Chez Jeumont Schneider: Impressions de mai (Ngo Van, 1968)

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Article de Ngo Van paru dans ICO n° 76 (décembre 1968). Précédente mise en ligne sur le site chatquipeche.free.fr.

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Il nous paraît fastidieux en ce moment où tout est à la « normale » d’évoquer ce qui ne l’était pas moins « normal à rebours » à la fin du printemps dernier. D’ailleurs ce qui s’est passé ici n’est qu’une variante de ce qui s’est passé ailleurs, que tout le monde connaît. Cependant il n’est pas inutile de se pencher sur le miroir terni du passé pour essayer de se connaître soi-même.
L’après-midi du vendredi 17, dans les ateliers, on chuchote : les syndicats sont en train de mijoter quelque chose devant la montée de la vague ; cependant c’est une fin de semaine sans histoire.
Lundi matin, les travailleurs, qui ont parcouru l’avenue décorée de drapeaux rouges, se groupent devant les portes sans savoir s’ils doivent entrer ou rester dehors ; ils attendent un ordre. Les délégués le donnent : « Entrez, nous déciderons de ce qu’il faut faire ». Comme d’habitude les lourdes portes de fer se referment, après que tout le monde, d’un geste d’automate, a pointé son carton à la pendule, tandis qu’à l’usine voisine, la SIFA, fabrique d’antibiotique, il s’est déjà passé quelque chose : le drapeau rouge flotte au-dessus des portes de fer scellées par d’innombrables affiches blanches manuscrites qui pourraient se résumer ainsi : grève illimitée, pour que ça change, pour que le travail fasse partie de la vie et non de la destruction de la vie…
« Il va se passer quelque chose chez nous, tout à l’heure », nous prévient un jeune copain de la CFDT.
En effet, dans les ateliers, les gens ne travaillent pratiquement plus, certains se montrent impatients dans l’attente de ce quelque chose. Vers 9 heures les délégués syndicaux circulent et présentent un papier polycopié à signer : « Êtes-vous pour ou contre les revendications suivantes : salaires minimum 800 francs, semaines de 40 heures sans diminution de salaires, retraites à 60 ans, abrogation des ordonnances de la Sécurité Sociale, reconnaissance des droits syndicaux dans l’entreprise. Êtes-vous pour ou contre une assemblée générale du personnel ? »Quelle responsabilité aurons-nous à prendre, nous les éternels signataires de pétitions, de revendications, de requêtes destinées aux corbeilles à papier ?
À dix heures les ateliers se vident, et on se réunit à la menuiserie. Environ 500 personnes dont la majorité est formée d’ouvriers en bleu ; eux, les contremaîtres, chefs d’équipe, en blouse grise, ils sont là aussi cette fois-ci ; et quelques blouses blanches. Cet atelier d’emballage connaît depuis des années, de temps à autre, la routine des assemblées d’une heure, d’une demi-heure, des gens en débrayage à l’appel des syndicats, réunions où on n’a jamais vu tant de monde que ce matin du lundi 20 mai. Mais la routine n’a pas perdu ses droits, les mêmes mènent le jeux, et les autres jouent le jeu. Les délégués sont sur la plate-forme et la foule, comme toujours, est presque silencieuse. Prend la parole le premier un délégué de la CFDT, un tourneur, un gaillard entre deux âges, aux yeux profonds et luisants, l’air convaincu et passionné. Il fait l’éloge du courage des étudiants et estime que c’est le moment pour les ouvriers d’entrer dans la lutte pour « faire ouvrir les yeux au patronat et au gouvernement qui, depuis des lustres refusent de discuter avec les syndicats ». Timidement un petit drapeau rouge est déroulé puis dressé derrière le groupe des orateurs. « Je ne suis pas communiste, dit-il, mais je suis pour le drapeau rouge. » Puis il rappelle les origines de l’emblème : pendant les barricades de 1848, on a ramassé une chemise imprégnée du sang d’un ouvrier (…) elle a servi de drapeau, et cette chemise serait encore conservée dans un musée de Moscou. Ça étonne un peu tout de même. Les quêtes pour les grévistes des houillères, pour le Vietnam, s’étaient faites avec le drapeau tricolore : on l’étendait à la sortie de l’usine et chacun manifestait sa « solidarité agissante » en jetant son obole dans ce chiffon sacré de la patrie. Eh oui ! on aurait eu bonne mine, devant les étudiants des barricades avec leurs drapeaux rouges et leurs drapeaux noirs, si l’on avait sorti seulement le bleu-blanc-rouge. Après le délégué de la CFDT, celui de la CGT avoue n’avoir plus grand-chose à dire, et propose, comme moyen d’appuyer les revendications proposées par les syndicats, la grève illimitée avec occupation de l’usine. Les jeunes semblent être enthousiastes pour l’action, les vieux paraissent soucieux. La décision est prise par voie de scrutin : chacun marque le oui ou le non sur un petit papier ; 2/3 pour la grève, 1/3 contre ; une vingtaine pour la grève sans occupation de l’usine.
« Nous vous demandons, dit le délégué CGT, de ranger vos outils et de tenir les établis propres. » On sent l’autorité du « responsable ».
Ainsi fut rompu le quotidien, et chacun, secoué, fut tiré plus ou moins de l’apathie. Le problème était là, et chacun se le posait à sa manière.
« Maintenant, il faut discuter de ce qu’on va faire, dit G., un contremaître, vous voulez foutre par terre le gouvernement, et il faut savoir où l’on va. Demain il n’y aura plus de lait pour les bébés… »
Après le repas de midi, on se réunit à la cantine et on élit un comité de grève. La plupart des candidats présentés à l’approbation de l’assemblée sont des délégués ou syndiqués CGT et CFDT ; quelques jeunes « inorganisés » y sont admis. Un piquet de grèves de quarante personnes, toutes volontaires, assurera l’occupation jour et nuit. Le comité invite tout le monde à venir tous les jours pour participer à l’occupation. En réalité pour garder l’entrée de l’usine, car seul le piquet de grève peut circuler dans les ateliers. « Et pourquoi occuper l’usine ? Pour que le patron ne lock-out pas ; car une fois déjà il a joué ce mauvais tour et a fait convoquer un à un les travailleurs qu’il voulait reprendre. »Aux jeunes du comité est confiée la tâche « d’organiser les loisirs » en vue de tuer l’ennui des occupants, l’ennui prévu aussi illimité que la grève.
Chez les jeunes (infime minorité) se manifeste un sentiment confus de la nécessité d’un changement profond du mode de vie, ce qui implique un changement profond de la société entière dans ses structures. À certains qui descendent au quartier latin les nuits des barricades, il semble que le couvercle du vieux monde de plomb s’entrebâille au-dessus de nos têtes et que c’est le moment de le faire sauter ; la majorité vit l’événement passivement, comme en se laissant un peu emporter dans l’inconnu par la vague ; ceux qui ont déjà dépassé le demi-siècle d’âge, qui ont fait 36, ne s’illusionnent point, ils se rappellent bien comment on a su « terminer une grève ».
Durant la première semaine, on vient nombreux et les assemblées pour informations et discussions, organisées par le comité de grève, sont fréquentes.
Après Grenelle, la CGT et la CFDT ne se montrent pas chaudes pour les réunions du comité de grève et les assemblées générales et prétextent, pour en convoquer le moins possible, de réunions intersyndicales presque journalières. Ou bien on expédie prestement la réunion du comité de grève, on y parle de cantine ou de la garde de nuit, et c’est tout.
Le mercredi 21, des jeunes proposent de constituer des équipes de discussion sur les revendications et autres problèmes. À l’issue de l’assemblée une trentaine d’ouvriers se retrouvent dans la salle de conférences (accessible aux cadres seulement en temps normal), car la proposition leur a plu. Une discussion très sympathique se développe au sujet des revendications, des contradictions et des insuffisances ; on en arrive à la question des rapports entre syndicats et partis politiques mais la discussion tourne court, des délégués CGT intervenant, prenant la parole avec force et interrompant tout le monde.
Le premier jour, seul le drapeau rouge flotte au-dessus de la porte fermée de l’usine, porte scellée par une grande affiche rouge portant nos revendications. Mais dès le jour suivant, le drapeau tricolore est là, faisant la paire avec le rouge. Nous comprendrons ça plus tard, lorsque le PC se déclarera parti de l’ordre, « le premier à dénoncer les groupuscules extrémistes et provocateurs », et déclare qu’il a su associer « le drapeau de la révolution française » au « drapeau de la classe ouvrière ». Monsieur Waldeck Rocher charrie. Le drapeau des communards ne se mêle pas au drapeau des Versaillais. Le drapeau tricolore est celui de la bourgeoisie et de l’État bourgeois actuels. C’est sous ses couleurs que, depuis 1789, la bourgeoisie exploite les ouvriers et les envoie mourir au champ d’honneur ; sous ses couleurs qu’elle a asservi les noirs et les jaunes.
Est-il utile de le dire ? Nos camarades de la CGT, c’est la cellule à l’usine, tout comme le camarade Séguy fait partie du bureau politique.
Dans les assemblées les gens parlent peu, s’expriment avec difficulté. Nous notons au hasard les choses qui nous reviennent à la mémoire. Quelqu’un propose un jour de discuter sur les revendications formulées, en rappelant qu’en 36 on a obtenu la semaine de 40 heures, et que depuis on a toujours travaillé de 48 à 56 heures. Et puis maintenant, 32 ans après, nous nous retrouvons au même point. « Depuis 32 ans, la technique a évolué et la production s’est développée, s’est dit un vieil ouvrier, pourquoi revendiquer 40 heures au lieu de 35 heures ? »Et si demain patronat et gouvernement acceptaient les 40 heures, qu’est-ce qui les empêcheraient de nous rouler comme par le passé ? La retraite à 60 ans permettrait aux vieux de connaître un peu de repos et aux jeunes d’avoir du travail. La proposition n’a pas suscité beaucoup d’intérêt parmi l’assistance, et le comité déclare clos le débat qui n’est pas même commencé.
Dans la suite, après Grenelle, au comité de grève, on ne parle plus de 40 heures mais de la réduction progressive des heures de travail ; on ne parle plus de la retraite à 60 ans, mais de l’abaissement de l’âge de la retraite…
Des camarades évoquent l’union dans la lutte entre l’université et l’usine, proposant qu’on invite les étudiants de l’UNEF du mouvement du 22 mars à venir à l’usine nous informer de leur mouvement. Sur le refus du comité de grève, ils demandent que leur proposition soit soumise à un vote de l’assemblée, ce qui est classé sans réponse. Bien qu’il y ait un certain nombre de camarades favorables à cette idée, personne n’insiste. Les délégués et les jeunes membres de la CFDT, qui sont d’accord pour une telle liaison ouvrier-étudiants, n’ont pas voulu contrarier les délégués CGT, de crainte de « rompre l’unité d’action ».
Un groupe de jeunes se rend à la mairie « communiste » de St-Denis pour obtenir un local hors de l’usine où ils pourront discuter avec des étudiants. D’abord on leur refuse sous prétexte que chez J.S. il y a des gens suspects. Pour contenter ces jeunes un délégué (CGT) intervient et une salle est accordée au 120 avenue Wilson, à quelque cent mètres de l’usine. Mais la rencontre n’a pas lieu, les étudiants de l’UNEF ne sont pas venus.
Le jour de la manifestation à la gare St Lazare, organisée par la CGT pour un gouvernement démocratique (à participation communiste) à l’assemblée générale, le comité de grève, ou plutôt les délégués CGT, invitent les gens à participer à la manifestation pour « appuyer les pourparlers entre patronat et délégation syndicale de la métallurgie ». « Maintenant vous voulez politiser la grève, dit quelqu’un. Qu’est-ce que vous racontez, la manifestation est destinée à soutenir votre politique, hier soir à la télé Séguy l’a dit, et vous nous faîtes croire qu’elle est simplement destinée à soutenir nos revendications. »De son côté la déléguée CFDT propose le soutien d’un éventuel gouvernement Mendès-France.
Vers une heure, quatre ou cinq gars et filles du mouvement du 22 mars sont venus devant l’usine et cherchent à entrer en conversation avec les grévistes. Tout de suite les délégués CGT interviennent. Une femme prend à partie les intrus :
‹ Qu’est-ce que vous voulez ? Quel est votre programme ?
‹ Mais madame, nous ne sommes pas un parti politique, nous ne voulons pas le pouvoir, et nous n’avons pas de programme. Nous voulons simplement prendre contact pour information.
Dans la discussion avec les ouvriers, lorsque le gars prononce le nom de Séguy, un délégué CGT, tout feu, veut lui sauter à la gorge. Comme si le bon dieu était profané. Une ouvrière, indignée du fanatisme du délégué, intervient : « Tu n’as pas le droit de l’empêcher de parler, laisse-le parler. Moi aussi je suis cégétiste, mais il faut que tout le monde puisse parler. Même les trotskistes qui étaient venus pour distribuer des tracts, vous n’avez pas le droit de les brutaliser. » Et elle continue : « On peut obtenir des améliorations ; pourquoi faire une révolution ? Pourquoi faire couler du sang ? »
Peu à peu les bouches s’ouvrent, surtout en dehors des assemblées, dans les piquets de grèves, la nuit. Comme disait un copain de la boîte : « Cette grève, elle aura eu au moins le mérite de faire parler les travailleurs. » On discute sur les événements, les étudiants, le fascisme, sur tout. Quelques-uns vont le soir à la Sorbonne, à l’Odéon, à l’école des Beaux-Arts, et reviennent le lendemain avec des idées et l’ambiance de liberté de ces lieux.
Bien souvent, devant le fiasco des revendications alimentaires de Grenelle, l’idée de l’autogestion, de la gestion ouvrière est lancée. Les réponses ne sont pas hostiles, mais l’on se considère incapable de mener une telle tâche à bien, on sent qu’il s’agit d’un problème à caractère global, qui dépasse le cadre de l’entreprise, et même de la France. Et on sent aussi que les syndicats ne sont pas pour la fin du régime social existant. La commission des loisirs a invité des artistes portugais qui viennent chanter des fados. À leur arrivée, le mercredi 21, devant la porte de l’usine, les copains portugais comparent la profondeur et l’ampleur du mouvement avec le piètre contenu de nos revendications, ce qui a pour effet d’éveiller la méfiance d’une déléguée CGT. Après les chants un dialogue s’amorce avec un délégué CFDT :
‹ Pourquoi êtes-vous en grève, et quelles sont vos revendications ?
‹ La société capitaliste nous exploite par le canal des impresarios, des maisons de disque, la radio, au même titre qu’elle exploite les ouvriers par le moyen des patrons. Nous ne revendiquons pas la semaine de 40 heures (qu’on devrait avoir de plein droit depuis 36) ni un salaire minimum de 800 F (car il faut plus de 800 F pour vivre décemment) et pourquoi ici 800 F, plus loin 600 F et là-bas 1000 F ? Nous sommes en grève aussi par solidarité envers les ouvriers et les étudiants, nous allons dans les usines pour que s’engage le dialogue entre ouvriers et artistes, et qu’on voit bien qu’il n’existe qu’un problème pour tous : contester la société en place.
Le copain achève en disant qu’il ne faut pas se laisser avoir. Réaction violente de la déléguée CGT : « Vous êtes là pour chanter, alors chantez. Quant aux ouvriers, nous, on s’en occupe. » Le dialogue se poursuit néanmoins, mais bientôt les copains sont priés de quitter l’usine sous la surveillance du gorille de service, et l’après-midi s’achève avec eux dans un café, à l’abri des réactions syndicales.
À part ces incidents, l’ordre syndical a bien régné dans l’usine. Les outils sont intacts, pas de destruction de machines par les étudiants. Pas de contestation, ni d’actes hostiles d’aucune sorte de la part des jeunes enthousiastes ou des vieux « anarchisants ». Le directeur est là tous les jours, dans son bureau ; il signe le déblocage des fonds pour la cantine, ordonne les avances de salaires aux grévistes, discute de temps à autre avec les délégués, ne prend aucune décision de lui-même, lui aussi, il attend et suit les ordres…
Un événement important : les ingénieurs ont fait la grève. Le premier jour ils se sont réunis séparément. Il leur a fallu quatre jours pour que, par une faible majorité, ils décident une grève de solidarité. Ils ont tenu pendant trois semaines, se réunissant presque tous les jours pour discuter, et élaborer leur propre cahier de revendications. Ensuite, ils ont demandé un vote secret de l’ensemble du personnel pour ou contre la reprise du travail. La majorité des grévistes votent contre le vote et les ingénieurs reprennent le travail. Comme l’usine est fermée et gardée par le piquet de grève, les ingénieurs travaillent dans des chantiers extérieurs à l’usine.
Au milieu de la dernière semaine de grève, le grand patron accepte la discussion avec les délégués. Les choses se précipitent. Le jeudi 13, à l’assemblée générale, le délégué CGT dit qu’il faut savoir reprendre le travail, et propose à son tour un vote secret sur cette question ; le vendredi 14, comme prévu, on passe tout de suite au vote. On sort les isoloirs, comme pour les élections de routine quand il s’agit de désigner le comité d’entreprise ou les délégués du personnel. La majorité des travailleurs est découragée et juge qu’une semaine de plus ou de moins ne changera rien, maintenant que les autres corporations sont déjà au travail, que le front des travailleurs est brisé, et que les métallos sont presque seuls à continuer à se battre.
La cantine est pleine quand on annonce le résultat : 423 voix pour la reprise, 135 pour la continuation de la grève, 3 votes nuls. L’assemblée est houleuse. Ceux qui veulent « continuer le combat » sont contents quand même de se trouver si nombreux.
La direction et les délégués ont hâte d’en finir. Ils proposent de recommencer le travail l’après-midi même, et la direction, généreuse, paiera la journée entière. De partout on crie : « lundi ! lundi ! » Une nette majorité semble refuser le marchandage. À 13 heures, quelle surprise ! Tout l’état-major CGT et CFDT est devant les portes grandes ouvertes de l’usine ; deux délégués portent les drapeaux, le rouge et le tricolore, et ils s’engagent dans l’usine, suivis timidement d’une minorité d’ouvriers… Arrivés à l’intérieur ils entonnent l’Internationale.
Le lundi matin, tout le monde est là, c’est le « retour à la normale ».

P.S. – Le mercredi 22, deux jours après notre début de grève, les syndicats se déclarèrent prêts à négocier avec le patronat et le gouvernement. À la nouvelle de l’ouverture des négociations avec Pompidou, tout le monde pensa qu’étant donné la paralysie du pays, l’agitation insurrectionnelle permanente des étudiants qui soulevait le monde du travail, il y avait beaucoup de chance pour que le patronat et l’État capitaliste lâchent quelque chose d’important. Quelques-uns poussaient plus loin l’espoir : ils vont céder rapidement, et probablement on reprendra le travail dans le courant de la semaine prochaine.
Mais dès que le fameux protocole d’accord du dimanche 26 eut été proclamé, et que Séguy et consorts eurent été hués chez Renault, tout le monde se sentit dupé et comprit que la lutte serait plus dure. À l’assemblée générale du mardi, après avoir informé les grévistes des modalités du protocole, les délégués eux-mêmes, comme pénétrés du malaise général, proposèrent tout simplement la continuation de la grève.
Le sentiment d’avoir été dupé se renforça lorsque le gouvernement brisa le mouvement en accordant des avantages aux secteurs clés (électricité, métro, SNCF, postes…) et que les syndicats se mirent à chanter victoire.

Note:

Un article qui est peut-être une traduction anglaise (« Impressions of May ») est paru dans Critique en août 2008 (Volume 36, N. 2, pp. 307-317)

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2 Réponses to “Chez Jeumont Schneider: Impressions de mai (Ngo Van, 1968)”

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    […] Ngo Van: Chez Jeumont Schneider: Impressions de mai (1968) * Charles Vérecque: Fin de l’Etat (1909) * Julius Martov: Marx et le problème de la […]

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