1937-01 Marceau Pivert censuré dans le Parti socialiste

Extrait de La Révolution prolétarienne

FAITS ET DOCUMENTS

Dans le Parti socialiste

A titre documentaire, nous donnons, ci-après, la motion que la Gauche révolutionnaire du Parti socialiste a présentée, en vue du prochain Conseil national, dans diverses fédérations, et dont de simples extraits publiés par Marceau Pivert, dans un article paru dans la « Tribune libre du Parti » du Populaire, ont provoqué, outre la mauvaise humeur de quelques leaders du Parti (Populaire du 14 janvier : « Une besogne qu’il faudrait laisser à nos ennemis »), les ordres du jour ci-dessous adoptés le 13 janvier par la C.A.P du P.S. qui ne dépareraient pas dans la collection de certains ordres du jour du comité directeur du Parti communiste.

TROIS ORDRES DU JOUR DE LA CAP DU PARTI SOCIALISTE

1

La CAP appelle l’attention et la vigilance de h direction politique du Populaire sur le danger qui pourrait comporter l’insertion, même dans la « Tribune libre du Parti », d’articles de nature à affaiblir l’autorité du Parti, à contrarier l’œuvre du gouvernement à direction socialiste et à fournir des armes aux ennemis de la classe ouvrière dans les circonstances présentes où se jouent les libertés, les droits et les espérances du prolétariat. La C.A.P. charge le secrétariat d’alerter les fédérations et les sections sur les inconvénients graves qu’il y aurait à laisser se développer au sein du Parti des tentatives de désagrégation et s’exprimer des attaques injustes et systématiques contre la politique voulue par les assemblées souveraines du Parti.

MOTION DE LA GAUCHE RÉVOLUTIONNAIRE

Le Congrès fédéral du Parti SFIO,

Condamne fermement la politique de paix sociale et d’union sacrée menée par le gouvernement. Cette politique est caractérisée:

— par la campagne contre les occupations d’usines;

— par la mollesse de la répression contre les ligues;

— par l’effacement de l’Assemblée élue du suffrage universel populaire devant le Sénat conservateur;

— par la recherche de la confiance des possédants (discours de Vincent Auriol du 16 décembre à la presse), ce qui ne peut qu’entraîner le relèvement des profits capitalistes (discours de Spinasse à l’U.T.S.);

— par la nomination des représentants les plus marqués des trusts aux postes de confiance de l’État (Rueff, Baumgartner, Coutrot) ;

— par les milliards dissipés dans le gouffre des armements;

— par les appels répétés à l’union devant le péril extérieur, et les scandaleuses journées du 16 octobre (défense passive) et du 11 novembre (union sacrée).

Le Congrès fédéral s’étonne de la carence persistance de la C.A.P. devant tous ces abandons,

et affirme que le moment est venu pour le Parti socialiste d’entamer une campagne énergique pour la nationalisation des principaux trusts et des assurances, pour le contrôle ouvrier sur la production, pour le maintien et le développement  du niveau de vie acquis après les grèves de juin, seul moyen d’abattre définitivement le fascisme et d’assurer aux travailleurs la paix, le pain, la liberté.

Le congrès fédéral demande à nos délégués au gouvernement de ne pas transiger sur la mise en œuvre de ce programme par crainte d’être renversés, car, dans cette hypothèse, la voie serait ouverte à un gouvernement de Front populaire de combat, expression de la volonté réelle des masses et s’appuyant directement sur elles.

Le rôle essentiel du Parti est de préparer les masses à de telles perspectives d’action. C’est pourquoi le Congrès, persuadé que si le Parti n’adoptait pas l’orientation ainsi définie, il irait à bref délai à une véritable banqueroute, créant les conditions de la victoire du fascisme, demande la convocation d’un congrès extraordinaire du Parti et donne mandat à tous les militants qualifiés qui ont la même conscience du péril d’agir en toutes circonstances et sans aucune atténuation pour alerter l’ensemble du Parti et le rappeler à ses tâches spécifiquement socialistes.

Le Congrès fédéral demande que les libertés démocratiques et syndicales soient accordées d’urgence aux peuples des colonies, protectorats et territoires sous mandat.

Censure…

Le texte que nous donnons à nos lecteurs est un passage du leader de Marceau Pivert dans le Populaire du 12 janvier : « Défense de la liberté ». Ce passage a été censuré par la direction du Populaire en application des récentes décisions de la C.A.P. :

… Nous n’avons pas signé quoi que ce soit contre les occupations d’usines. Au contraire notre première manifestation de Parti a été de saluer ce magnifique mouvement. Nous n’avons pas signé le service de deux ans. Au contraire, notre motion unanime du Congrès de juin réclamait le retour au service à court terme. Nous n’avons pas signé un programme de surarmement formidable. Au contraire, le programme du Front populaire comporte le désarmement général. Nous n’avons pas signé certaines nominations de hauts fonctionnaires liés aux trusts; Au contraire, nous voulons l’épuration. Nous n’avons pas signé de propositions d’ententes industrielles, au contraire, nous voulons la nationalisation ». Au contraire, nous voulons la nationalisation des trusts et le contrôle ouvrier. Nous n’avons pas signé un programme permettant d’interdire le Populaire dans les casernes et de mettre en prison des jeunes soldats qu’on soupçonne d’être socialistes. Au contraire, nous considérons comme une liberté démocratique élémentaire le droit pour les militaires de lire les journaux qui leur conviennent et de se réunir pour discuter ou s’éduquer en dehors des heures de service. Puisqu’on parle de « l’armée républicaine », qu’on commence donc par faire entrer la politique dans les casernes. Enfin, ce que nous avons signé pour les colonies, c’est « la mise en vigueur des libertés démocratiques de la métropole  : liberté individuelle, liberté de conscience, liberté  de réunion, d’association, de circulation, liberté de presse », c’est aussi « l’application automatique et intégrale aux indigènes de la législation du travail en vigueur dans la métropole ».

Cela devait être réalisé « comme première étape », « dans le plus court délai », disait notre Conseil national… Mais en octobre, en Indochine, et en novembre au Maroc, on arrêtait encore des indigènes qui avaient pris au sérieux ces perspectives.


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