Fernand Loriot (Bulletin communiste, 1933)

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Extrait du Bulletin communiste n°32-33 de juillet 1933.

Le nom de Fernand Loriot est inséparable du Bulletin comme du Comité de la 3° Internationale qui fut le noyau du parti communiste en France.

Voici la notice biographique que lui consacrait l’Humanité en 1921, n° du 20 février, pendant son emprisonnement pour « complot contre la sûreté de l’État »:

« Fernand Loriot, membre du Parti depuis 1901, n’était connu avant la guerre que comme militant du Syndicat des Instituteurs. Après le fameux congrès de Chambéry, il fut impliqué dans les poursuites aux fins de dissolution du Syndicat. Malgré l’arrêt du tribunal correctionnel, il refuse de dissoudre le Syndicat.

Pendant la guerre, à l’heure du danger, il se range un des premiers dans la poignée des opposants.

Nommé en 1915 trésorier de la Fédération des syndicats d’instituteurs, il est délégué avec Hélène Brion, secrétaire, au Comité confédéral. Il consacre la plus grande partie de son activité à la lutte contre les syndicalistes chauvins, aux côtés de Merrheim, Bourderon, Péricat.

Il est un des fondateurs du Comité pour la reprise des relations internationales; il en fut avec Bourderon le porte-parole dans le Parti. Dans tous les congrès socialistes et syndicaux, il soutient sans compromission le point de vue révolutionnaire des zimmerwaldiens, et devient ainsi le représentant le plus autorisé de la fraction de gauche qui devait s’appeler plus tard communiste.

En 1917, après la défection de Merrheim, il est nommé secrétaire du Comité pour la reprise des relations internationales. En 1919, lors de la fondation du Comité de la 3° Internationale, il en devient le secrétaire.

Son action au Syndicat des Instituteurs lui avait valu des « mesures administratives » et son déplacement. Après le Congrès de Strasbourg, il est l’objet d’une information aux fins de révocation.

Il a collaboré pendant la guerre à l’Ecole émancipée, à la Plèbe, au Journal du Peuple; après la guerre à la Vie ouvrière, au Bulletin communiste, à l’Humanité.

Il a été trésorier du Parti.

En mai 1920, il est emprisonné et impliqué dans les poursuites contre le « complot ».

Au Congrès de Tours, il est nommé membre du Comité Directeur du Parti, puis secrétaire international. »

Dans la Critique sociale (n°7, janvier 1933), B. Souvarine a consacré à la mémoire du camarade disparu les lignes suivantes, qui complètent et commentent brièvement la biographie reproduite:

« La mort de Fernand Loriot, le 12 octobre dernier, a privé le mouvement communiste d’un des ses hommes les plus nécessaires, un de ceux qui résument la précieuse expérience d’une époque exceptionnelle par l’importance des faits historiques successifs dont ils furent témoins et, plus ou moins, participants. Combien reste-t-il de ces militants qui aient connu ou vécu le socialisme de la II° Internationale, la grande guerre et ses conséquences, la crise de toutes les doctrines  révolutionnaires, la révolution russe, les origines et la décadence de la III° Internationale, l’évolution du bolchevisme et la décomposition du communisme international, et soient restés fidèles à leur cause contre vents et marées, à travers tant de vicissitudes?

Aux heures tragiques où son parti renonçait à toute raison d’être, Fernand Loriot (1870-1932) a été l’incarnation de la résistance à l’irrémédiable déviation du vieux socialisme embourgeoisé. Il fut parmi les premiers initiateurs de la minorité internationaliste, dans le Parti et les syndicats, les fondateurs du Comité pour la reprise des relations internationales devenu en 1919 Comité de la III° Internationale. Aux côtés de Merrheim et Bourderon, mais plus ferme et conséquent, il a mené la lutte qui aboutit à la fondation du parti communiste par les étapes des conférences de Zimmerwald (1915) et de Khiental (1916). Son activité s’est exercée en particulier dans le Syndicat des Instituteurs, tout en se manifestant avec plus d’évidence dans le parti, d’abord socialiste, puis communiste.

En 1920, F. Loriot fut emprisonné et inculpé de « complot contre la sûreté de l’Etat ». Libéré en 1921, après dix mois de prison préventive, il participa aux III° Congrès de l’Internationale communiste, la même année. A son retour en France, il se tint à l’écart de la vie politique, pour des raisons de vie privée. Après la « bolchevisation » de 1924, il prit fait et cause pour l’opposition et, ayant rompu avec le parti dégénéré en 1926, se rallia au syndicalisme révolutionnaire.

On ne saurait pourtant sans arbitraire classer le Loriot des dernières années dans un courant bien défini, car il cherchait sa voie d’une façon très personnelle. Ses affinités n’avaient rien d’exclusif: sa dernière lettre au Bulletin communiste, accompagnant une souscription, exprimait un accord que n’a pas démenti sa position ultérieure en dépit de divergences indiquées dans ses derniers articles de la Révolution prolétarienne. Si l’on admet que les actes ont plus d’importance que les mots, il importe de noter son adhésion à la CGT, attitude plus proche de la tactique des marxistes du Cercle communiste démocratique que de celle des syndicalistes révolutionnaires obstinés à « redresser » une C.G.T.U. domestiquée. Personne ne peut dire avec certitude comment Loriot eût évolué dans une nouvelle phase du mouvement. Ce qui est sûr, c’est qu’il se décidait toujours après mûre réflexion, de lui-même et sans préjugé, pour tenir ensuite très ferme sur ses convictions. Cette fermeté de caractère et la droiture de son esprit ont été les traits distinctifs de sa personnalité.

Sa mort a été très douloureusement ressentie par ses anciens compagnons d’armes, dispersés et isolés après la déchéance ignomineuse de la III° Internationale. »

bc32-33

Voir aussi:

4 Réponses to “Fernand Loriot (Bulletin communiste, 1933)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen Linken - eine Auswahl « Entdinglichung Says:

    […] La Bataille socialiste La réaction à l’oeuvre en ItalieUn restaurant coopératif: “La Famille Nouvelle”Evolution and the God Hypothesis (Adam Buick)Fernand Loriot (Bulletin communiste, 1933) […]

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  2. Impressions d’un délégué (Louis Bouët) « La Bataille socialiste Says:

    […] de l’Union, influencé par Jouhaux qui venait assez souvent à Angers-Trélazé. C’est Loriot qui est intervenu au nom de la Fédération de l’Enseignement, plus en socialiste qu’en […]

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  3. lucien Says:

    Voir aussi l’extrait:

    1924 Loriot à Berne [Guilbeaux]

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  4. 90 ans après, que reste-t-il du Congrès de Tours ? « La Bataille socialiste Says:

    […] ont exclu la plupart des principaux fondateurs : Souvarine et Monatte furent exclus dès 1924, Loriot continua à combattre de l’intérieur la stalinisation du parti puis fut poussé à la […]

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