Zyromski (1890-1975)

 

Né le 20 avril 1890 à Nevers (Nièvre) dans une famille bourgeoise, d’une mère catholique (Angèle Jouguet, née le 16 juin 1866 à Nîmes) et d’un père intellectuel dreyfusard (Ernest Zyromski, né à Nîmes en 1862) descendant d’une famille de nobles catholiques polonais, Jean Zyromski passa son enfance à Toulouse (Haute-Garonne) où son père enseignait la littérature. Il fut gagné aux idées socialistes vers 1910, pendant ses études à la Faculté de droit : “J’avais été frappé par la solidité et la cohérence des théories de Marx en suivant les cours d’Economie politique de la licence en droit” écrivit-il plus tard.

Un jeune avocat,Vincent Auriol, le fit admettre à la section socialiste toulousaine en 1912. Il représenta le courant socialiste dans l’Union des Etudiants Républicains et affirma déjà “la nécessité de la Défense nationale en régime capitaliste”. Ses activités politiques et le thème de son doctorat en droit (La protection légale du salaire vis-à-vis de l’employeur, Toulouse, 1913, 249 p.) provoquèrent une brouille avec sa famille qui avait espéré le voir s’orienter vers une carrière prestigieuse. Pour consacrer le plus de temps possible au militantisme, le jeune docteur en droit entra par concours comme rédacteur à la Préfecture de la Seine. Il devint chef de bureau .
Mobilisé en août 1914, Jean Zyromski combattit sur le front et fut blessé. Un an de réforme temporaire lui permit de reprendre son action à la 6e section socialiste de la Seine, où il se prononça:”Contre la reprise des relations internationales avec les représentants de la Sozial-Démocratie” (A III, comptes rendus des Assemblées générales de la 6e section).Réincorporé en octobre 1916, i1 fut envoyé en Orient mais resta en relation épistolaire avec des dirigeants socialistes et put, à l’occasion d’une permission, assister au XIIIe congrès national, à Paris, du 26 au 28 décembre 1916.
Fidèle à ses convictions “majoritaires”, Zyromski anima avec Marcel Déat le Comité de Résistance de la 5ème section et vota en décembre 1920 pour la motion Blum, contre l’adhésion à la IIIe Internationale. Il resta à la “vieille maison” considérant que le Parti communiste naissant était contaminé par “les courants anarchistes”. Il s’en expliqua longuement en 1960 dans un article des Cahiers internationaux (n°114, sept-oct.1960) intitulé “Quarantième anniversaire du Congrès de Tours”, son dernier grand texte politique.Rapidement Jean Zyromski jugea le socialisme international menacé par le “révisionnisme” . Son combat rejoignit celui du théoricien marxiste Otto Bauer avec lequel il correspondit. Avec des militants le plus souvent formés par 1e guesdisrne, il organisa un courant de “Résistance socialiste ” puis de “Bataille socialiste” , dont le nom revint à un journal mensuel en 1927. Le numéro un publié le 10 juin 1927 proclamait : “Contre l’affaiblissement de la conception générale d’action de classe qui s’est manifestée dans les diverses formes de l’activité du Parti, ils veulent agir vigoureusement et ils pensent que les événements en mettant en relief 1′ accentuation des antagonismes de classe, indiquent au socialisme sa véritable voie” . Le journal réunit immédiatement les sig natures de Paul Colliette (administrateur), Bracke, Louis Lévy, Léo Lagrange, Léon Osmin, Emile Farinet, Georges Dumoulin auxquel l es s ‘ajoutèrent bientôt celles de Ludovic Zoretti et Marceau Pivert. Membre suppléant de la commission administrative permanente de décembre 1920 à février 1924, Jean Zyromski siégea comme titulaire jusqu’en 1939 et entra au Bureau en mai 1926, occupant les fonctions de secrétaire de la sous-commission des conflits (1926, 1927, 1928, 1929), secrétaire de la sous-commission de propagande (1930, 1931, 1935, 1936), secrétaire de la sous-commission des éditions et de la documentation (1932, 1933), secrétaire de la sous-commission d’action internationale (1938). Malgré l’importance de son rôle, il n’eut guère d’ambitions électorales. Il ne se présenta pas dans des circonscriptions faciles : 3ème secteur de la Seine 1e 11 mai 1924 (5e de liste),3e circ. du XIe arr. de Paris1e 1er mai 1928, 4e circonscription de l’arr.de Béthune le 1er mai 1932. Peut-être en raison de son métier, il ne fit jamais acte de candidature au conseil municipal de Paris.
Partisan résolu de l’unité d’action avec le Parti communiste, il put, lors de son passage aux fonctions de secrétaire de la Fédération socialiste de le Seine en 1929-1930, tenter sur 1e terrain, un rapprochement entre les militants socialistes et communistes malgré les divisions des directions. Quand le PCF s’engagea dans une politique de Front populaire Jean Zyromski jugea possible l’Unité organique et entraîna sur ses positions La Bataille socialiste et la Fédération de la Seine (Voir G.Lefranc, “La tentative de réunification entre1e Parti socialiste et le Parti communiste de 1935 à 1937″, L’information historique, janvier-février 1967). Après avoir connu son apogée dans la lutte contre le néo-socialisme, la Bataille socialiste vit s’éloigner d’elle des militants (Paul Faure, Séverac, Lebas) qui, jugeant le danger du “participationnisme” et du “ministérialisme” éloigné, ne voulaient pas être solidaires des thèses de Zyromski. La correspondance entre Zyromski et Marceau Pivert témoigne de profondes divergences sur la “défense nationale en régime capitaliste”, dès la préparation du congrès de Tours (24-27 mai 1931) : le problème actualisé par la menace de l’Allemagne nazie et la signature du pacte Laval-Staline en mai 1935 conduisit à la rupture, consommée à la fin de l’été 1935.

 

Pendant le Front populaire, Zyromski refusa d’être directeur de cabinet de Léon Blum, mais, comme directeur de la Page économique et sociale (désigné par Blum), il fut en contact fréquent avec le président du conseil. La question espagnole les
sépare définitivement. Le créateur du Comité d’Action Socialiste pour l’Espagne vit dans la non-intervention, puis dans les accords de Munich les prémices d’une capitulation nationale face au fascisme allemand.

Dès leur entrée à Paris, les allemands tentèrent de l’arrêter à la Préfecture de la Seine, perquisitionnèrent à son domicile puis se désintéressèrent de lui. Il put participer à la reconstitution clandestine de la 5e section socialiste mais ne chercha pas à rester en contact avec la direction clandestine. Les archives permettent de corriger sur ce point des erreurs ou des imprécisions dues à l’absence de sources. Ayant obtenu sa retraite administrative le 2 octobre 1940, il eut l’autorisation , au bénéfice du “retour à la terre” , de se retirer dans sa ferme du Lot-et-Garonne, achetée en 1938. Il s’y installa le 7 août 1941 et fut en contact avec la résistance locale. Arrêté comme “juif”, Zyromski séjourna au camp de Drancy de la fin de l’année 1943 au début de l’année 1944. Sa famille fournit les preuves de son ascendance catholique et réussit à le faire libérer à la faveur d’un changement de direction du camp (J’ai porté l’étoile jaune de David , Manuscrit, 44p.). Les relations qu’il eut avec des militants communistes pendant son emprisonnement semblent l’avoir déterminé à rejoindre le Front national.

Dès la Libération, Jean Zyromski fut traité en suspect par la direction socialiste et en interlocuteur privilégié par le Parti communiste. Il mena une ultime campagne en faveur de l’Unité organique, puis traduit devant la commission de contrôle en mai 1945 pour avoir participé à un meeting du Front national, il donna son adhésion au Parti communiste en septembre, suivi par quelques militants de base. Son nouveau parti le fit élire conseiller de la République. Zyromski, installé définitivement à. Marmande (Lot-et-Garonne), renonça rapidement à tout mandat pour se consacrer à une recherche intellectuelle sur le “matérialisme géographique” et à. la. rédaction d’articles pour les Cahiers internationaux. Affecté par la mort de sa femme , Marcelle,en 1962, puis atteint par la maladie, il s’installa dans un petit appartement à Chatillon-sous-Bagneux, à proximité de chez sa fille, tout en conservant sa maison de Marmande. Il cessa toute activité politique et abandonna la rédaction de ses mémoires après l’intervention militaire en Tchécoslovaquie d’août 1968.

 

Claude Pennetier

Centre d’histoire sociale du XX° siècle

TEXTES:

Voir aussi:

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Zyromski et Duclos au meeting du stade Buffalo, 14 juin 1936

Une réponse vers «Zyromski (1890-1975)»

  1. eric nadaud à dit:

    Une notice biographique sur Jean Zyromski, d’une cinquantaine de milliers de caractères, est aussi disponible dans le volume 43 du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, sous la signature d’Eric Nadaud.

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