1938-08 L’Ecole émancipée continue [Valière]

Première mise en ligne sur le site Ensemble.

Intervention de Marcel Valière au congrès du Syndicat national des instituteurs

(4 août 1938)

Dans la partie qui se rapporte à l’indépendance du syndicalisme, la motion du Gers réclame l’interdiction des fractions organisées au sein des syndicats.Si ce terme désigne exclusivement ces organismes que divers partis politiques instituent au sein des syndicats pour y faire triompher leurs mots d’ordre, nous approuvons, car il y a là une atteinte incontestable à l’indépendance du syndicalisme.

Mais nous craignons que ce termes de fractions désigne également ce que nous appelons une tendance syndicale. Nous craignons que l’interdiction envisagée ne vise aussi, et peut-être surtout la tendance groupée autour de l’Ecole émancipée. Nous craignons que, sous prétexte de sauvegarder l’indépendance du syndicalisme, on ne cherche à atteindre la liberté d’expression des non-conformistes. Si nos craintes sont sans fondement, tant mieux. Mais le Congrès comprendra que pour éviter tout malentendu ultérieur, nous traitions avec toute la clarté désirable un sujet qui nous tient à cœur.

En décembre 1935, au Congrès de fusion, j’ai déclaré textuellement ceci :

 » Il est certain qu’après une discussion claire, large, qu’après que les assemblées régulières se sont librement prononcées, il est du devoir des minorités de se soumettre à la discipline dans l’action.Il est non moins certain que pour permettre aux minoritaires de discuter de toutes les questions et surtout des moyens d’action, des droits doivent leur être reconnus, nous voulons parler de la liberté d’opinion qui implique nécessairement la liberté d’expression, laquelle à son tour implique le droit de se grouper par affinités et de propager le point de vue minoritaire « .

Si, sur cette question du droit d’organisation en tendance, il y a eu des arrière-pensées chez certains, le Congrès conviendra que ce n’est pas chez nous.

Pour quelles raisons notre tendance s’est-elle organisée ?

En premier lieu, parce qu’aucune des garanties que nous réclamions ne nous a été accordée à la fusion.

Camarades, vous aviez applaudi à Nice la formule :  » Nous voulons l’unité avec rage  » et vous avez ensuite procédé à l’élection, pour deux ans, de votre Bureau la veille du Congrès de fusion.

Au Congrès d’Angers de la Fédération Unitaire, le délégué du S.N. nous disait :

 » La fusion ne sera pas l’entrée de la F.U. au sein du S.N., ni l’entrée du S.N. au sein de la F.U.Il y aura fusion à mi-chemin, naissance d’une organisation nouvelle « .

L’organisation nouvelle, promise, a été le S.N. d’avant l’unité, avec ses dirigeants d’avant l’unité, avec ses statuts d’avant l’unité.

Nous avons sacrifié à l’unité une organisation à laquelle, je l’avoue sans honte, nous avions la faiblesse de tenir et dont nous nous efforçons de conserver la flamme. Et vous, qui la vouliez avec rage, quels sacrifices lui avez-vous pratiquement consentis ?

La représentation proportionnelle figurait dans vos statuts, vous l’en avez enlevée six mois avant la fusion. Drôle de rage d’unité. Cette représentation proportionnelle que nous avons réclamée comme un droit, vous ne nous l’avez même pas accordée comme une concession.

D’autre part, tant qu’à l’Ecole libératrice la liberté d’expression sera violée, ce sera une nécessité pour nous de nous grouper pour soulever, dans une certaine mesure, le bâillon par lequel on cherche à nous réduire au silence.

Mais la question des tendances dépasse le cadre du S.N.

On a dit :  » Les tendances ont déchiré la F.U. « . Vous êtes-vous demandé, camarades qui parlez ainsi, comment il a pu se faire qu’au sein d’une C.G.T.U. complètement stalinisée, la Fédération unitaire de l’enseignement, et elle seule, ait pu rester jusqu’au bout un îlot minoritaire ?

C’est parce que les militants de la Majorité fédérale étaient solidairement organisés en tendance grâce aux efforts des secrétaires successifs de cette tendance : Rollo, Serret et Salducci.

Nous disons, nous, que l’organisation en tendance a sauvé la F.U. de la colonisation stalinienne.

La même méthode est seule susceptible de préserver la C.G.T. unifiée de l’emprise stalinienne totale.

Libre aux réalistes d’écrire à l’entrée des sièges de syndicats :  » On est priés de ne pas coloniser la C.G.T. « .

Candides adversaires des tendances, vous reviendrez de votre candeur et vous ferez comme nous.

Mais, d’ailleurs, vous avez commencé à nous imiter.

Ce que nous faisons à l’Ecole émancipée, les groupes d’amis de l’E.E. et que l’on nous reproche, d’autres le font aussi à Syndicats, mais, plus heureux que nous, ils le font avec la collaboration active ou l’approbation tacite de nos censeurs.

La nécessité de contrebattre le stalinisme colonisateur ne nous fait pas oublier le réformisme traditionnel, particulièrement florissant au S.N.

Contre ce réformisme classique, nous entendons grouper tous ceux qui ont retiré les leçons de juin 1936, tous ceux que l’évolution implacable du front populaire a convaincus de la nécessité d’en finir avec les demi-mesures et les compromissions avec la bourgeoisie, tous ceux qui se refusent à laisser se renouveler la trahison de 1914 et qui ne séparent pas la lutte contre la guerre de l’action pour le renversement du régime capitaliste.

Voilà les raisons pour lesquelles notre tendance s’est organisée, et au grand jour.

Nous ne sous-estimons pas les difficultés de la tâche que nous avons entreprise : le redressement du syndicalisme universitaire. Elle peut paraître écrasante et, effectivement, elle a écrasé avant nous bien des militants venus isolément de la F.U.

La conviction profonde que nous sommes dans la bonne voie, une obstination inébranlable, la coordination de nos efforts et la leçon des faits nous permettront d’en venir à bout.

 

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