Rapport sur Moscou (Rühle, 1920)

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Article d’Otto Rühle paru dans Die Aktion du 2 octobre 1920. Nous avons revu la traduction de (Dis)continuité sur un paragraphe.

I

J’ai voyagé illégalement vers la Russie. L’affaire fut difficile et périlleuse. ; mais elle réussit. Le 16 juin, je mettais le pied sur le sol russe ; le 19, j’étais à Moscou.

Le départ d’Allemagne s’était déroulé dans la précipitation. Le KAPD avait, en avril, sur l’invitation de Moscou, envoyé deux camarades comme négociateurs à l’Exécutif, pour discuter de l’adhésion à la III° Internationale. Le bruit courut alors que les deux camarades avaient été arrêtés en Estonie au cours de leur retour. Il s’agissait donc de reprendre immédiatement les négociations et de les mener à bonne fin, et si possible de faire aussi un compte rendu au KAPD avant le Congrès. Tout cela en toute hâte puisque le Congrès devait commencer dès le 15 juin.

Arrivé en Russie, je constatai à ma grande joie que la nouvelle de l’arrestation de nos camarades était fausse. Ils étaient repartis par Mourmansk et se trouvaient déjà en Norvège sur le chemin de l’Allemagne. J’appris en outre que le Congrès ne devait pas débuter le 15 juin mais seulement le 15 juillet.

Les autres constatations étaient moins agréables. Mon premier entretien avec Radek fut une véritable explication. Pendant des heures. Parfois très violente. Chaque phrase de Radek était une phrase tirée du Rote Fahne. Chaque argument, un argument spartakiste. Radek est en fait le chef et le patron du KPD. Levi et consorts sont ses perroquets dociles. Ils n’ont pas d’opinion propre et ils sont payés par Moscou.

Je priai Radek de me remettre en mains propres la Lettre ouverte… adressée au KAPD. Il me le promit mais ne tint pas parole. Je le lui rappelai encore à plusieurs reprises et le lui fis rappeler par d’autres, mais je ne l’obtins pas. Lorsque j’entendis dire plus tard que les deux camarades qui avaient travaillé comme négociateurs n’avaient, eux aussi, reçu la Lettre ouverte… qu’au tout dernier moment avant leur départ, le comportement de Radek, du point de vue psychologique, devint plus clair pour moi. Lui, le plus roublard des roublards et le plus cynique des cyniques, il éprouvait cependant, eu égard aux mensonges perfides et aux imprudences dont la Lettre ouverte… regorgeait tout simplement, quelque-chose comme de la honte, de sorte qu’il redoutait pour ainsi dire d’avoir à tenir tête et à répondre, les yeux dans les yeux, à ceux qu’il avait insultés et diffamés.

Les méthodes auxquelles je me suis vu livré à Moscou provoquèrent en moi le plus violent dégoût. Où que je regarde : des manœuvres politiques de coulisse s’appuyant sur le bluff pour dissimuler le fond opportuniste par de dures résolutions révolutionnaires. J’aurai aimé me lever et partir. J’ai pourtant décidé de rester jusqu’à ce que le second délégué, le camarade Merges (Braunschweig), soit arrivé.

J’utilisai mon temps à faire des études.

Tout d’abord, j’explorai Moscou, la plupart du temps sans conduite officielle, afin de voir aussi ce qui n’était pas destiné à la visite par les autorités. Ensuite, je fis un grand périple en voiture jusqu’à Kachira et un voyage à Nijni Novgorod, Kazan, Simbirsk, Samara, Saratov, Tambov, Toula, etc. ; j’appris ainsi à connaître les localités les plus importantes de la Russie centrale. Cela provoqua en moi une abondance d’impressions plus pénibles que réjouissantes. La Russie souffre, dans tous ses membres, de toutes les maladies. Comment pourrait-il en être autrement ! On pourrait relater beaucoup de choses, mais l’exemple des Crispien et Dittmann ne m’incite pas à les imiter. Car à qui cela servirait-il ? Aux adversaires du communisme uniquement. Mais tous ces défauts et inconvénients ne constituent cependant aucun argument contre le communisme. Tout au plus contre la méthode et la tactique appliquées par la Russie pour réaliser le communisme. Mais l’on doit s’expliquer là-dessus avec les camarades russes d’une autre manière.

II

La tactique russe est la tactique de l’organisation autoritaire. Le principe du centralisme, qui en est le fondement, a été développé par les bolchéviks avec un tel esprit de suite, et finalement poussé par eux jusqu’à l’extrême, qu’il a conduit à l’ultra-centralisme. Les bolchéviks n’ont pas fait cela par arrogance ou par désir d’expérimenter. Ils y ont été contraints par la révolution. Quand aujourd’hui les tenants allemands de l’organisation en parti s’indignent et se signent à propos des phénomènes dictatoriaux et terroristes en Russie, ils en parlent à leur aise. S’ils étaient à la place du gouvernement soviétique, ils devraient agir exactement de cette manière.

Le centralisme est le principe d’organisation de l’époque bourgeoise-capitaliste. Mais non l’État prolétarien et l’économie socialiste. Ils requièrent le système des conseils.

Pour le KAPD – contrairement à Moscou – , la révolution n’est pas une affaire de parti, le parti n’est pas une organisation autoritaire fonctionnant du haut vers le bas, le chef n’est pas un supérieur militaire, la masse n’est pas une armée condamnée à l’obéissance aveugle, la dictature n’est pas le despotisme d’une clique de chefs, le communisme n’est pas le tremplin pour l’avènement d’une nouvelle bourgeoisie soviétique. Pour le KAPD, la révolution est l’affaire de toute la classe prolétarienne, à l’intérieur de laquelle le parti communiste ne constitue que l’avant-garde la plus mûre et la plus résolue. Pour l’élévation et le développement des masses jusqu’à la maturité politique de cette avant-garde, il ne compte pas sur la tutelle des chefs, la formation à la discipline et à la réglementation. Au contraire : ces méthodes produisent chez un prolétariat avancé, comme le prolétariat allemand, exactement le résultat opposé. Elles étouffent l’initiative, paralysent l’activité révolutionnaire, portent préjudice à la combativité, amoindrissent le sens de la responsabilité. Or il s’agit ici de provoquer l’initiative des masses, de les libérer de l’autorité, de développer leur conscience de soi, de les éduquer à l’activité autonome, et ainsi d’accroître leur intérêt pour la révolution. Chaque combattant doit savoir et sentir pour quel but il lutte, pour quelle raison il lutte, pour qui il lutte. Chacun doit devenir dans sa conscience un champion actif de la lutte révolutionnaire et un membre actif de l’édification communiste. Mais la liberté qui est nécessaire pour cela ne sera jamais acquise dans le système de contrainte du centralisme, dans les chaînes du pouvoir bureaucratico-militaire, sous la pression d’une dictature de chefs et de ses inévitables manifestations concomitantes : arbitraire, culte de la personnalité, autorité, corruption, violence. Par conséquent : la transformation de la notion de parti en une notion fédérative de communauté au sens de l’esprit des conseils. Et donc : remplacement de la contrainte extrême par la disponibilité et la volonté intimes. Et donc : élévation du communisme, hors du verbiage démagogique de la phrase abstraite, à la hauteur d’une expérience des plus captivante et épanouissante qui soit.

Le KAPD est parvenu à cette manière de voir par la simple connaissance de cette circonstance : il est très facile d’imaginer que chaque pays et chaque peuple, parce qu’ils ont une économie, une structure sociale, une tradition, une maturité du prolétariat particulières, c’est-à-dire des conditions et des modalités révolutionnaires particulières, doivent avoir également des lois, des méthodes, des rythmes d’évolution et des formes de manifestations révolutionnaires propres. La Russie n’est pas l’Allemagne, la politique russe n’est pas la politique allemande, la révolution russe n’est pas la révolution allemande. Et par conséquent, la tactique de la révolution russe ne peut pas être non plus celle de la révolution allemande. Lénine pourrait démontrer une centaine de fois que la tactique des bolchéviks a été brillamment confirmée dans la révolution russe, elle n’en devient pas pour autant, et loin s’en faut, la tactique juste de la révolution allemande. Toute tentative pour nous imposer de force cette tactique provoquera de notre part la résistance la plus ferme.

Moscou met en œuvre cette tactique terroriste. Il veut ériger son principe en principe de la révolution mondiale. Le KPD est l’agent de cette dernière. Il travaille par délégation russe et selon le schéma russe. Il est le gramophone de Moscou. C’est parce que le KAPD ne joue pas ce rôle d’eunuque mais a, au contraire, sa propre opinion, qu’il est poursuivi d’une haine mortelle. Il n’y a qu’à lire les injures outrageantes, les calomnies et les suspicions venimeuses, avec lesquelles on nous combat, sans qu’on tienne compte de la situation révolutionnaire dans laquelle nous nous situons, et de l’effet que cette pratique fâcheuse provoquera chez nos adversaires bourgeois. Le Dr Levi et Heckert nous enverront toutes les ordures que Radek et Zinoviev leur glisseront dans les mains. C’est pour cela que ces gars-là sont payés. Mais c’est parce que le KAPD, malgré tout, ne s’est pas laissé soumettre qu’il sera condamné par le Congrès de la III° Internationale à se conformer à la loi autoritaire de Moscou. Tout cela était préparé à la perfection. La guillotine était dressée. Radek éprouvait en souriant d’aise le tranchant du couteau. Et la haute cour commençait déjà à siéger. Ce devait devenir une grande scène. C’est ainsi que l’Exécutif se l’était imaginé. Trop beau pour que cela se réalise.

III

Quand je revins de la Volga, le camarade Merges était arrivé à Moscou.

Une session de l’Exécutif de la III° Internationale avait lieu le même jour. Nous n’y fûmes pas invités. En notre absence, on délibéra sur la motion Ernst Meyer (KPD) qui voulait nous refuser l’admission au Congrès. La motion fut rejetée.  Là-dessus, on alla nous chercher pour participer à la session et l’on fut assez bon pour nous octroyer une voix consultative pour le Congrès.

Lors de cette session, nous eûmes un aperçu des thèses qui devaient être présentées au Congrès. Elles avaient été pensées comme le fondement des résolutions du Congrès, à propos duquel Radek, à sa manière vantarde, m’avait déjà dit auparavant qu’il l’avait dans la poche. « Dans la poche ! »

Les thèses n’étaient-elles pas de vieilles connaissances ? En effet. Nous reconnaissions en elles les thèses de Heidelberg que personne n’ignorait. Elles étaient seulement apprêtées de manière un peu plus stylée, maquillées de manière un peu plus théorique, renforcées un peu plus dans le centralisme dictatorial. De thèses de la politique spartakiste de scission, elles étaient devenues les thèses de la politique de pouvoir russe et devaient devenir maintenant les thèses de la tyrannisation internationale selon la méthode russe.

Nous sacrifiâmes une nuit à leur étude et nous sûmes le matin suivant ce que nous avions à faire.

Nous allâmes trouver Radek et nous lui posâmes la question de savoir si l’exclusion de Laufenberg, Wolffheim et Rühle, réclamée dans sa Lettre ouverte… (qui ne nous avait pas encore été remise en mains propres), était un ultimatum et si l’Exécutif persistait dans la réalisation de cette exigence avant que le KAPD ne soit admis dans la III° Internationale. Radek tenta toutes sortes de faux-fuyants, mais nous exigeâmes une réponse claire et nette. Radek expliqua alors : l’Exécutif serait satisfait si le KAPD promettait de se débarrasser – plus tard, quand l’occasion s’y prêterait – de Laufenberg et de Wolffheim. Il n’était plus question de mon exclusion. Cette souplesse remarquable dans les exigences que l’on avait émises d’un ton de profonde conviction comme condition sine qua non, nous déconcerta. Nous demandâmes alors de savoir laquelle des exigences de l’Exécutif était définitive pour l’entrée du KAPD dans la III° Internationale. Radek expliqua : vous devez déclarer, au nom de votre parti, avant le début du Congrès, que le KAPD désire se soumettre à toutes les résolutions – alors vous obtiendrez des voix délibératives au Congrès ; alors rien ne s’opposera à votre entrée dans la III° Internationale.

Si nous avons bien entendu : déclarer le plus solennellement dès l’abord que nous voulons nous soumettre aux résolutions du Congrès que nous ne connaissions pas du tout encore… Etait-ce une plaisanterie de Radek ?

Non, c’était sérieux.

Et si le Congrès proposait la dissolution du KAPD ?

Plaisanterie mise à part : il en avait en effet l’intention.

Radek était ainsi démasqué !

Qu’y avait-il donc dans les thèses ?

Tiens donc ! 1°) Les communistes s’engagent à créer une organisation de fer strictement centralisée, militaire et dictatoriale. 2°) Les communistes s’engagent à participer aux élections législatives et à aller au parlement afin d’y effectuer une nouvelle sorte de travail parlementaire. 3°) Les communistes s’engagent à demeurer dans les syndicats afin d’aider la révolution à parvenir à la victoire dans ces institutions qui sont à transformer de façon révolutionnaire.

Ces trois exigences, nous les connaissions depuis Heidelberg. Mais continuons : 4°) Tout parti appartenant à la III° Internationale doit se dénommer Parti communiste, et 5°)Il ne peut exister qu’un seul Parti communiste dans chaque pays… et, par conséquent, le KAPD doit renoncer à toute autonomie ultérieure et se dissoudre dans le KPD.

Et donc plaisanterie à part : le Congrès devait réellement prononcer la sentence de mort du KAPD, et nous, les délégués du KAPD, devions en même temps obtenir une voix délibérative, c’est-à-dire que nous devions être autorisés à prêter notre concours à cette sentence de condamnation à mort, à condition d’avoir déclaré auparavant que le KAPD désirait se soumettre sans résistance au jugement prononcé !

Peut-il y avoir une plus grosse comédie politique ? Ou bien une plus grande perfidie ?

Nous avons ri au nez de Radek et lui avons demandé s’il n’était pas fou.

Un parti qui s’est séparé du KPD sur la base des thèses de Heidelberg, qui s’est constitué sur de nouveaux fondements, qui s’est donné, organisationnellement, une nouvelle structure, tactiquement, une nouvelle orientation, et théoriquement, un nouveau programme, qui tient vigoureusement sur ses jambes, concentre en lui toutes les forces agissante de la révolution allemande et qui a beaucoup plus d’adhérents que le KPD, un tel parti refuse, et même se doit de refuser d’entrer encore une fois dans une discussion à propos de la question de son droit à l’existence. De même qu’un enfant ne peut pas entrer de nouveau dans le corps de sa mère, de même le KAPD ne reviendra pas dans le KPD. Discuter de cela ne serait-ce que d’un mot, c’est un scandale, une ineptie, c’est de l’enfantillage politique.

Nous laissâmes donc Radek avec la corde de bourreau qu’il se proposait de passer autour du cou du KAPD et nous allâmes notre chemin. Nous n’avions aucune envie de nous casser la tête inutilement dans cette atmosphère de supercherie et de filouterie politiques, de mises en scène diplomatiques et de manœuvres opportunistes, de sans-gêne moral et de fourberie froidement souriante.

Nous n’avions, dans notre for intérieur, rien, absolument rien à chercher dans ce Congrès qui tenait ses assises si loin, à une telle distance, du communisme.

C’est pourquoi nous déclarâmes : « Nous renonçons, en vous remerciant, à la participation au Congrès. Nous avons décidé de rentrer chez nous pour recommander au KAPD une attitude d’expectative jusqu’à ce que naisse une Internationale véritablement révolutionnaire à laquelle il puisse adhérer. Adieu ! »

IV

Notre décision eut un effet surprenant.

Si nous avions été traités jusque-là comme des enfants qui ont mal tourné, dont les méfaits ne causent à leurs pauvres parents que souci et contrariété et auxquels on fiche de temps en temps une bonne fessée, on commença à se raviser. Le bâton agité de manière menaçante disparut derrière le miroir et l’on sortit la carotte du tiroir. On tenta de nous amadouer avec des paroles fraternelles qui devraient être d’usage parmi des communistes et avec l’apparence de la bonne volonté en vue d’un accord effectif. Radek lui-même y mit les formes. Il discuta de façon objective et se répandit en de nombreuses injures à l’égard du KPD qu’il désigna comme « une bande de pourris et de lâches » à qui il secouerait les puces et flanquerait la trouille. Nous avons eu des entretiens assez longs avec Zinoviev, Boukharine et, au dernier moment, encore une discussion décisive avec Lénine. Le grand respect et la haute admiration que nous avons pour lui et qui ont encore été augmentés par cette discussion, ne nous ont pas empêché de lui dire notre pensée d’une manière totalement allemande. Nous lui avons expliqué que nous avons ressenti comme un scandale et comme un crime envers la révolution allemande le fait que, à une époque où, il faudrait écrire des centaines de brochures contre l’opportunisme, il trouve le temps et se sente obligé de rédiger, précisément contre le KAPD – le parti actif et le plus conséquent de la révolution allemande -, une brochure qui est utilisée maintenant, de même que ses autres écrits récents, comme un arsenal d’armes par toute la contre-révolution, non pas pour corriger notre fausse tactique supposée dans l’intérêt de la révolution, mais pour mettre à mort, grâce à des arguments et des citations de Lénine, toute activité énergique des masses. Nous lui avons démontré qu’il est absolument mal informé sur la situation allemande et que ses arguments en faveur de l’utilisation révolutionnaire du parlement et des syndicats ne prêtent qu’à rire chez les ouvriers allemands. Nous ne lui avons pas laissé finalement le moindre doute sur le fait que le KAPD, de même qu’il refuse toute aide matérielle de Moscou, ne tolérera avec une totale fermeté aucune ingérence de Moscou dans sa politique.

Ces conversations nous laissèrent le sentiment que les camarades russes commençaient à comprendre quelle erreur avait été d’avoir trop tiré sur la corde. Car en fin de compte l’Internationale, c’est-à-dire au premier rang la Russie, a plus besoin du KAPD qu’à l’inverse le KAPD de l’Internationale. Aussi, notre décision leur fut très désagréable et ils cherchèrent un compromis. Alors que nous étions déjà à Petrograd sur le chemin du retour, l’Exécutif nous fit parvenir une nouvelle invitation pour le Congrès, accompagnée de l’engagement d’accorder au KAPD une voix délibérative pour ce Congrès (bien qu’il n’ait pas rempli ni promis de remplir une seule des conditions draconiennes de la Lettre ouverte…). Un appât trop grossier ! Au fond, c’était tout à fait indifférent au KAPD qu’il assiste à son exécution projetée à Moscou avec une voix consultative ou délibérative. Aussi, nous remerciâmes encore une fois et repartîmes pour l’Allemagne.

Le déroulement du Congrès a justifié notre tactique. Les résolutions prises dans les questions qui entraient pour nous en ligne de compte – structure du parti, parlementarisme, politique syndicale – attestèrent de l’opportunisme le plus franc. Ce sont des résolutions qui s’alignent sur l’aile droite de l’USPD, des résolutions qui font violence même aux conceptions de Daümig, Curt Geyer, Koenen, etc., dans les questions du parlement et du syndicat. Mais le KAPD doit-il ou peut-il se placer sur le même terrain que l’USPD dans le cadre des résolutions de ce congrès ? Il suffit de répondre à cette question par l’affirmative et d’en imaginer les conséquences pour mesurer toute la monstruosité et l’absolue impossibilité pour le KAPD d’une adhésion à cette III° Internationale.

Nous ne disons pas en cela que nous avons voulu nous opposer à une unification organisationnelle des ouvriers communistes et à une association internationale du prolétariat révolutionnaire. Pas du tout ! Nous pensons seulement que l’appartenance à une Internationale véritablement révolutionnaire n’est pas déterminée par des résolutions de congrès sur le papier et les bonnes grâces des instances. Elle se détermine d’elle-même par la volonté de lutte et l’activité révolutionnaire des masses à l’heure décisive. Elle est le produit du processus de purification et de maturation de la révolution qui élimine tout ce qui est partiel ou erroné, et ne laisse libre cours qu’à ce qui est vrai et complet. Le KAPD peut envisager avec confiance ce moment décisif car il se montrera à la hauteur de la mission historique qui l’attend.

Lorsque j’ai pris congé de Lénine, je lui ait dit : « J’espère que le prochain congrès de la III° Internationale pourra avoir lieu en Allemagne. Alors nous vous aurons apporté la preuve concrète que nous avions raison. Il vous faudra alors corriger votre point de vue. » Ce à quoi Lénine a répliqué en souriant : « S’il en est ainsi, nous serons les derniers à nous opposer à une correction. »

Qu’il en soit ainsi ! Il en sera ainsi !

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