisme et non pas le socialisme.

Sur certains points nos vues et celles de Janover divergent. Janover semble limiter « la classe ouvrière » aux seuls ouvriers en excluant les autres salariés et semble penser que Marx avait tort d’imaginer que la Selbsttatigkeit, une fois consciente et socialiste, de la classe ouvrière pouvait s’exprimer sur le plan électoral.

Par contre le passage qui suit exprime parfaitement notre position sur la futilité du réformisme et la nécessité d’une révolution sociale pour résoudre les problèmes des travailleurs:

« Aucune réforme du capitalisme, aucune lutte ouvrière n’a rien pu changer d’essentiel ni au rapport capital-travail ni au caractère valeur du type de production sociale qui lui est inhérente. Cette « loi de l’accumulation capitaliste, mystifiée en une loi de la nature, n’exprime donc en fait qu’une chose : il est dans sa nature d’empêcheur toute espèce de diminution dans le degré d’exploitation du travail et toute augmentation de salaire qui pourrait mettre en danger sérieusement la reproduction constante du système capitaliste et sa production sur une échelle toujours plus large » (Le Capital, I) (…) Vérifiée par plus d’un siècle de réformisme et d’intervention de l’Etat en matière de réglementation sociale, cette loi débouche donc sur cet impératif catégorique : seule l’abolition du système grâce à l’activité révolutionnaire des exploités peut améliorer durablement le sort des opprimés et sauver I’humanité d’« une catastrophe telle qu’elle éclipsera même les horreurs fameuses de l’ empire romain » (Marx) (pp.227-8)

(Compte-rendu paru dans Socialisme Mondial 20, publié par le Parti Socialiste du Canada, été 1982)

Une histoire de l’identité (1715-1815)

24 avril 2008

Note de lecture parue dans L’Humanité du 23-04-2008

L’État moderne, inventeur des papiers d’identité

Sous l’Ancien Régime naît une véritable machinerie administrative du contrôle social, que la République perpétue au nom du droit à la sûreté.

Une histoire de l’identité : France 1715-1815,

de Vincent Denis. Éditions Champ Vallon, 2008, 468 pages, 30 euros.

Comment prouver que tel est bien celui qu’il prétend être ? Comment retrouver et identifier une personne qui a choisi de fuir sa communauté pour plonger dans l’anonymat ? Le livre dense de Vincent Denis retrace moins l’histoire de l’identité que celle de l’identification. Il décrit l’élaboration, tout au long du XVIIIe siècle, de techniques de reconnaissance sans cesse plus sophistiquées, en rupture avec le classique certificat de bonnes moeurs délivré par le curé. Traditionnellement présentée comme le point de départ d’un enregistrement systématique d’une communauté de citoyens soumise à des devoirs civiques et militaires, la Révolution apparaît, en aval de cette passionnante thèse, avoir puisé considérablement dans un répertoire d’expériences antérieures, constitué dans les bureaux de la Régence et préalablement expérimenté sur les déserteurs et les vagabonds. Ce faisant, Vincent Denis nous offre aussi un angle original d’approche des mobilités et de leur surveillance. Car c’est surtout le contrôle de ces franges criminalisées (parce qu’échappant à la mobilisation guerrière, fiscale et laborieuse des habitants du royaume) qui obsède les nouveaux spécialistes de l’identification au coeur de l’appareil d’État. Trahis par leur allure et leurs vêtements, selon l’ancienne logique des apparences, ces migrants illicites sont finalement confondus par l’absence de papiers en règle et par les signalements portés sur des registres de plus en plus précis et centralisés. Le passeport valide devient l’immunité du voyageur ; son absence signale le clandestin. L’Ancien Régime inventait ainsi le « sans-papiers ».

Le bref mais intense débat du début de l’ère révolutionnaire sur la liberté de circulation est un autre temps fort du livre, qui montre comment ce droit naturel a pu être sacrifié sur l’autel de la nécessaire « transparence » censée rapprocher les hommes et, bien plus prosaïquement, au nom d’une société de « sûreté ». Les régimes qui suivirent 1789 se contentèrent de perfectionner les acquis du siècle écoulé en uniformisant et en généralisant. Cartes, livrets et passeports réputés infalsifiables, registres et recensements nominatifs commençaient alors à enserrer, non plus telle ou telle catégorie déviante, mais l’ensemble de la population dans les mailles d’un panoptique de l’écrit administratif et policier, encore pas tout à fait infaillible…

Impossible donc, en refermant cet ouvrage de ne pas percevoir l’écho de questionnements tout contemporains. De ne pas prendre la mesure de cette effrayante machinerie de contrôle social, en perpétuelle expansion, que les héritiers des commis du Régent ou des agents de Fouché nourrissent aujourd’hui, habités des mêmes fantasmes de fichage global des individus et de leurs mutations successives.

Sébastien Jahan, historien

Acheter en ligne: Une histoire de l’identité : France 1715-1815 (livraison gratuite)

Marx et « le marxisme » (Rubel lu par ‘Socialisme mondial’, 1976)

23 avril 2008

(Compte-rendu paru dans Socialisme Mondial N°6, publié par le Parti Socialiste du Canada, 1976)

Marx Critique du Marxisme de Maximilien Rubel, Payot, Paris, 1974.

Maximilien Rubel est celui qui en France a étudié Marx avec la plus grande pertinence, et nous disons bien Marx, non pas le marxisme, puisque le but de don livre est de montrer que le terme « marxisme » est une idéologie dont la création incombe en partie sur Engels et que Marx lui-même n’aurait pas accepte. D’une certaine façon Rubel a raison : parler de « marxisme » pourrait impliquer que la théorie socialiste était la création d’un seul homme, Marx, point de vue qui est en contradiction avec la théorie énoncée par Marx lui-même. Pour Marx, la théorie socialiste n’est pas la création des penseurs individuels, mais elle est l’expression théorique du mouvement pratique de la classe ouvrière, c’est-à-dire l’expression de leur lutte contre la classe capitaliste dans le but d’abord de protéger leur standard de vie au sein du capitalisme et plus tard de s’emparer du pouvoir politique afin d’abolir le capitalisme.

Contrairement à la plupart de ceux qui se disent « marxistes », Rubel (qui cependant refuse cette épithète) a compris avec clarté que Marx soutenait une société mondiale dans laquelle seraient abolis le salariat, l’État et l’argent. En bref, par « socialisme » il fait référence au même concept que nous.

Rubel fait ailleurs d’autres bonnes remarques ; une partie de son livre (qui est en fait une collection d’articles écrits durant une période datant de 1957 au 1973) portant le titre « Le mythe d’octobre » fournit une brillante analyse de l’origine et de la nature du capitalisme d’État de la Russie. Rubel dénonce « la révolution prolétarienne » de 1917 comme étant un mythe. A son avis :

« 1917 . . . a inaugure, au contraire, l’entrée de la Russie dans le processus mondial de l’accumulation capitaliste. Ainsi le bolchevisme en tant que pouvoir politique n’a pu être que l’instrument de ce processus. Pour parler une fois encore le langage de Marx : s’étant montrée impuissante à accomplir sa « fonction historique », la bourgeoisie russe a légué cette « mission » au bolchevisme. »

Et, en harmonie avec les propos du Parti Socialiste de Grande Bretagne à ce moment-là :

« en 1917 aucune des conditions requises pour que la Russie entre dans la vole du socialisme n’étaient réunies : les conditions économiques et les rapports de classe au sein d’une société essentiellement paysanne aussi bien que l’importance sociale et le degré de maturité du prolétariat l’interdisaient, à moins d’une miraculeuse métamorphose intellectuelle et morale à tous les échelons de la société russe. »

Ainsi les bolchevistes, dans l’impossibilité d’établir le socialisme, se sont vus forcés à développer le capitalisme. Ainsi leur révolution ne fut pas une révolution « prolétarienne », mais plutôt une révolution « bourgeoise » :

« Pour qui accepte la description marxienne du processus d’exploitation du travail par le capital, Lénine, son parti et la bureaucratie accomplirent le rôle que la bourgeoisie russe n’avait pu mener à bien : jeter les fondements matériels, autrement dit capitalistes, d’un socialisme futur. Ce rôle bourgeois et jacobin, les bolcheviks le présentèrent sous un masque socialiste et baptisèrent la domination du parti « dictature du prolétariat » : tant il est vrai que le capital a besoin de justifications idéologiques pour cacher son oppression économique. En Russie, Lénine, son parti et la bureaucratie assumèrent le rôle dévolu partout ailleurs à la bourgeoisie, et le remplirent avec la plus grande efficacité. Et quand nous parlons de révolution « bourgeoise » accomplie par les bolcheviks, nous entendons bien que cette révolution se déroulait nécessairement dans le champ clos du capitalisme, et non pas en terrain socialiste. »

Rubel souligne également le fait que « Marx n’excluait pas une passation de pouvoir à l’aide du suffrage universel » (p. 179). En effet Marx a souligné l’importance de la démocratie politique en tant que base sur laquelle la classe ouvrière pourrait développer le savoir et l’expérience nécessaire pour abolir le capitalisme, en utilisant précisément les institutions de la démocratie politique :

« Constitué en classe et en parti dans les conditions de la démocratie bourgeoise, le prolétariat se libère lui-même en luttant pour conquérir cette démocrate: il fait du suffrage universel, hier encore « instrument de duperie », un moyen d’émancipation. Une classe qui constitue l’immense majorité d’une société moderne ne s’aliène politiquement que pour triompher de la politique et ne conquiert le pouvoir d’État que pour l’utiliser contre la minorité anciennement dominante. »

C’est-à-dire, la classe ouvrière s’empare du pouvoir politique non pas pour former un gouvernement – et à ce propos Rubel souligne que le terme « État ouvrier » n’a « jamais été employé par Marx » (p. 288) – mais seulement en tant qu’arme révolutionnaire pour abolir le capitalisme.

A vrai dire, Rubel est quelque peu ambigu sur ce point, puisque, ailleurs, il écrit: « « la conquête du pouvoir politique ‘, c’est le piège absolu, le suicide du mouvement ouvrier » (p. 213). Nos vues et celles de Rubel bifurquent au moment où il propose la formation de « conseils ouvriers » comme alternative à la conquête du pouvoir politique par la classe ouvrière. II devrait se reporter pour une juste interprétation de ce terme de Marx au passage qu’il a écrit lui-même et qui cite ci-dessus, C’est vrai que le Bolchevisme et ses divers dérivés – stalinisme, trotskysme, maoisme – ont dénaturé le sens que Marx a donné à ce terme, en préconisant la saisie du pouvoir par la violence par une élite de révolutionnaires professionnels. Ce n’est pas ceci que Marx a voulu dire soit par « la conquête du pouvoir politique » soit par « la dictature du prolétariat », ainsi que l’a montré Rubel même.

L’organisation ouvrière en conseils ne fournit pas vraiment une alternative valable a l’organisation politique, c’est-à-dire à l’auto-organisation en un parti politique démocratique de masse dont le seul but est de s’emparer du pouvoir politique afin d’abolir le capitalisme. La classe ouvrière doit s’emparer du pouvoir gouvernemental afin d’empêcher que celui-ci ne s’oppose à l’établissement du socialisme. La violence serait inévitable si en essayant d’ établir un autre centre du pouvoir basé sur des « conseils ouvriers » on laisserait ce premier à la disposition de la classe capitaliste. Le seul moyen d’établir le socialisme pacifiquement est de convertir le suffrage universel en un « agent d’émancipation » ainsi que le préconisait Marx.

Le « parti politique de la classe ouvrière » doit être totalement différent des partis actuels, ça va de soi. Son but ne sera pas de conduire la classe ouvrière à la victoire parlementaire ou à l’insurrection. Ce devra être un parti intégralement démocratique, ou ceux qui auront été choisis pour achever quelque tâche à son compte – y compris les envoyés au parlement – seront des délégués sous mandat, passibles d’une révocation immédiate au cas où ils ne répondraient pas aux exigences de la classe ouvrière, qui bien entendu dans sa majorite doit être socialiste.

Néanmoins, on peut recommander le livre de Rubel Marx Critique du Marxisme. II y a, après tout, peu d’autres qui sont d’accord avec nous à propos et de la nature du socialisme en tant que société sans argent, sans salariat et du caractère essentiellement capitaliste de la révolution russe.

Voir aussi:

Catalogue Spartacus en ligne

23 avril 2008

Le catalogue de tous les livres disponibles aux éditions Spartacus est maintenant en ligne, avec une présentation de chaque livre :

http://atheles.org/spartacus/livres/index.html

Des livres parus entre 1947 et 2007, couvrant un large champ de l’extrême
gauche critique, non-léniniste.

Les commandes peuvent s’y faire en ligne.

Voir aussi:

La fable de l’illégalité: sans-papiers et intégration forcée aux Pays-Bas

22 avril 2008

Un nouveau livre de Ni patrie ni frontières

Les Pays-Bas sont un petit pays rarement mentionné dans les médias et auquel les libertaires et d’extrême gauche s’intéressent généralement peu, si l’on excepte l’infime minorité de ceux qui connaissent et apprécient le «communisme de conseils», et son principal théoricien, Anton Pannekoek.
La «paix sociale» y est rarement troublée par des grèves, ou des luttes, «exemplaires» susceptibles d’enflammer l’imagination des militants.
Pourtant, beaucoup de questions politiques débattues en France – de la «flexsécurité» à «l’identité nationale» en passant par le «multiculturalisme», les séquelles du colonialisme, l’immigration ou la place de la religion dans la société – y sont l’objet de vifs débats… et aussi de mesures réactionnaires que la droite française rêve d’imposer dans l’Hexagone.
Contrairement à l’image d’Epinal que l’on a souvent de ce pays en France, la société néerlandaise est en train de devenir de plus en plus raciste et intolérante, grâce aux politiques publiques et aux campagnes politiques menées par les différentes tendances de la droite et de l’extrême droite, au nom de la défense des valeurs et traditions et de la culture néerlandaises.
Les textes que nous présentons dans ce recueil ont, pour environ la moitié d’entre eux, déjà été traduits et publiés dans la revue Ni patrie ni frontières au cours des six dernières années. Nous y avons ajouté une longue interview réalisée avec quatre membres de ce groupe, ainsi que plusieurs textes sur l’écologie réactionnaire, le mouvement altermondialiste, les conséquences de la guerre des Pays-Bas contre l’Indonésie en 1946-49, les thèmes d’agitation de la droite populiste, les politiques discriminatoires contre les jeunes Antillais, les principes politiques de De Fabel, textes que nous n’avions pas encore présentés à nos lecteurs (en tout 160 pages de traductions nouvelles).
De Fabel van de illegaal (La Fable de l’illégalité) est un groupe atypique, par ses origines, comme par ses activités et son journal.
En effet, il ne s’agit pas d’une organisation constituée autour d’une idéologie fermée, comme c’est si souvent le cas en France ou dans d’autres pays. Même s’ils se considèrent, grosso modo, comme des communistes libertaires, ses membres ne tiennent pas à s’inscrire dans une filiation idéologique précise, fermée à toute influence «extérieure». On ne trouvera donc ici aucune allusion à Bakounine, Archinov, Malatesta, ou même Anton Pannekoek, leur compatriote.
Leur journal bimestriel s’intéresse à trois questions principales: le racisme et l’antisémitisme aux Pays-Bas, l’extrême droite, et les luttes des sans-papiers.
Presque tous les articles tournent autour de ces trois axes d’intervention, ou de thèmes très proches, dans une perspective militante bien sûr, mais aussi dans le cadre d’une réflexion théorique sur toutes les questions posées par les politiques migratoires et démographiques: nationalisme, place des «cultures» et des traditions, multiculturalisme, liberté de conscience, fonction des religions, répression étatique, oppression des femmes, rôle de la famille, etc.
Il faut souligner aussi une autre originalité de De Fabel van de illegaal: sa façon de préparer ses campagnes politiques, seul ou avec d’autres. Dans la plupart des pays, les groupes d’extrême gauche ou libertaires ont généralement une attitude purement réactive: ils réagissent à une mesure gouvernementale, à l’invasion d’un pays étranger, à une décision d’un organisme international ou d’une multinationale. Comme leur propagande est improvisée en fonction de thèmes d’actualité sans cesse changeants, son contenu est soit pauvre (parce qu’ils ne savent pas répondre aux arguments concrets de l’adversaire de classe), soit trop général (les arguments avancés sont valables à toutes les époques et en toute circonstance). Ou alors, pour remédier à ce manque de connaissances, les militants sont obligés de faire confiance à des «spécialistes», universitaires ou intellectuels professionnels, sans avoir une distance critique suffisante vis-à-vis du sous-bassement politique des idées de ces «spécialistes» et sans se livrer à un travail de réflexion autonome et collectif au sein de ces groupes révolutionnaires.
Pour sa part, De Fabel fonctionne de façon totalement différente et originale: quand le groupe décide de mener une campagne politique sur un thème (et, comme on l’a vu, ces thèmes sont volontairement limités, De Fabel ne veut pas disperser son énergie entre vingt causes différentes et sans lien entre elles), ses membres commencent par bien étudier les arguments de l’adversaire (Etat, partis politiques, patrons, institutions internationales) pour à la fois pouvoir répondre aux réactionnaires ou aux réformistes, mais aussi pour trouver des arguments simples et faciles à comprendre qu’ils puissent employer à la fois dans leur journal, leurs tracts et dans les discussions individuelles, les meetings, les manifestations, etc.
Les textes de ce volume ont tous été traduits du néerlandais en anglais par De Fabel van de illegaal, puis de l’anglais en français par nos soins. En cas de doute, nous avons consulté les auteurs afin d’éviter tout contresens.

Ni patrie ni frontières

Sommaire

  • Les bases politiques de De Fabel van de illegaal
  • De Fabel lutte contre le racisme et l’exclusion sociale 4
  • Soutien individuel et soutien collectif aux sans-papiers (2002) 7
  • Théorie et pratique (2003) 12
  • Combattre aux côtés des migrants et des réfugiés (2004) 17
  • Coopérer avec l’extrême gauche et les progressistes (2004) 21
  • Nos racines idéologiques (2004) 25
  • Introduction à l’interview 28
  • «Participer à la lutte historique pour un monde meilleur» (2005) 29

Immigrés et sans-papiers aux Pays-Bas

  • Les jeunes Antillais pauvres sont une cible (2001) 45
  • Les witte illegalen à la croisée des chemins (printemps 2002) 51
  • Nationalisme arabe et travailleurs migrants (2003)
  • Votez SP, votez pour des expulsions civilisées (2003) 62
  • Les ONG aident le gouvernement à expulser les réfugiés (2003) 66
  • Réponse révolutionnaire au contrôle de l’immigration (2004) 71
  • Décideurs, écologistes et droits des migrants (2004) 76
  • Centres d’expulsion et centres de départ (2004) 82
  • Pour la liberté totale des migrations! Contre l’OIM (2004) 86
  • Du multiculturalisme à l’intégration forcée (2005) 90
  • Syndicats et travailleurs clandestins (2005)
  • Halte à l’intégration forcée (2006)! 102
  • Comme il vous plaira (2006) 104
  • Les migrants d’Europe de l’Est, (2007) 108

Antisémitisme et antisionisme

  • Entre antisionisme et antisémitisme (2000) 120
  • La plus grande manifestation antisémite depuis 1945 (2002) 126
  • Comment éviter quelques pièges antisémites (2002) 130
  • L’antisémitisme sur Indymedia (2002) 135
  • Le sionisme est-il l’ennemi du mouvement altermondialiste? 139
  • Cheikh Yassin: un «héros» et un «exemple»? (2004) 145
  • Gauche révolutionnaire et Hezbollah (2006) 149
  • Quelques précisions (Ni patrie ni frontières) 155
  • Comment Luther inspira Hitler (2007) 157

Altermondialisme

  • Avec la nouvelle droite contre la «mondialisation»? (1998) 164
  • AMP et militantisme de base (1998) 169
  • L’AMP: un réseau de résistance stimulant (1998) 172
  • Campagne contre l’AMI: potentiellement antisémite (1999) 181
  • Pourquoi nous quittons la campagne contre l’AMI (1999) 188
  • Auto-Interview (1999) 195
  • Nouvelle Droite et Kosovo (1999) 196
  • L’IFG et sa politique de «retour au village» (1999) 199
  • Goldsmith et sa hiérarchie gaïenne (1999) 215
  • Le millionnaire Goldsmith, la gauche et l’extrême droite 200
  • Seattle ou le joyeux mariage entre la droite et la gauche (1999) 226
  • McDonald’s attaqué de tous les côtés (2000) 233
  • La Fondation de la Terre flirte avec le nationalisme (2000) 235
  • ATTAC laisse la porte ouverte à des alliances douteuses (2000) 239

Racisme, nationalisme et multiculturalisme

  • À propos de la guerre d’Indonésie et de ses séquelles (1999)
  • La question nationale en l’an 2000 (2000) 265
  • Féminisme et multiculturalisme (2001) 271
  • Critique féministe du nationalisme (2002) 275
  • Racisme libéral aux Pays-Bas (2002) 278
  • Dérives des anti-guerre (2003) 281
  • Les racines conservatrices de l’anti-américanisme (2003) 288
  • Combattre le racisme sans défendre le multiculturalisme 292
  • IS (Pays-Bas) et le nouveau racisme culturel (2004) 297
  • Théo Van Gogh: La balle est venue de la droite (2005) 302
  • Théo van Gogh, Un cinéaste mineur, sexiste… (2005) 306
  • Geert Wilders, un politicien populiste… (2005) 309
  • Qui est Geert Wilders? (2007) 314

Divers

  • La «swastika communiste»? (2000) 318
  • La politique des Khmers rouges (2000) 322
  • Langage politiquement et langue «pure» (2001) 326
  • Ayan Hirsi Ali mérite le soutien de la gauche (2002) 332
  • Politiques démographiques et lutte contre la pauvreté (2003) 338
  • Théories du complot et Da Vinci Code (2004) 342
  • Les révolutionnaires néerlandais et l’UE (2005) 348
  • Fondamentalistes musulmans et gauche révolutionnaire (2007) 351

360 pages. PRIX : 10 euros

Eugène Péaud, un syndicaliste révolutionnaire

31 janvier 2008

LE BARS (Loïc), Eugène Péaud, un syndicaliste révolutionnaire, Paris, Editions Syllepse, septembre 2007, 144 p.

Présentation

Eugène Péaud est particulièrement représentatif de cette couche de militants qui n’ont pas souhaité, ou n’ont pas pu devenir, des dirigeants nationaux mais qui n’en possédaient pas moins une envergure intellectuelle et une capacité d’analyse leur permettant de prendre des initiatives et d’infléchir une orientation décidée à Paris. C’est ainsi que la faiblesse du mouvement ouvrier vendéen, son isolement dans un environnement politique hostile, amena Eugène Péaud à combattre en toutes circonstances pour l’unité des organisations ouvrières et démocratiques, même quand cela ne correspondait pas vraiment, en février 1934 notamment, aux stratégies mises en œuvre par les états-majors parisiens.
Cette catégorie de militants constitue pour une grande part ce « levier méconnu de l’histoire» qu’évoqua l’historien Jean Maitron. Cet ouvrage se veut une contribution modeste à cette entreprise visant à redonner vie à « ce peuple militant » qui a fait et qui fait toujours de la politique autre chose que le champ clos des ambitions personnelles.

Caractéristiques

Format : 15 x 21,5 cm, 144 pages
ISBN : 978-2-84950-14-05
Prix de vente : 15 euros
Éditions Syllepse
69 rue des Rigoles 75020 Paris
Tél. : 01 44 62 08 89 http://www.syllepse.net

Table des matières

7. Préface. Portrait de l’enseignant syndicaliste révolutionnaire, de Claude Pennetier

23. Avant-propos, par Jean Péaud
27. Introduction
31. Chapitre 1. L’« école des voyous »
35. Chapitre 2. L’engagement politique et syndical
39. Chapitre 3. La création du syndicat unitaire de l’enseignement
43. Chapitre 4. L’exclusion du Parti communiste
51. Chapitre 5. Un instituteur non conformiste
55. Chapitre 6. Le difficile combat pour l’unité
61. Chapitre 7. La réunification syndicale
73. Chapitre 8. Le Front populaire
83. Documents
91. Chapitre 9. La guerre
99. Chapitre 10. La reconstruction
105. Chapitre 11. Le retour à La Roche
113. Chapitre 12. « Un agent de Tito »
117. Chapitre 13. La FEN 85
121. Chapitre 14. De l’UGS au Parti socialiste unifié
125. Chapitre 15. Secrétaire fédéral du Parti socialiste unifié
137. Chapitre 16. Le dernier engagement : la Fédération générale retraités

Souscription pour un recueil de textes de Loren Goldner

30 janvier 2008

La revue Ni patrie ni frontières publiera un recueil des textes de Loren Goldner en octobre 2008. Ceux et celles qui sont intéressés par un tel livre peuvent, s’ils le souhaitent, participer à la souscription que nous lançons à cet effet. L’ouvrage comptera environ 450 pages et coûtera 12 euros, frais de port inclus. Si cela vous intéresse, vous pouvez envoyer un chèque de 12 euros à l’ordre d’Yves Coleman (le chèque n’étant encaissé qu’à la parution du livre) 10 rue Jean-Dolent 75014 Paris. Ou nous contacter par email à yvescoleman@wanadoo.fr

Il contiendra à la fois des textes qui ont déjà été traduits et publiés en français sur Internet ou dans des revues (Echanges, Courant alternatif et Ni patrie ni frontières) :

- La classe ouvrière coréenne : de la grève de masse à la précarisation et au reflux
- Le capital fictif pour les débutants : impérialisme, « anti-impérialisme » et pertinence actuelle de Rosa Luxembourg
- La crise du dollar et nous
- Notes sur une nouvelle défaite des travailleurs américains (2004)
- Je n’ai pas vu le même film : compte rendu du livre de Max Elbaum Revolution in the Air (2004)
- Une pause dans la crise ou l’amorce d’un nouveau boom économique ? (2003)
- Un « warfare state » keynésien vide de substance : L’évolution de la démocratie américaine d’hier à aujourd’hui
- L’Allemagne 1938, Etats-Unis 2003 : parallèles historiques ?
- Sur le capital fictif
- La révolte américaine contre la « globalisation » ? (2000)
- Crise de la liquidité internationale et lutte des classes : Première approximation
- La classe ouvrière américaine : restructuration du capital global, recomposition du terrain de classe (2002)
- Lutte de Classes en Basse Andalousie, 1995-1996 (1996)
- Le communisme est la communauté matérielle humaine : Amadeo Bordiga et notre temps (1991)
- Le concept de race et le siècle des Lumières : De l’antisémitisme à la suprématie des Blancs 1492-1676
- Multiculturalisme ou culture mondiale ? Sur une réponse de « gauche » au déclin social actuel (1993)
- La fusion afro-indiano-anabaptiste : Les sources du radicalisme américain (2002)
- Compte rendu du livre de Franklin Rosemont. Joe Hill. The IWW & the Making of a Revolutionary Working class Counterculture. (2003)

…Mais aussi les textes suivants (inédits en français) :

- Renaissance et rationalité, le statut des Lumières aujourd’hui
- Les primitifs américains en rouge, noir et blanc : race et classe aux Etats-Unis
- Race et Lumières. Les Lumières et ce qui s’ensuivit
- Les nazis et la déconstruction : Jean-Pierre Faye contre Derrida
- La reproduction sociale pour les débutants
- Sur l’altermondialisme et un article de Patrick Bond
- Introduction à la tendance Johnson-Forest et au livre de CLR James, G. Lee et P. Chaulieu : Facing Reality
- Facing Reality 45 ans après : dialogue critique avec CLR James, Grace Lee et Pierre Chaulieu