Balance N° 36

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Le dernier numéro (novembre 2011) de la revue barcelonaise Balance, rédigée en espagnol, est dédié à la mémoire d’Emilio Madrid, animateur des Éditions Espartaco Internacional décédé cet été. Il comporte une biographie de Manuel Pérez Fernández, militant de la CNT et anarchiste espagnol né et décédé au Brésil (1887-1964), et une étude sur le débat en 1938 entre la majorité des bordiguistes et Fosco, trotskyste hétérodoxe du groupe Le Soviet. La Guerre civile d’Espagne avait occasionné de nouveaux clivages dans les courants d’extrême-gauche, selon comment elle était caractérisée et selon l’intervention que nécessitait la caractérisation qui en était faite. Une minorité des bordiguistes italiens exilés en France (Fraction de gauche) avait rejoint les rangs de la colonne internationale Lénine du P.O.U.M. tandis que les trotskystes scissionnaient en janvier 1937, avec d’un côté le groupe « orthodoxe » de G. Munis et d’un autre le groupe de Fosco, qui se rapprochait du P.O.U.M. L’étude d’A. Guillamón revient sur le rôle de Fosco dans la guerre d’Espagne, les analyses des bordiguistes sur cette guerre, et publie la traduction en espagnol de deux articles d’époque: « Une « lección » trotskista de los acontecimientos de España » de la majorité « non-interventionniste » des bordiguistes publié dans Octobre N° 3 (avril 1938) et la réponse de Fosco:  « Una lección bordiguista sobre los acontecimientos de  España » publiée dans La Commune N° 129 (mai 1938). Ces deux articles ne sont pas actuellement disponible en ligne en français: Octobre a commencé à être saisi par le collectif Smolny et La Commune par l’association RADAR, mais les numéros en question ne sont pas encore numérisés.

Sans vouloir survoler à la va-vite les raisons qui purent faire dire aux militants de l’époque qu’il fallait combattre ou pas en Espagne, qu’il s’y trouvait ou pas un front de classe, on pourra évidemment méditer, à l’occasion d’un retour sur cette polémique, sur de nombreux aspects plus ou moins intemporels (l’engagement , la résistance de la réalité aux schémas pré-établis lorsqu’elle intègre des paramètres tout à fait nouveaux comme ce fut le cas en Espagne, ce qui fait qu’une position dogmatique peut devenir franchement sectaire, etc.).

Pensant à la défaite des journées de mai 1937, Agustin Guillamón conclut son étude avec un sentiment de vanité des disputes théoriques quand la réalité a déjà tranché:

« La passivité de la Fraction fut le fruit amer du terrible isolement où l’avait conduit la défense intransigeante de ses principes, parce que « les principes sont les armes de la révolution ». Le débat de 1938 entre la Fraction et Fosco restait un débat « très parisien » et verbal, sans le moindre impact sur la réalité politique et sociale espagnole de l’heure. Au moment même où se déroulait ce débat entre bordiguistes et trotskystes, les minorités révolutionnaires, en Espagne, avaient été vaincues, enterrées, en prison ou dans la clandestinité absolue. Il était minuit dans le siècle.»

Balance se présente comme cahiers d’histoire du mouvement ouvrier international et de la Guerre d’Espagne. Pour tout contact écrire à chbalance@gmail.com. BALANCE, Apartado 22010, 08080 Barcelona, Espagne. Comme d’habitude, la charte graphique du format A4 est sobre et facile à lire, ce qui est fort utile pour celles et ceux qui ont comme moi un espagnol rudimentaire.

S.J.

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