A l’occasion de la sortie du livre Malaquais rebelle de Geneviève Nakach:
Quelques textes de Jean Malaquais:
A l’occasion de la sortie du livre Malaquais rebelle de Geneviève Nakach:
Quelques textes de Jean Malaquais:
Nouveau numéro de la revue Ni patrie ni frontières. 220 pages, 10 euros (frais de port compris). Pour toute commande écrire à yvescoleman@wanadoo.fr
L’altermondialisme commence à avoir une longue histoire et est présent dans de nombreux pays. Ce numéro tente de dresser un bilan provisoire, partiel et partial, en évoquant les lignes de force idéologiques qui font consensus au sein du « mouvement des mouvements », au-delà des divergences multiples, profondes ou superficielles. Nous republions plusieurs textes du groupe néerlandais De Fabel van de illegaal, du Cercle social et de L’Oiseau Tempête, qui, il y a dix ans, avaient fort bien perçu les limites et les faiblesses de l’altermondialisme. Leurs critiques n’ont, hélas, pas été démenties par les faits.
La revue présente ensuite trois points de vue différents sur le mouvement des Indignés, deux assez sévères et le dernier plus dans le questionnement. Nous ne prétendons pas, bien sûr, épuiser ici l’étude de ce récent produit dérivé de l’altermondialisme.
Les camarades néerlandais du groupe Doorbraak nous racontent leur première campagne contre le travail obligatoire aux Pays-Bas, ce laboratoire de toutes les politiques antisociales en Europe.
Nous abordons ensuite la façon dont les milieux d’extrême gauche ont réagi face à la tuerie de Toulouse, en niant sa dimension antisémite, comme à leur habitude, et en s’alignant sur la version des médias et du pouvoir selon laquelle Merah aurait été un « fou », un « sociopathe », un « psychopathe » et/ou un « loup solitaire ». Ou bien en cherchant désespérément une explication dans une abracadabrante théorie du complot.
Nous publions deux textes des Luftmenschen, l’un sur sur la signification des attentats commis par le fasciste norvégien Anders Behring Breivik, l’autre sur les racines et les excroissances du négationnisme. Ces deux articles tentent d’expliquer ce qu’est le néofascisme aujourd’hui et quelles sont ses influences idéologiques.
Nous lançons quelques pistes sur la question de l’antisionisme en soulignant certains éléments peu connus, en tout cas peu discutés, de son histoire, qui à notre avis permettent de mieux saisir les limites de l’antisionisme de gauche actuel.
Enfin, nous publions un article sur les proximités idéologiques entre Alain Soral et Hassan Iquioussen, texte qui éclaire les convergences surprenantes entre les extrêmes droites « gauloise » et « musulmane » en France.
Sommaire
BILAN PROVISOIRE DE L’ALTERMONDIALISME
ANNEXES
AUTOUR DES INDIGNÉS
RÉSISTANCE AU TRAVAIL OBLIGATOIRE AUX PAYS-BAS
Éric Krebbers (Doorbraak) : La lutte contre le travail obligatoire à Leiden, 137
ANTISÉMITISME, RACISME, HISTOIRE DE L’ANTISIONISME ET NÉGATIONNISME
EXTRÊME DROITE « GAULOISE » ET EXTREME DROITE MUSULMANE
Une vingtaine de nouveaux articles ont été ajoutés aux archives en ligne du Parti socialiste de Grande-Bretagne (S.P.G.B.):

Introduction par Serge Bricianer à son anthologie Pannekoek et les conseils ouvriers. Disponible uniquement au format pdf (images scannées) pour l’instant. Merci à la bibliothèque mobile La Pensée sauvage de l’Assemblée libertaire de Caen qui nous a prêté son exemplaire.
Publié dans Die Aktion du 19 mars 1921. Écrit fin 1920. Traduit en français par Serge Bricianer dans Pannekoek et les conseils ouvriers.
Si je vous comprends bien, vous blâmez le [IIe] Congrès de Moscou d’avoir exclu une partie des révolutionnaires [le K.A.P. notamment] et commis, ce faisant, la même erreur, manifesté la même intolérance bornée que les Congrès de la I° (La Haye, 1872) et de la II° Internationales (Londres, 1892). Et vous proposez à tous les groupes ou partis qui se trouvent hors de l’Internationale de Moscou de s’unir en une fédération libre, laissant à chacun de ses membres toute liberté d’agitation et d’action. Je vais exposer maintenant les raisons pour lesquelles j’y suis opposé.
Nous tenons le Congrès pour coupable de s’être montré, non pas intolérant, mais beaucoup trop tolérant. Ce n’est pas notre exclusion que nous reprochons aux dirigeants de la IIIe Internationale : nous les blâmons de rechercher l’adhésion du plus grand nombre possible d’opportunistes. Il ne s’agit pas de nous, dans notre critique, mais de la tactique du communisme; nous ne critiquons pas le fait très secondaire de nous voir écartés de la communauté des communistes, mais bien ce fait capital que la IIIe Internationale suit en Europe occidentale une tactique fausse et néfaste au prolétariat. L’exclusion n’est rien d’autre que la forme désagréable que revêt la séparation nécessaire d’avec ceux qui ne marchent pas, qui veulent pouvoir manifester librement leur opposition et ne consentent pas à s’en aller sur la pointe des pieds. Et pourtant la lutte de tendances est nécessaire, qui permet au prolétariat de trouver sa voie. Il ne servirait de rien que les esprits imbus d’idées révolutionnaires se sautent au cou et se félicitent mutuellement île leur excellence; mais il est nécessaire que le prolétariat, les masses immenses, discernent clairement la voie et le but, cessent d’hésiter et de flotter au gré des événements pour passer résolument à l’action. Et cela ne peut être le fruit d’aspirations purement sentimentales à l’unité, mais d’une théorie de combat claire et cohérente, et qui, au feu de la lutte, sous la pression de la nécessité,finit par s’imposer, par ne faire plus qu’un avec les masses.
La I° Internationale eut donc raison en 1872 d’exclure les anarchistes; c’est pourquoi également, et bien que l’opportunisme montât déjà en ses rangs, la II° Internationale eut raison de réitérer cette exclusion. En effet, la théorie de combat qui, seule, peut conduire le prolétariat à la victoire n’est autre que le marxisme. Seule, la science marxiste, facteur de bouleversement radical des idées, permet d’acquérir une connaissance précise des conditions propres à la révolution prolétarienne. Certes, le marxisme a été défiguré, au cours de ces dernière années, par ceux qui en ont mésusé afin d’exorciser la révolution : en premier lieu, les conservateurs de la tradition marxiste du type U.S.P.D., la Rote Fahne les suivant ensuite dans cette voie. Il faut donc proclamer, sans la moindre ambiguïté, que l’agitation et la tactique du K.A.P.D., qui n’invoque pas Marx à tout bout de champ, se rattachent à un marxisme plus authentique et plus pratique, où la flamme révolutionnaire de Marx est autrement plus présente qu’elle ne l’est chez les porte-parole de l’U.S.P.D. et du K.P.D., qui ont toujours son nom à la bouche.
En raison toutefois de ce mauvais usage, qui amène beaucoup de jeunes révolutionnaires à s’en détourner comme s’il s’agissait réellement d’une théorie de l’évolution mécanique et de la certitude fataliste, l’accent doit être mis inlassablement sur l’importance du marxisme en ce qui concerne la révolution. Ceci ne veut nullement dire que les érudits les mieux avertis de la lettre du marxisme constituent les meilleurs militants — l’expérience a au contraire démontré mille fois que le savoir théorique et l’enthousiasme pour l’action étaient liés à des dispositions d’esprit s’excluant souvent réciproquement, et que nombreux sont ceux qui arrivent à l’action révolutionnaire juste, sans théorie, grâce à une pratique intuitive nous entendons par là que la conception matérialiste-révolutionnaire du monde et de la société, qui fut celle de Marx, doit pénétrer dans les masses pour les rendre lucides et sûre d’elles-mêmes.
Vous voulez créer une fédération de tous les groupes révolutionnaires exclus par Moscou. Nous n’en voulons pas parce qu’une fédération de cette espèce se transformerait d’elle-même en adversaire déclaré de Moscou. Bien que le Congrès ait expulsé notre tendance, nous nous sentons solidaires des bolcheviks russe. Nous leur reprochons de ne pas connaître suffisamment la situation en Europe de l’Ouest, les conditions de lutte dans les pays clés, capitalistes depuis des siècles, ou de ne pas assez en tenir compte, et de s’être alliés aux grands partis opportunistes dans l’espoir d’arriver plus vite ainsi à la révolution mondiale. Et nous leur disons : les opportunistes n’ont rien à faire dans vos rangs, c’est à nous d’y prendre place. Nous leur reprochons de sous-estimer les différences énormes existant entre la Russie et l’Europe de l’Ouest, entre leur parti bolchevik et les partis ouest-européens, et de commettre ainsi l’erreur qui consiste à renforcer la puissance des chefs dont la mise au rancart est une condition première de la révolution en Occident. Toutefois, ce serait faire preuve de doctrinarisme borné que de se laisser aller à la même erreur et d’appliquer aux conditions russes des considérations qui valent pour l’Europe de l’Ouest, de projeter notre analyse du rôle des chefs ici sur ce qu’il est là-bas, le rôle des dirigeants de la révolution russe étant tout différent parce qu’il s’exerce dans des conditions toutes différentes. Nous proclamons donc notre solidarité non seulement avec le prolétariat russe, mais aussi avec ses chefs bolcheviks, et cela quand bien même nous critiquons avec la dernière énergie leur intervention au sein du communisme international. C’est évidemment en partant de cette même position — solidarité fraternelle totale avec les communistes russes associée au refus tout aussi catégorique de la tactique suivie par eux en Europe de l’Ouest — que le K.A.P.D. a proposé à la IIIe Internationale d’entretenir des relations avec elle en tant que parti « sympathisant ».

Paru dans L’Humanité du 4 mai 1922.
(De notre envoyé spécial)
Gênes, 30 avril. – La salle à manger de l’Hôtel impérial. Elle est digne de la III° Internationale, qui n’a pas toujours été à pareille fête. Éclairée de tous côtés, blanche, propre, elle veut être luxueuse. Mais il lui manque l’intimité. Nos camarades, plus que tous autres, ne s’y plaisent point. Le lunch rapidement expédié, par petites tables, sous le contrôle d’un maître d’hôtel dont l’obséquiosité finira bien par m’impressionner, les pensionnaires improvisés de cet établissement ordinairement réservé à l’usage des charcutiers enrichis de Chicago se hâtent vers le salon, ou vers le travail.
Nous, nous sommes bravement restés, coudes sur la table, autour de Sapronov.
Bien sûr, ce n’était pas pour lui parler température ! Il n’est pas plus inquiet de météorologie que nous de savoir si le petit Barthou souffre de sa dent de lait. Sapronov, avec Roudzoutak, représente à la délégation russe le syndicalisme. Il est qualifié pour, comme on dit. Fils de paysans, originaire de la province de Toula, ce jeune militant – il est chargé de trente-cinq printemps – est un gars du bâtiment. Solide, râblé, le cheveu rebelle sur un front large, il a, dans une face âpre, par instants douloureuse, à la mâchoire forte, des yeux de rêve, des yeux d’une inexprimable douceur, presque tristes. Installé bien en face, sa main de prolo posée sur la nappe, il vous regarde, là, droit, fixe, et il vous tient sans répit sous son regard. J’avoue que ça ne m’a pas précisément intimidé car j’avais aperçu déjà l’affectueux clin d’œil qu’il nous lançait.
Membre du bureau de la C.G.T. russe, membre du Comité central exécutif, l’ancien berger Sapronov – car il ne lui manque rien à cet homme, pas même d’avoir été pâtre, d’avoir gardé les moutons en apprenant à lire – s’intéresse passionnément au mouvement ouvrier mondial. Rien de ce qui touche aux grandeur[s] et servitudes des travailleurs ne lui est étranger. Et, durant que nous parlons, c’est toujours en posant des questions préalables sur le syndicalisme français ou italien qu’il me documente sur le syndicalisme russe.
Celui-ci, antérieurement, était influencé par les anarchistes. Les temps ont changé. Le mouvement, d’abord purement professionnel, a pris un caractère plus général. Les organisations professionnelles ont rassemblé, rassemblent actuellement plus de six millions d’ouvriers. Chaque syndicat professionnel est lié par un Comité central, et tous les Comités centraux professionnels réunis dans le bureau de la C.G.T.
Une question, depuis cette fin de repas, me préoccupait, l’influence des partis politiques dans ces organisations professionnelles, dans la C.G.T. Sapronov m’a devancé:
— Dans certaines professions, a-t-il dit, on pouvait noter une grande influence de mencheviks, notamment chez les chimistes et les typographes. Mais l’an passé, les communistes ont eu la prépondérance. Aujourd’hui, le communisme a la majorité. Les sans-partis, les socialistes révolutionnaires ont à peu près totalement perdu leur influence. Ces derniers étaient cependant fortement organisés. En deux ans, en Sibérie, ils avaient pu obtenir de sérieux résultats, particulièrement chez les paysans. Mais l’évolution de la politique économique des Soviets a causé un véritable désarroi chez eux. Puissants en 1919, ils ne sont plus autorisés en 1922 à parler au nom du syndicalisme, dont ils ne sont les représentants ni de près ni de loin.
Sapronov sait l’agitation plus apparente qu’effective entretenue par nos anarchistes. Ceux de Russie, il les connaît bien:
— Ils n’ont absolument aucune influence dans les masses. Ils forment de petits groupes, recueillent parfois dans les assemblées quelques applaudissements, mais ils n’obtiennent pas plus.
J’aborde tout de suite le problème, si ardemment controversé, de la subordination. Existe-t-elle, et quelle est-elle en Russie ?
— Le syndicalisme, répond nettement Sapronov, n’est pas sous la tutelle du gouvernement, pas plus qu’il n’est sous la coupe de la III° Internationale. Il va sans dire qu’ayant à sa tête des communistes, il reflète souvent les directives du Parti. L’obligation pour l’ouvrier de s’inscrire à un syndicat a été supprimée. Le nombre des inscrits, depuis, n’a pas diminué. Au contraire. Il y a, parmi les syndiqués, une vive émulation pour amener à nous les membres des autres partis, et surtout les sans-partis. Ils y réussissent.
Notre camarade n’a pas toujours eu la possibilité de s’intéresser au mouvement professionnel mondial. Mais il est, je l’ai dit, du bâtiment. Sa Fédération est liée aux autres Fédérations d’Europe. Par cela même, il peut apporter, avec une documentation serrée, des arguments sérieux pour l’adhésion à l’Internationale Rouge.
La Fédération russe dans laquelle se trouve un assez grand nombre de [mot manquant], sans que la terre ingrate pousse vers la maçonnerie ou la “terrasse”, était représentée, il y a dix-huit mois, au Congrès International du bâtiment. Dans sa grande majorité, le Congrès a adhéré à l’Internationale Rouge.
Voici quelques chiffres:
Les ouvriers du Bâtiment adhérant à Moscou sont au nombre de 900.000. Ceux qui restent à Amsterdam sont 602.000. En considération des forces en présence, [les] “Rouges” ont réclamé d’Amsterdam la convocation d’un Congrès International des deux fractions, ce qui fut refusé.
— Le Bâtiment français, dit Sapronov, faisait partie de l’Internationale d’Amsterdam. Puis, dans sa majorité, il est venu à nous. Il a, aujourd’hui, une existence amphibie. Il est des deux. Mais nous ne lui demandons pas de se prononcer.
« A la conférence de Hambourg, convoquée par Amsterdam, le représentant du Bâtiment italien demanda que l’on admît les délégués de l’Internationale syndicale Rouge. L’admission fut refusée. Cependant, nous sommes la majorité. Le 7 mai, à notre Congrès, nous réclamerons à nouveau la convocation d’un Congrès International. Qu’il soit, et tout le Bâtiment nous apportera son adhésion !
Interagissant la conversation, Sapronov me prie de consigner, sur le mouvement syndicaliste en Europe, ses impressions.
— Dans les pays où la situation est confuse comme, par exemple, en France et aux États-Unis, il faudra que les communistes obtiennent la prépondérance. C’est en me basant sur ce principe que je préfère voir les syndicats rouges, lorsqu’ils ne sont pas exclus, rester dans les organisations ouvrières. En Allemagne, à Chemnitz, on a exclu des syndicats, mais leur influence a grandi.
« La situation générale doit s’affermir. La crise actuelle durera sans doute quelque temps encore. Elle s’aggravera peut-être. Tant qu’elle durera, il n’y aura pas de possibilité de réalisations. Il peut y avoir diminution des effectifs, mais elle disparaîtra au fur et à mesure que l’on se dirigera vers la Révolution.
« J’insiste sur ce point. Les communistes doivent rester, aussi longtemps qu’il leur est possible, dans l’unité ouvrière, et même dans l’Internationale jaune, et même dans les syndicats chrétiens ou fascistes, à la condition, d’agir en communistes, et de travailler, clandestinement s’il le faut, pour le communisme.
Nous en avons fini avec le mouvement européen. J’interroge maintenant Sapronov sur l’opposition démocratique contre le centralisme bureaucratique. La Russie révolutionnaire souffrait de la bureaucratie. Le 8° Congrès pan-russe a adopté la thèse de Sapronov. Il n’a donc plus de raison de rester dans l’opposition.
Pour conclure, Sapronov n’oublie pas qu’il est délégué de la République Fédérale des Soviets à la Conférence de Gênes:
— Les ouvriers et les paysans de Russie, affirme-t-il avec gravité, ne renonceront pas à la nationalisation, à la réquisition des biens. Ils ne pardonneront jamais aux gouvernants et aux capitalistes étrangers les interventions meurtrières, le blocus. Ils savent la responsabilité du syndicalisme jaune.
Fièrement, Sapronov termine:
— Malgré la lassitude, la famine, les pertes de toutes natures, la classe ouvrière et paysanne tiendra. Elle déclare considérer Gênes comme l’endroit où l’on traitera avec les capitalistes, mais non pas où l’on renoncera à toutes les conquêtes de la Révolution. Elle se déclare prête à combattre à nouveau pour empêcher qu’on leur porte atteinte.
Et Sapronov prend un regard dur, tragique…
Bernard LECACHE.
Suite de la brochure publiée en supplément d’Invariance en 1973, pour laquelle nous avons déjà publié les textes du K.A.P.D. et de l’A.A.U.D. Merci à la bibliothèque mobile La Pensée sauvage de l’Assemblée libertaire de Caen.
**
Note: KAI. Internationale Communiste Ouvrière. Sa naissance coïncide et accélère la décomposition du KAPD (1922). Après l’ échec de Moscou le Comité Central du KAPD décide de préparer la fondation d’une quatrième Internationale, regroupant les groupes « de gauche » de tous les pays. Cette activité prenant beaucoup d’énergie au parti, sa majorité se prononce rapidement contre, demandant que tous les efforts soient faits pour développer d’abord le KAPD lui-même en Allemagne. Il en résulte une opposition entre partisans de la KAI (la direction du KAPD) et ceux qui trouve que cette fondation est prématurée et qui se mettent à s’occuper des luttes salariales (qui réapparaissent au premier plan après la fin des insurrections. Ceci mène à la scission du KAPD en mars 1922 entre la majorité « pragmatiste » (tendance de Berlin) et une extrême minorité, dite « dogmatique » (tendance de Essen) avec donc la plupart des intellectuels du KAPD et Gorter lui-même. Ils fondent la KAI après la scission; y adhèrent quelques groupes (le parti communiste ouvrier de Bulgarie, 1000 membres, celui de Hollande, divers petits groupes). Déjà très petite à son premier congrès, la KAI se réduit de plus en plus et n’est plus rapidement qu’un bureau, émettant des textes de temps en temps. Cf. Gorter. Die Kornmunistische Arbeiter Internationale. 1923 (édité par Kommunismen. Post boks 61. 2880 Bagsvaerd (Danemark). Cf. bibliographie.
**
LIGNES DIRECTRICES DE LA K.A.I. (extraits)
La Troisième Internationale.
1. La 3ème Internationale est une création russe, une création du parti communiste russe. Elle fut créée pour soutenir la révolution russe, c’est-à-dire une révolution en partie prolétarienne, en partie bourgeoise.
2. De par le caractère double de la révolution russe, dans la mesure où la 3ème Internationale devait soutenir aussi bien la révolution russe prolétarienne que la révolution russe bourgeoise, donc de par le caractère double de son but également, la 3ème Internationale devint une organisation en parti prolétarienne, en partie capitaliste.
3. Dans la mesure où elle appelait à la révolution, à l’expropriation des capitalistes, elle était une organisation prolétarienne pour la suppression du capitalisme; dans la mesure où elle conservait le parlementarisme, les syndicats, la dictature de parti et la dictature des chefs, elle était une organisation bourgeoise, crée pour maintenir le capitalisme en place et pour le construire. Car le parlementarisme, les syndicats et la dictature de parti ou la dictature des chefs conduisent non pas au communisme, mais au maintien du capitalisme.
4. La 3ème Internationale fut ainsi dès le début une organisation en partie contre-révolutionnaire.
5. Dans les pays européens cette organisation ne conduisit pas non plus à la victoire mais à la défaite du prolétariat.
6. Maintenant que depuis le printemps 1921, le parti bolchevique qui exerce sa dictature sur la Russie est passé au capitalisme, il a contraint rapidement la 3ème Internationale à revenir au capitalisme, et la 3ème Internationale devint alors effectivement, à partir de l’été 1921, complètement capitaliste et bourgeoise. La révolution fut abandonnée, on n’aspira plus qu’à des réformes, son but devint la reconstruction du capitalisme.
7. Comme le capitalisme russe doit être reconstruit, et comme ce capitalisme ne peut être reconstruit sans la remise en état et la reconstruction du capitalisme européen, la 3ème Internationale fut forcée d’abandonner la révolution et de revenir au réformisme, c’est-à-dire de se donner comme but la reconstruction du capitalisme.
8. Et pour reconstruire le capitalisme, la 3ème Internationale — de même que le parti bolchevique russe, maintenant capitaliste, noue des liens avec les gouvernements capitalistes européens et avec le capitalisme européen pour reconstruire le capitalisme russe — noue maintenant des liens avec la 2ème Internationale, l’Internationale 2 1/2 (*) pour la reconstruction du capitalisme européen.
9. Le but de la 2ème Internationale, de l’Internationale 2 1/2 et de la 3ème Internationale est ainsi le même: c’est celui des États et des gouvernements capitalistes. Le front unique de ces trois internationales est le front unique avec le capitalisme.
10. Alors que le capitalisme se trouve dans une crise mortelle et ne voit plus aucune issue, le gouvernement soviétique et la 3ème Internationale se proposent pour le sauver.
11. C’est pourquoi la 3ème Internationale, de même que le parti bolchevique russe, sont devenus des organisations tout à fait contre-révolutionnaires, qui trahissent le prolétariat. Il faut la mettre dans le même sac que la 2ème Internationale et l’Internationale 2 1/2.
12. De même que le prolétariat dans tous les pays est un moyen aux mains des partis social-démocrates, bourgeois et réactionnaires de maintenir le capitalisme, de le reconstruire et de le répandre sur le monde, en donnant le gouvernement et le pouvoir à ces partis et à leurs chefs, de même le prolétariat est maintenant un instrument dans les mains de la 3ème Internationale elle aussi et dans le même but. Son but n’est pas la révolution, la libération du prolétariat, mais le pouvoir personnel dans l’Etat bourgeois et l’esclavage du prolétariat.
L’Internationale Communiste Ouvrière.
1. Autant la situation de l’ensemble du prolétariat international, à l’intérieur du capitalisme mondial qui se trouve dans sa crise mortelle, exige la révolution prolétarienne comme l’accomplissement de sa tâche pratique actuelle, aussi peu d’un autre côté les dispositions intellectuelles et les rapports organisationels de la classe ouvrière mondiale correspondent à cette exigence historique. La majorité écrasante du prolétariat mondial est prisonnière des modes de pensée de la propriété privée bourgeoise et des formes de la collaboration de classe internationale entre capitalisme et prolétariat, formes qui, chacune de son côté, bien qu’il s’agisse d’un processus unifié, prêtent main forte à toutes les organisations existantes du prolétariat; cela place les prolétaires révolutionnaires de tous les pays devant la conséquence historiquement inévitable de la fondation d’une nouvelle internationale prolétarienne.
2. Cette nouvelle internationale prolétarienne, l’Internationale Communiste Ouvrière, représente la lutte de classe prolétarienne pure, dont la tâche pratique est l’abolition de la propriété privée bourgeoise-capitaliste et sa transformation en propriété commune prolétarienne-socialiste. Par-delà cet objectif elle lutte fondamentalement pour la réalisation de la société communiste.
3. Reconnaissant que les conditions objectives sont données pour le renversement de la bourgeoisie et la domination du prolétariat, elle met au premier plan de son activité le principe du développement de la conscience de classe du prolétariat, c’est-à-dire qu’elle veut amener le prolétariat à reconnaître qu’il est historique ment nécessaire d’éliminer immédiatement le capitalisme; par là elle veut éveiller en lui la volonté effective de faire la révolution prolétarienne.
4. La réalisation de tels buts exige comme condition première le caractère ouvertement anticapitaliste (du point de vue de la forme comme du contenu) de son organisation et de la direction de toute sa lutte. Son point de repère suprême n’est pas l’intérêt particulier des groupes ouvriers nationaux pris isolément, mais l’intérêt commun de l’ensemble du prolétariat mondial: la révolution prolétarienne mondiale.
5. Comme premier pas sur le chemin qui mène à son but elle s’efforce d’atteindre la proclamation de la dictature de classe du prolétariat sous la forme de la destruction des puissances étatiques capitalistes et de l’instauration de puissances étatiques prolétariennes (Etats des conseils). Elle rejette toutes les méthodes de lutte réformistes et combat avec les armes antiparlementaires et antisyndicales de la lutte de classe prolétarienne-révolutionnaire pour la création de conseils ouvriers révolutionnaires et d’organisations révolutionnaires d’entreprise (Unions Ouvrières).
6. En particulier elle combat les organisations internationales existantes du prolétariat (les Internationales de Londres, de Vienne et de Moscou) qui, en tant que complices de la bourgeoisie dans leur effort commun de reconstruire le capitalisme mondial, s’efforcent de réaliser le front unique de la bourgeoisie et du prolétariat contre la révolution prolétarienne mondiale, et représentent en conséquence l’obstacle le plus dangereux pour la libération du prolétariat.
Kommunistische Arbeiter – Zeitung (Essener Richtung). («Journal Communiste Ouvrier» – tendance d’Essen)(3) 1922. n. 1
(*) Internationale 2 1/2: nom ironique donné par les bolcheviks à l’Union de Vienne avec O. /Bauer, Kautsky. Bernstein etc. regroupant de 1921 à 1923, ce qui restait des partis centristes après l’admission des « gros partis » dans la 3ème Internationale. Y étaient aussi des menchéviks russes. Retournent dans la 2èrne Internationale en 1923.
Le numéro 21 de Critique Sociale (mai 2012) est disponible au format PDF.
Au sommaire :
- Actualité :
* La lutte sociale auto-organisée, c’est maintenant !
* Et si on essayait plutôt la démocratie ?
* Le pouvoir aux travailleurs ?
* Jacques Rancière : “L’élection, ce n’est pas la démocratie”
- Histoire et théorie :
* Pierre Clastres, l’anthropologie politique
Le but de Critique sociale est de contribuer à l’information et à l’analyse concernant les luttes sociales et les mouvements révolutionnaires dans le monde. Nous nous inspirons du “marxisme”, en particulier du “luxemburgisme”, certainement pas comme des dogmes (qu’ils ne sont en réalité nullement), mais comme des outils contribuant au libre exercice de l’esprit critique, à l’analyse de la société, et à la compréhension de sa nécessaire transformation par l’immense majorité. Nous combattons le capitalisme et toutes les formes d’oppression (sociales, politiques, économiques, de genre). Nous militons pour que “l’émancipation des travailleurs soit l’oeuvre des travailleurs eux-mêmes”, pour une société démocratique, libre, égalitaire et solidaire : une société socialiste, au véritable sens du terme. contact – @ – critique-sociale.info
YOU ARE INVITED TO OUR BOOK LAUNCH
1839: The Chartist Insurrection by David Black and Chris Ford
(Unkant Publishing)
Friday, 6 p.m.18 May 2012
Workers’ Educational Association
96-100 Clifton Street. London. EC2A 4TP
Map here:

Speakers: JOHN MCDONNELL MP, DAVID BLACK AND CHRIS FORD
“This book assists us greatly in understanding the potential for future challenges to the system” — John McDonnell MP
“In retrieving the suppressed history of the Chartist Insurrection, David Black and Chris Ford have produced a revolutionary handbook” — Ben Watson
1839, the year after Queen Victoria’s coronation, saw a chain of events which brought Britain closer to revolution than at any time since the English Civil War – or any time since. The issue was the unjust and corrupt electoral system, in which only seven hundred thousand people were entitled to vote in a country of twenty-five million. Drawing on the accounts of the participants themselves – agitators, conspirators, idealists, journalists, informers, soldiers and politicians – 1839 shows how Parliament’s rejection of the first Chartist petition for Universal Suffrage led to mass rioting, a failed general strike and insurrections in south Wales and northern England. The events of 1839 are presented not just as a battle of wills between the Chartists and the Government, but also as a battle of ideas between the radicals themselves on questions of democracy, social justice, and the ‘limits’ of peaceful protest.
Foreword by John McDonnell MP. Appendices include Julian Harney’s ‘The Tremendous Uprising’ and Edward Aveling’s memoir, ‘George Julian Harney: A Straggler of 1848’. Illustrated throughout.
David Black is author of ‘Acid: A New Secret History of LSD’ and ‘Helen Macfarlane: A Feminist, Revolutionary Journalist and Philosopher in Mid-Nineteenth Century England’.
Chris Ford’s works include ‘The Crossroads of the European Revolution: Ukrainian Social-Democrats and Communists 1917-1920’ (Critique, 2010), and Introduction to ‘Borotbism: A Chapter in the History of the Ukrainian Revolution’ by Ivan Maistrenko.
« La société, qui réorganisera la production sur la base d’une association libre et égalitaire des producteurs, reléguera toute la machine de l’État là où sera dorénavant sa place : au musée des antiquités, à côté du rouet et de la hache de bronze », écrivait Friedrich Engels. Pourtant, le marxisme en est venu a être largement assimilé à l’apologie de l’État. Pour y remédier, pour comprendre la critique marxiste de l’État et la dérive étatiste de nombre de ses descendants, pour proposer une alternative politique à l’étatisme, il est nécessaire de revenir au texte même de Marx.
Discussion présentée et animée par Nicolas Dessaux, de l’Initiative communiste-ouvrière, au café Citoyen, le mercredi 16 mai à 18h30 à Lille (Place du marché aux chevaux, Métro république).