1912-05 Le prolétariat international et la guerre [Kollontaï]

Extraits du discours d’Alexandra Kollontaï à Stockholm le 1° mai 1912 publiés dans le Social-Demokraten (2 mai 1912). Traduit de l’anglais par Stéphane Julien.

C’est aujourd’hui notre grand jour, le jour où la solidarité du prolétariat international est exprimée dans le monde entier par des démonstrations de masse. Et n’est ce pas un signe de solidarité croissante que moi, une étrangère de la lointaine Russie, puisse être debout ici aujourd’hui, vous parlant en allemand, qui n’est ni ma langue maternelle, ni la vôtre. Recevez les salutations du prolétariat russe.

Le prolétariat russe, aux côtés de celui du monde entier, proteste contre toutes les guerres. C’est un fait bien connu que le prolétariat ne connaît aucune frontière nationale. Il ne reconnaît que deux « nations » dans le monde civilisé : les exploiteurs et les exploités.

Les capitalistes disent toujours : « Nous devons nous armer parce que la guerre menace ! » Et ils pointent leurs symboles sacrés : militarisme sur terre, militarisme en haute mer et militarisme dans les airs. Ils intrumentalisent le spectre de la guerre pour le placer entre eux et le spectre rouge. Ils appellent à la guerre pour se libérer du spectre de la révolution sociale.

Mais l’Internationale leur répond d’un cri unanime : « à bas la guerre ! » Les ouvriers savent que derrière la menace de guerre il y a l’état capitaliste qui veut charger le peuple de nouveaux impôts, il y a l’industrie de guerre qui veut augmenter ses profits. Nous nous souvenons encore du scandale qui a éclaté il y a quelques années en France quand les capitalistes français ont trompé le ministre allemand de la guerre dans une nouvelle commande d’armes militaires. Ils avaient répandu la rumeur selon laquelle le ministère français de la guerre avait commandé de nouveaux armements : nouveau canon, nouvelles mitrailleuses… Et le ministre allemand de la guerre, qui n’a pas voulu être dépassé par son homologue français, a fait immédiatement une commande semblable auprès des capitalistes français. Ce n’est que plus tard cela qu’on a découvert que ces rumeurs n’étaient qu’un pur bluff !

En France les capitalistes disent au prolétariat : « Venez avec nous au Sahara et occupez-le. Là, dans le désert, vous trouverez ce qui vous manque chez vous ». Et ici, en Suède, les capitalistes Suédois ressassent la vieille menace usée jusqu’à la corde : « n’oubliez pas la menace russe – nous devons nous armer ! » …

Et même si le tsarisme, si les capitalistes russes, ont en effet menacé d’attaquer la Suède, nous sommes toujours là ! Nous, le prolétariat ! Nous n’avons pas survécu à la crise au Maroc ? Et qui est-ce qui alors a arrêté la guerre imminente? Oui, ce fut le prolétariat international, qui a reporté l’ultimatum sur les gouvernements allemands et français, les capitalistes allemands et français : « pas un pas de plus ! Nous sommes mobilisés et si les capitalistes osent faire la guerre, alors le spectre rouge la transformera en révolution sociale et vous-mêmes en serez alors responsables ! »

Oui, la révolution sociale ! Le Premier Mai est un jour férié international célébré dans tous les pays… Le Premier Mai est la préparation pour la révolution sociale, un coup d’essai des forces du prolétariat. Les ouvriers du monde sont unis pour dire: « Nous sommes prêts pour la bataille ! »

La révolution sociale est inévitable. Laissez tomber la bourgeoisie, les capitalistes, le bavardage d’un socialisme s’enracinant dans le système existant ! Rien de la sorte ne peut arriver. Comment peut-on discuter d’enracinement quand chaque année à Londres 200 000 personnes meurent dans des taudis et des bagnes ? Peut-il être question de s’enraciner quand à Paris 500 000 personnes sont de manière permanente sans travail ?

Il est important de tenir compte aussi des événements révélateurs qui ont eu lieu au cours des dernières années, les grèves et des lock-outs et, par-dessus tout, la combativité croissante du prolétariat ! Il y a dix ans nous aurions à peine pu imaginer les événements des dernières années.

Tout a commencé avec la révolution russe de 1905. Malheureusement, la réaction en Russie était trop forte et la révolution a été anéantie. Mais alors le spectre rouge s’est déplacé en Suède et il y eu une grève générale qui, malgré toutes les catastrophes induites, malgré la pauvreté, a signifié la victoire morale pour le prolétariat suédois. L’Internationale toute entière était alors capable pour la première fois d’apprécier la vraie signification d’une telle grève de masse.

Ce fut suivi par des grèves en France et en Angleterre. Jamais auparavant dans l’histoire il y avait eu une grève sur une telle échelle en Angleterre, où un million de personnes ont quitté le travail en masse pour défendre les revendications de leur classe.

Ainsi nous pouvons voir comment la force du prolétariat grandit d’année en année. Et si la bourgeoisie nous parle de guerre, nous répondons donc avec les milliers de voix des ouvriers organisés : « Nous ne voulons pas de la guerre ! Nous exigeons la paix ! À bas la guerre ! Vive la révolution sociale ! »

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