L’assassinat de Berneri (1937)

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Article de Nicolas Lazarévitch paru dans La Révolution prolétarienne N°248 (juin 1937)

Camillo Berneri, qui fut traqué pendant des années par la police internationale, a été assassiné à Barcelone par la section espagnole du Guépéou de Staline.
Voilà l’horrible vérité, qui acquiert l’importance d’un grand événement politique, car elle démontre une fois de plus que les artisans du Thermidor russe ne peuvent apporter ailleurs que les conséquences logiques de leur morale criminelle.
Quand la révolution espagnole se trouva brusquement dans une impasse, impuissante à se défendre à cause du blocus unilatéral organisé par les pays dits démocratiques, elle tourna naturellement ses regards vers la Russie.
Staline comprit qu’en donnant une aide au moment critique, il pouvait tirer plusieurs lièvres à la fois. Et, en effet, il a tout d’abord gagné une popularité toute particulière parmi les travailleurs espagnols; deuxièmement, il a pu fournir des armes en échange de l’or de la Banque d’Espagne; il a pu aussi montrer à l’Allemagne et au Japon la valeur des armements russes, et il a surtout acquis la possibilité de pénétrer dans le mouvement ouvrier espagnol: en y semant la discorde, il a réussi à arrêter la marche en avant de la révolution prolétarienne. Ce point, auquel a été subordonné le gros effort de ses agents en Espagne, lui tient particulièrement à cœur. Car Staline comprenait parfaitement qu’une révolution prolétarienne risquait de détruire définitivement le mythe du socialisme dans un seul pays, et de ruiner ses combinaisons diplomatiques, d’où la fameuse déclaration du député Hernandez et les plaidoiries de la Pasionaria en faveur d’une révolution du genre de 1789.
En novembre 1936, Staline commence à vendre des armes à l’armée républicaine, mais organise simultanément un Guépéou espagnol. La presse révolutionnaire signalera son existence à différentes reprises. Il y a lieu de croire que le Guépéou en Espagne commença son activité par l’assassinat de Durruti. Ce fait était connu par de nombreux camarades de la C.N.T. Mais la tête de cette organisation décida de garder le silence à ce sujet., pour des raisons de « tactique ». C’est à la faveur de cette fameuse tactique que les staliniens organisèrent, sans trop se gêner, presque ouvertement, leurs sections du Guépéou et furent ainsi préparés pour un putsch contre-révolutionnaire. C’est ce même Guépéou qui dressa des listes d’ « indésirables », parmi lesquels figurait, en premier lieu, Camillo Berneri.
Berneri remplissait les fonctions de commissaire politique de la colonne italienne opérant sur le front d’Aragon et rédigeait l’organe de langue italienne Guerra di classe. Son grand « crime » fut d’avoir compris la situation et d’avoir eu le courage de s’opposer à la colonisation du mouvement ouvrier par des agents de Staline. Cela suffit évidemment pour que son sort fût décidé.
Il avait reçu un premier avertissement après avoir publié en avril une lettre ouverte à Federica Montseny. Ce fut Antonov-Ovseenko qui avertit Berneri par l’intermédiaire de la généralité: Berneri fit connaître ce fait à ses amis à Paris.
On sait maintenant avec certitude que des hommes du P.S.U.C. et des policiers de la généralité sont venus d’abord discuter avec lui; constatant qu’il n’y avait pas de garde armée dans la maison, ces mêmes individus sont venus perquisitionner dans les chambres des antifascistes italiens (qui occupaient la maison en commun); ce sont eux qui ont arrêté Berneri et son ami Barbieri lesquels ont été retrouvés assassinés sur le pavé de Barcelone. Au cours des récents combats de Barcelone, des otages de la F.A.I. furent questionnés dans les locaux du P.S.U.C par des Russes ou interrogés en leur présence. Il est également connu que l’allié du P.S.U.C. dans le putsch contre-révolutionnaire était l’Estat Català, formation fasciste de la bourgeoisie catalane. Ainsi, la perquisition dans le local du P.O.U.M. fut faite par les gardes d’assaut, assistés des gens de l’Estat Català, dont les membres se sont montrés particulièrement farouches, voulant briser et déchirer tout ce qui se trouvait dans le local.
Et cela aussi est logique, car pour écraser le mouvement ouvrier catalan, l’Estat Català est le meilleur allié. Antonov-Ovséenko l’a compris et il a fait de son mieux pour satisfaire son maître.
Antonov-Ovséenko est un vieux bolchevik et un ex-oppositionnel repenti, c’est dire qu’il sait ce qui l’attend un jour; pour le moment, il essaie de sauver sa peau en massacrant la révolution espagnole.

Voir aussi:

– Textes de Berneri:

– Textes de Lazarévitch:

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2 Réponses to “L’assassinat de Berneri (1937)”

  1. Neues aus den Archiven der radikalen (und nicht so radikalen) Linken « Entdinglichung Says:

    […] espagnole (1937) * Union communiste (UC): Camarades anarchistes! (1937) * Nicolas Lazarévitch: L’assassinat de Berneri (1937) * Lettre ouverte à la Commission exécutive du PSOE (1937) * Le Comité pour la reprise des […]

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  2. From the archive of struggle, no.40: Yale Yiddish special « Poumista Says:

    […] espagnole (1937) * Union communiste (UC): Camarades anarchistes! (1937) * Nicolas Lazarévitch: L’assassinat de Berneri (1937) * Lettre ouverte à la Commission exécutive du PSOE (1937) * Le Comité pour la reprise des […]

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