1936 Le mouvement ouvrier pendant la guerre [Rosmer] (plan et avant-propos)

Liste des fragments actuellement disponibles en ligne, suivi de l’avant-propos:

Table des matières

Avant-propos

Ch. 1: De la Commune à la guerre

Ch. 2: Les impérialismes aux prises

Extrait: Manifeste des PS allemand et français (1913) pdf

Ch. 3: De la grève générale révolutionnaire à l’union sacrée

Ch. 4: Au comité confédéral

Ch. 5: Les socialistes des pays neutres se concertent

Ch. 6: « Socialisme interallié »

Ch. 7: Un îlot: la « Vie ouvrière »

Ch. 8: Lueurs dans la nuit

Ch. 9: « Naché Slovo »

Ch. 10: Premier mai de guerre

Ch. 11: Chez les socialistes

Ch. 12: Premier Conseil national du Parti socialiste

Ch. 13: Conférences internationales socialistes

Ch. 14: Voyages

Ch. 15: Première Conférence des Bourses, Unions et Fédérations

Ch. 16: Zimmerwald

Extrait

Ch. 17: La fausse disparition de la « Bataille Syndicaliste »

Ch. 18 La condition des ouvriers sous le régime de l’union sacrée

Ch. 19: Comment il ne faut pas écrire l’histoire

Annexes

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Avant-propos

L’histoire du mouvement socialiste et syndicaliste des divers, pays pendant la guerre doit être écrite pour tous les pays. Cette histoire montre plus clair que le jour le lent mais incessant cheminement vers la gauche, le progrès de la classe ouvrière du côté de l’action et de la pensée révolutionnaires. Cette histoire découvre d’une part les sources profondes de la III° Internationale Communiste, sa préparation originale au sein de chaque nation, en relation avec les particularités historiques de chaque pays. Il faut connaître les racines profondes de la Troisième Internationale pour comprendre à la fois son caractère fatal et la diversité des voies qui conduisent vers elle les différents partis socialistes nationaux. D’autre part, l’histoire du mouvement socialiste et syndicaliste pendant la guerre nous montre le début de la faillite de la démocratie bourgeoise et du parlementarisme bourgeois, le début du mouvement qui mène de la démocratie bourgeoise à la démocratie soviétiste ou prolétarienne. Ce système, d’une importance historique immense et universelle, il est encore beaucoup de socialistes qui n’arrivent pas à le comprendre, enchaînés qu’ils sont par les liens de la routine, par l’adoration béate de ce qui est et de ce qui a été, par un aveuglement bourgeois incapable de voir le nouveau monde enfanté par le capitalisme à son déclin dans tous les pays.
LÉNINE.

Ces lignes extraites de la préface écrite par Lénine pour la brochure de Guilbeaux, Le mouvement socialiste et syndicaliste français pendant la guerre, parue aux Editions de l’Internationale communiste en 1919, ont leur place naturelle en tête d’un ouvrage consacré à cette histoire. Mais depuis qu’elles ont été écrites, seize années se sont écoulées; la situation présente est, sur plus d’un point, bien différente de celle d’alors, et l’Internationale communiste, sa création, la violente poussée vers elle des groupements révolutionnaires qui dans tous les pays firent éclater les vieux cadres, ne sont sans doute plus des questions très actuelles.

Je les ai cependant conservées parce que, en dehors de leur intérêt général qui demeure, elles ont retrouvé une autre actualité. La guerre de 1914-1918, premier grand heurt des impérialismes rivaux, de blocs impérialistes modifiables, a inauguré une époque nouvelle, une époque de guerres et de révolutions que leur enjeu fera sans cesse plus acharnées. L’histoire se répétera, et non pas en farce niais en tragédie. Désormais, quand la révolution s’éloigne c’est la guerre qui montre son hideux visage. La préparation qui se déroule sous nos yeux répète celle de 190b-1914 : de nouveau des paniques, la course aux armements, les états-majors tout-puissants bien que leur impéritie ait été partout démontrée. Et l’actualité nouvelle de la préface de Lénine, c’est la leçon d’hier : comment la bourgeoisie prépare la guerre impérialiste, et comment le prolétariat doit lutter contre la guerre quand ses efforts pour l’empêcher ont été impuissants. Des deux chapitres introductifs que je craignais trop longs du fait qu’ils retardaient le moment d’aborder le déclenchement même de la guerre et le tragique effondrement qui s’ensuivit, le second, celui de la préparation de la guerre, va paraître maintenant trop court.
Dans mon récit, je n’ai pas rigoureusement suivi l’ordre chronologique, bien qu’il fût le plus commode. C’est que dans celle première période de la guerre, on ne trouve que peu de faits ouvriers et socialistes. Il n’y en a qu’un qui domine et écrase tout, c’est l’effondrement du socialisme et du syndicalisme révolutionnaire ; c’est l’identification, par les chefs, des buts du socialisme avec les buts de la guerre; toute la place revient aux faits de guerre. L’histoire du mouvement ouvrier se réduit, ici, à une protestation individuelle, là, à une conférence retardée le plus longtemps possible et qu’on étouffe.
L’effondrement n’est pourtant pas aussi total qu’il apparaît. Il y a, à la base, des résistances, mais qui ne se développent que difficilement, dans l’incertitude, le trouble, le doute, la désespérance. Une année entière sera nécessaire pour arriver à une Conférence internationale pour la défense du socialisme et de l’internationalisme prolétarien. Aussi ce qui m’a paru être essentiel et le plus nécessaire, c’était de tâcher de reconstituer, d’évoquer l’atmosphère, si particulière et si accablante, de l’époque du déclenchement de la guerre et des premiers mois de guerre. Pour qui ne Va pas vécue, pareille époque est à peine imaginable; tout Ce qui s’est passé alors devient incompréhensible ; on est conduit à un jugement sommaire, à ne voir dans la trahison de 1914 qu’une trahison unique qui ne pourra jamais se répéter.

Ces choses sont plus compliquées; il faut comprendre que les gouvernements ne s’engagent dans ce qui reste pour eux une redoutable aventure que lorsqu’ils ont acquis la quasi-certitude d’entraîner la nation tout entière derrière eux, que lorsqu’ils sont parvenus par une préparation patiente et habile à égarer le prolétariat. Quand la guerre passe, c’est que la classe ouvrière a déjà été vaincue; défaite écrasante lorsque ses chefs se rallient à l’ennemi de classe, font cause commune avec lui : l’union sacrée se dresse sur les ruines de l’internationalisme prolétarien.
J’ai donc décrit longuement l’oubli soudain des décisions de congrès, des décisions solennelles qui engageaient devant le monde ouvrier ceux qui les votaient, le passage de l’insurrection contre la guerre à l’union sacrée pour la guerre, dans chacun des grands groupements de la classe ouvrière. Je les ai pris séparément et suivis pendant cette période de ténèbres quasi complètes. Cette méthode rendait inévitables des redites mais elle trouvait un avantage compensateur dans le fait de ramener le lecteur sans cesse devant la situation vraie — la situation créée par la guerre — de lui faire sentir les difficultés considérables de la lutte pour la défense du socialisme pendant la guerre. La lutte ouvrière contre la bourgeoisie est toujours difficile. Elle est déjà difficile en temps de paix et le sera désormais chaque jour davantage. Elle est incomparablement plus difficile en temps de guerre. Le prolétariat préparera d’autant plus utilement sa résistance qu’il connaîtra mieux les conditions dans lesquelles il devra livrer son combat.

Dans les deux chapitres introductifs, je me suis efforcé de dégager le sens général du développement des faits et des idées, insistant, au risque d’un certain déséquilibre dans le récit, sur certains points considérés comme les points centraux, dont la connaissance permet de comprendre plus facilement tout le reste. C’est ainsi que, pour la préparation de la guerre, j’ai rapporté assez longuement des faits et des textes peu connus, tandis que j’en ai passé d’autres, très connus, sous silence, sans les réfuter. Ce n’est pas que cette réfutation eût été difficile mais il était impossible de tout dire en si peu de pages sur une matière aussi abondante, et l’étude complète de la préparation de la guerre n’était pas l’objet même de mon travail. Au surplus cette étude a été faite, dans des ouvrages que j’ai indiqués et auxquels le lecteur désireux d’approfondir cette question pourra se reporter.
Si .sa longueur ne l’avait rendu impossible, le titre de cet ouvrage eût été « Documents pour servir à l’histoire du mouvement ouvrier pendant la guerre ». J’ai, en effet, apporté un maximum d’informations, de données, reproduit beaucoup de textes, tous les textes essentiels. Il en est que j’aurais pu résumer. J’ai préféré les donner intégralement, ou, quand cela était vraiment impossible ou sans utilité, citer le plus longuement possible. Toutefois j’ai fait la part plus large à l’opposition, pour une raison aisément justifiable : la plupart des documents la concernant étant ou peu accessibles ou pas accessibles du tout. Au contraire, les manifestes et résolutions émanant des directions de la C.G.T. et du Parti socialiste ont été rassemblés dans des recueils où il est facile de les trouver, et la critique la plus cruelle qu’on en puisse faire aujourd’hui consiste dans leur simple reproduction : la confrontation de leurs folles affirmations, des illusions qu’ils entretenaient dans l’esprit des ouvriers la dernière guerre, la guerre pour tuer la guerre, lu croisade démocratique, la libération du monde par la victoire des nations démocratiques et l’anéantissement du militarisme prussien, etc. avec la réalité présente montre retendue de leur erreur ou la sottise de leur mensonge.
A défaut d’autre mérite, cet ouvrage aura certainement celui d’apporter aux ouvriers et à tous ceux que le mouve-ment ouvrier intéresse, une information complète, difficile à rassembler : beaucoup de textes ici reproduits n’ont jamais été imprimés, d’autres déjà connus nécessitaient de longues recherches pour être retrouvés — encore savais-je dans quelles directions il fallait les chercher.

M’étant trouvé au cœur de l’opposition — minuscule à ses débuts — il m’a été possible de compléter et de relier les documents par des témoignages contemporains émanant d’opposants du premier rang, entre autres et surtout de Merrheim et de Dumoulin. Le lecteur ignorant tout de l’histoire ouvrière des premières années de la guerre sera sans doute surpris de retrouver si souvent ces deux noms. Mais quelle qu’ait pu être l’attitude ultérieure de ces deux militants, si lourdes et si funestes qu’aient été les erreurs et les fautes qu’ils ont commises, il ne pouvait me venir à l’idée de tenter de dissimuler ou d’atténuer ce qu’il y eut de grand et
d’héroïque — le mot n’est pas trop fort dans leur conduite d’alors. Celui qui a ouvert la voie quand tous les chemins étaient perdus demeure un pionnier, même s’il se montre incapable de mener la tâche à son terme; il n’est au pouvoir de personne — pas même au sien — d’effacer ce qui fut son rôle. L’historien qui supprime des faits, biffe des noms, tronque des textes, en falsifie d’autres, se. condamne à une œuvre vaine et éphémère; les procédés auxquels il a recours ne font que dénoncer d’avance la fragilité de la thèse qu’il veut imposer. Pareils travaux n’apportent à la classe ouvrière ni enseignement ni aide pour son action; ils la désarment et la desservent.
Est-ce à dire qu’il faille s’abstenir de juger? Certes non. Et, pour ma part, je n’ai pas manqué de le faire. Mais il faut d’abord donner les faits, les textes, ne rien cacher systématiquement.
Encore un mot. Devant beaucoup de textes « guerriers », le lecteur restera sans doute plus d’une fois en arrêt, se demandant s’ils ont été exactement transcrits. Qu’il se rassure. Je les ai fidèlement copiés, gardant même ce qui pouvait être faute d’impression quand j’ai constaté que les auteurs eux-mêmes n’ont pas pris soin de les corriger lorsque ces textes étaient par la suite reproduits en des recueils. Ce n’est là au reste qu’une question secondaire-Ce qui est important, c’est le style de ces écrits. Les socialistes et les syndicalistes de guerre furent assez vite mal à l’aise dans leur néo-nationalisme; les faits venaient à chaque instant contredire les affirmations de leur socialisme de guerre, la bourgeoisie les raillait, et quand ils tentaient de préciser te programme de. paix de la France, ses scribes s’écriaient dédaigneusement : « Vains propos ! » La gêne de la pensée se reflète dans l’indigence de la forme et lui donne sa signification.

Alfred ROSMER.
15 décembre 1935.

Voir aussi:

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4 Réponses to “1936 Le mouvement ouvrier pendant la guerre [Rosmer] (plan et avant-propos)”

  1. Réédition du ‘Moscou sous Lénine’ de Rosmer « La Bataille socialiste Says:

    […] ce mois-ci du Moscou sous Lénine (1953) par un éditeur qui avait déjà republié de Rosmer Le mouvement ouvrier pendant la guerre. Alfred Rosmer avait séjourné à Moscou à partir de 1920, jouant un rôle important dans […]

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  2. Rapport de la Fédération socialiste de la Haute-Vienne (1915) « La Bataille socialiste Says:

    […] qui finira par renverser la majorité au congrès d’octobre 1918. Alfred Rosmer, dans Le Mouvement ouvrier pendant la guerre, note  qu’il s’agit d’un « texte très modéré, très conciliant à […]

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  3. Impressions d’un délégué (Louis Bouët) « La Bataille socialiste Says:

    […] A. Rosmer/ Le mouvement ouvrier pendant la guerre (1936) (p. 359-361). Première publication internet en 2006 dans la brochure du courant Ensemble […]

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  4. Le Comité pour la reprise des Relations internationales « La Bataille socialiste Says:

    […] Avant-propos à Le mouvement ouvrier pendant la guerre, A. Rosmer (1936) […]

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