Le mouvement ouvrier pendant la guerre (note de lecture, 1937)

25 août 2014 by

Note de lecture parue dans La Révolution prolétarienne du 10 mars 1937.

ROSMER
Le mouvement ouvrier pendant la guerre

UN LIVRE VÉCU

J’arrive un peu tard pour présenter ici ce beau livre de Rosmer qui devait être écrit et dont nous attendons la suite impatiemment. Ce compte rendu, d’autres devaient l’écrire, plus autorisés peut-être par les luttes qu’ils ont menées. Mais ils n’ont pas tenu la promesse qu’ils avaient faite au cuisinier de la R. P. C’est pourquoi je viens payer aujourd’hui mon tribut d’admiration et de gratitude à Rosmer pour ce qu’il eut, lui et ses compagnons, le courage de faire, pour cette histoire qu’il a écrite après l’avoir vécue.

En éditant ce gros ouvrage, dont l’acquisition est un peu onéreuse, la Librairie du Travail ne se dissimulait pas les difficultés de l’écouler. Mais elle se devait de le publier, comme elle a publié le Livre Noir, comme elle lança, vers la fin de la guerre, les brochures pacifistes et révolutionnaires du Comité pour la reprise des relations internationales. Ce qu’il y a de singulier dans ce cas, c’est que l’auteur et l’éditeur, Rosmer et Hasfeld, en résistant jadis à l’esprit de guerre, scellaient déjà leur collaboration, écrivaient à l’époque les pages vivantes de cette histoire. Ils n’ont eu qu’à puiser dans leur passé pour y découvrir la substance de ce long récit.

D’avoir été écrit par un partisan, par un lutteur de l’internationalisme prolétarien, ce livre y gagne d’être passionné, de prendre parfois l’accent de la vengeance et de la justice. Il est en effet un témoignage, en même temps qu’un acte rétrospectif d’accusation. Du train où l’on va, dans cette Union sacrée avant-guerrière qui se cimente dans la jobardise jacobine, ce livre ne manquera pas de devenir hérétique, et puis certains roublards nous objecteront sûrement que le passé ne compte plus, qu’il faut en secouer la poussière. Mais n’importe, du moment que ce livre de courage et de fidélité peut donner une indignation tonifiante à ceux qui douteraient d’eux-mêmes et se décourageraient devant les reniements scandaleux !

Mais si ce livre est rempli de passion, quelle n’est pas sa supériorité sur les histoires du mouvement ouvrier, politique ou syndical, que fausse un parti pris de secte ! On sait, en effet, que, fidèles aux méthodes des théologiens catholiques, certains de leurs confrères en bolchévisme, enfants chéris d’une troisième période bien dépassée, projettent en arrière leur doctrine momentanée pour étriquer à ses proportions les événements de la guerre. Ils ne voient des internationalistes de 1914 que leurs faiblesses, du moment que ceux-ci ne pensaient pas tout à fait comme Lénine pensa plus tard. Visiblement, ils sont irrités que l’opposition à la guerre soit venue de ce méprisable petit anarcho-syndicalisme. Ici, au contraire, dans le livre de Rosmer, nous saisissons le pacifisme de guerre avec son contenu réel, son authenticité, sa vraie grandeur. L’histoire n’en est pas faussée, ni ratatinée. Les syndicalistes français d’opposition y pensent comme ils pensaient, non comme ils auraient dû penser.

Il ne sera plus possible désormais d’escamoter leurs accusations et leurs actes comme l’ont fait certaines publications du syndicalisme officiel. Et leur action prendra toute sa valeur dans les futurs travaux des historiens qui pourront, s’ils ont l’esprit assez compréhensif, saisir la portée dramatique de cette lutte qui mit aux prises une poignée d’hommes clairvoyants contre la guerre organisée, la pensée asservie des fonctionnaires syndicaux, des politiciens, des intellectuels déchaînés qui déshonoraient l’esprit. Les textes cités par Rosmer, dont la plupart sont devenus introuvables pour la nouvelle génération, sont autant de preuves authentiques. Ceux d’entre elle qui réfléchissent et qui luttent reconnaîtront un peu de leur pensée dans ces écrits de combat qui devaient ne pas disparaître. Ils auront aussi un regard attendri pour une illustration émouvante qui aide à évoquer cette dure époque où des hommes travaillaient à la fois pour la paix et l’honneur ouvrier.

HISTOIRE D’UN RENIEMENT

Il est impossible de consigner ici toute la substance de cette histoire qui débute par un aperçu lumineux sur le mouvement ouvrier depuis la Commune pour s’arrêter à septembre 1915 (Conférence de Zimmerwald). Nous nous résignerons à la plus grande sobriété, d’autant plus que nos lecteurs qui n’ont pas lu le livre en trouveront la substance condensée dans une brochure, préfacée par Marcel Martinet, autre témoin et autre acteur, qui constitue le n° 2 des Cahiers de Spartacus (1).

L’un des aspects les plus marquants du syndicalisme d’avant 1914 fut son internationalisme. Les motions de ses congrès dirigées contre la guerre, avec la menace de la grève générale révolutionnaire expressément formulée à Marseille en 1908, ne pouvaient laisser aucun doute. Par ailleurs, l’attitude de la C. G. T. devant les menaces de guerre fut énergique et son antimilitarisme (Sou du Soldat) brava la répression.

Jusqu’aux derniers jours, après Serajevo, elle fut fidèle à sa ligne de conduite. En 1913, contre la loi de Trois Ans, elle collabora, ce qui était nouveau, avec le Parti socialiste. Il est vrai qu’elle se montra méfiante et hésitante dans son opposition pour ne pas céder à ceux de ses éléments qui manifestaient une volonté insurrectionnaliste inspirée par l’hervéisme et l’anarchisme.

Quoi qu’il en soit, et sans nous arrêter ici sur ce prétendu « changement de tir » de la G. C. T., notons que, sans illusion sur les guerres et leur nature capitaliste, elle ne faisait aucune concession à la guerre. C’est le 25 juillet 1914 que l’ultimatum autrichien à la Serbie fut repoussé. Le 26, la C. G. T. publia une déclaration et rappela ses décisions de congrès en faveur de la grève générale. Ce soir-là et le lendemain, les ouvriers de Paris manifestèrent dans les rues. Un grand meeting devait se tenir le 29 salle Wagram : il fut interdit, ce qui provoqua des bagarres avec la police. La veille siégea un C. C. N. qui s’opposa à la guerre, sans lancer d’ailleurs de mot d’ordre précis.

C’est qu’on espère encore, malgré tout. Jaurès fait toujours confiance au gouvernement pour maintenir la paix. Mais, lui tombé, le 31 juillet au soir, la cause de la guerre semble gagnée. La foule, révoltée, erre sans consigne dans les rues. On lui conseille le calme. Le lendemain, c’est la mobilisation et déjà l’Union sacrée. La C. G. T. a capitulé sans avoir combattu.

Elle non plus, la IIe Internationale n’a pas livré de combat. La plupart des chefs anarchistes ont fait de même, avec la pensée de céder à une fatalité écrasante.

Défaite, mais aussi reniement. Dans son énorme majorité, le mouvement ouvrier raisonne même, légitime son acceptation de la guerre. Il est des militants qui sont partis avec le désarroi dans la pensée, le désespoir au cœur. Mais beaucoup croient aller se battre contre le militarisme allemand, pour la paix et le socialisme.

Illusion terrible certes, mais les plus coupables sont ces hommes responsables du socialisme, du syndicalisme qui ne pensent pas autrement que la masse et la poussent au combat. Comme les organisations n’ont plus de vie réelle, seule la presse ouvrière donne le ton. La Bataille Syndicaliste est souvent plus chauvine que l’Humanité.

Déjà le 4 août, aux obsèques de Jaurès, Jouhaux excite les travailleurs contre l’impérialisme allemand. Après lui, le mouvement syndical s’installe dans la guerre, devient facteur de défense nationale et de paix sociale. Il est désormais l’un des plus sûrs garants de l’Union sacrée.

Chapitre douloureux de l’histoire prolétarienne.

Le remords aidant tout de même, les tentatives de justification sont venues, avec ces entorses à la vérité qui servent les mauvaises causes. La peur du carnet B, dont le fricoteur Malvy sut faire un moyen de corruption, l’appât des sursis d’appel et puis toujours cette crainte de ne pouvoir faire plus, voilà les facteurs humains qui eurent à intervenir.

Et puis, le tempérament réformiste est là, qui flaire toujours les possibilités, qui a le sens de l’opportun. Il dit alors : « Défendons la classe ouvrière non mobilisée, imposons au gouvernement des mesures favorables au prolétariat, préparons la reprise économique, cherchons à renouer les liens internationaux. »

Il est évidemment difficile d’apprécier ce que pouvait faire le mouvement syndical, ce que pouvait tenter le socialisme, du moment qu’ils n’ont rien tenté. La classe ouvrière a courbé la tête sous la rafale, tandis que les malins se garaient.

Ils tenaient dans l’union sacrée, ils tenaient dans l’état de siège et la censure ne brisait pas leur plume. Ils prenaient la revanche de leur humiliation en brimant les minoritaires qui cherchaient la vérité à tâtons et qui s’enhardissaient à la proclamer au péril de leur vie.

LES PIONNIERS DE LA PAIX

Ce qui caractérise alors le mouvement pacifiste, c’est qu’il est représenté seulement par des individus ou tout au plus par des organisations de base : quelques fédérations syndicales ou socialistes, quelques unions départementales. Mais dans ce dernier cas, il s’agit d’une poignée de résistants qui prennent peu à peu l’audace de dire leur pensée.

Le livre de Rosmer nous raconte tout au long l’histoire de ces réfractaires, d’août 1914 à septembre 1915. Jusqu’à Zimmerwald et même d’ailleurs pendant l’année 1916, le mouvement pacifiste n’a pas groupé autour de lui de larges masses.

Ce n’est pas aux lecteurs de la Révolution prolétarienne qu’il faut rappeler le rôle joué pendant la tourmente par l’ancien noyau de la Vie ouvrière.

Monatte, Rosmer, Martinet entretinrent alors, avec quelques autres, le foyer minoritaire. Les socialistes russes Martov et Trotsky travaillaient en liaison avec eux. Soutenus seulement par leur foi, ces hommes si divers assistaient à des lâchages qui ne les décourageaient pas.

Pourtant, bien faible était encore leur appui dans la classe ouvrière. Les minoritaires socialistes hésitaient encore avant de conquérir quelques fédérations et d’abord celle de la Haute-Vienne Le Comité confédéral national était dans la C. G. T. la seule assemblée où l’on pouvait discuter. Merrheim y protesta au nom de la Fédération des Métaux, contre l’attitude de Jouhaux, sa participation au Comité de secours national, son départ à Bordeaux.

Cette fédération devint alors, suivie par quelques autres, l’élément d’opposition le plus important.

Le Bulletin de l’Union des Métaux, l’Ecole Emancipée des instituteurs, rusant avec la censure, menèrent le bon combat pacifiste, tandis que la Bataille Syndicaliste, en proie à des rédacteurs sans mandat, donnait de façon éperdue dans un nationalisme grandiloquent. Le Comité pour la reprise des relations internationales parvenait à nouer quelques rapports par-dessus les frontières.

Mais les neutres des Pays Scandinaves ayant projeté de réunir une conférence, vouloir y participer fut taxé d’hérésie. Cependant, au C. C. N., 22 voix seulement contre 20 et 2 abstentions purent se grouper contre cette participation. Pour protester par un geste public contre l’attitude du Bureau confédéral, Monatte démissionna du C. C. N. et divulgua sa lettre de démission. Il ne tarda d’ailleurs pas à aller faire cette guerre qu’il maudissait et dont nul sursis d’appel ne l’abrita.

La déclaration de Liebknecht au Reichstag (2 décembre 1914) et le manifeste des minoritaires allemands montrèrent aux pacifistes français qu’ils étaient dans la bonne voie. Le premier Mai 1915 ne passa pas dans un silence honteux et le Bulletin des Métaux publié ce jour fut un réconfort pour tous ceux qui détestaient la guerre de toute leur raison.

La Conférence de Zimmerwadl vint couronner, en septembre 1915, les efforts du Comité pour la reprise. Elle fut réunie sur l’initiative de Grimm, militant socialiste suisse. On sait que pour la France seuls y participèrent Merrheim et Bourderon, délégués par les deux Fédérations des Métaux et du Tonneau. La conférence émit un vote unanime qui soulignait le caractère impérialiste de la guerre et se prononçait contre l’union sacrée, pour la paix sans annexion.

C’était là l’opinion moyenne des délégués. Déjà les bolcheviks russes présentèrent leur thèse d’une transformation de la guerre impérialiste en guerre civile, mais la plupart des zimmerwaldiens ne partageaient pas ces vues, le mouvement contre la guerre qu’ils avaient soutenu dans leurs pays n’en était pas arrivé à cette étape, ce qui n’empêcha pas la conférence d’adopter unanimement la motion qui conclut les débats.

Il est donc vain de vouloir, comme l’ont fait il y a quelques années des historiens d’occasion bien dans la ligne, opposer la « gauche » et la « droite » de Zimmerwald en taxant cette droite d’opportunisme, les bolcheviks détenant, eux, la sainte vérité. Rosmer n’a point de peine à prendre en défaut ces théologiens orthodoxes qui ne peuvent se résigner à accepter que Lénine, alors inconnu en France, n’y ait pas tout fait.

C’est évidemment, dans ce cas, la vérité qui a tort. Il est regrettable que ces minoritaires, que ces pionniers du pacifisme aient été presque tous des syndicalistes révolutionnaires. L’histoire pourtant doit le reconnaître et, quant à nous, nous en éprouvons une certaine fierté. Cela nous enseigne à ne pas désespérer de la classe ouvrière, même lorsque les partis officiels ne savent pas se dégager de l’idéologie nationaliste, même lorsque le syndicalisme réformiste s’engage comme aujourd’hui dans une union sacrée préparatoire au massacre.

Les lecteurs de la R. P. qui n’ont pas connu l’ancienne Vie ouvrière seront, en lisant le livre de Rosmer, reconnaissants à l’équipe qui l’animait de son esprit révolutionnaire.

Ils apporteront à tous les réfractaires d’aujourd’hui, qu’ils se réclament d’une idéologie politique ou simplement d’un pacifisme humain, la résolution de ne pas être infidèles à cet héritage spirituel et de ne jamais séparer l’amour de la paix de celui de la Révolution.

Si leur geste n’eut rien de théâtral et de désespéré comme celui du héros de Roger Martin du Gard qui, sa vie sacrifiée d’avance, veut sauver l’honneur de l’homme en se révoltant contre le destin, ceux qui luttèrent opiniâtrement au cours de la tourmente pour préparer dans les consciences la révolte contre le crime n’en eurent pas moins leur mérite plus modeste et plus touchant aussi. Et puis enfin, ils sont réels, ils sont nos amis, leur passé nous est cher. Ils ont su depuis, simplement, ne pas se renier. Leur vie nous peut servir d’exemple et, dans la littérature prolétarienne, l’ouvrage de Rosmer prendra une place de choix, celle où vont de confiance le cœur et la raison.

A. RICHARD.

(1) S’adresser à J. Lefeuvre, 140, boulevard Saint-Germain, Paris (6e). Le prix de la brochure est de 2 francs.

***

L’ouvrage de Rosmer est en vente au prix de 36 francs au lieu de 45 — pour les lecteurs de la R. P. — à la Librairie du Travail, 17, rue de Sambre-et-Meuse, Paris (10e).

Rosmer et la famille Trotski 1921

Alfred Rosmer et la famille de Trotsky en 1921

Une infâmie

21 août 2014 by

Lettre de Barthélémy Mayéras parue dans le Populaire du 4 mai 1919.

A propos de la vente par autorité de justice des meubles de nos camarades Mayoux, notre ami Mayéras a adressé au Ministre la lettre suivante:

Alfortville, le 29 avril 1919.

Monsieur le Ministre,

J’apprends que le 25 mai prochain, sur la place publique de Dignac (Charente), seront vendus, par votre ordre, les meubles de M. François Mayoux, instituteur, toujours détenu après condamnation pour publication d’une brochure intitulée: Les Instituteurs syndicalistes et la Guerre; cette vente serait destinée à couvrir les frais du procès s’élevant à la somme de 2.777 fr. 57 centimes.

Je ne vous étonnerai certainement pas en vous disant que la nouvelle de cette vente m’a causé la surprise la plus profonde. N’est-elle pas contraire à l’usage ?

Mais je me suis également demandé si vous n’étiez pas vous-même, vous personnellement, au courant et si cette mise en vente n’était point plutôt le fait d’un magistrat tout spécialement zélé, agissant évidemment en votre nom, mais non point sur votre ordre exprès ?

Je veux le croire, comme je veux croire que vous vous empresserez de donner contre-ordre et que vous voudrez bien me l’annoncer.

D’autant que s’il faut que les 2.777 fr. 57 de frais du procès soient payés, je puis vous assurer, sans m’avancer à la légère, qu’ils le seront. Mais certes point par la mise au dénuement le plus complet d’un homme encore détenu et tourmenté par le sort combien précaire de sa femme, récemment libérée, et de ses enfants.

Veuillez agréer, etc…

MAYERAS,

député de la Seine

mayoux

François Mayoux

Voir aussi:

Interview with Agustín Guillamón (2013)

21 août 2014 by

Entretien paru en catalan dans in Catalunya (journal de la CGT catalane) N° 149 (avril 2013), traduit en anglais par Paul Sharkey.

Tell us about how and why you became politically aware?

Agustín Guillamón: My paternal grandfather was the youngest in a family with eleven children, born in the “Ravine of Hunger”, as its inhabitants called the mountains of the region of Alt Millars, between Castellón and Teruel. During the First World War they moved to Barcelona. The terrible shortage of both work and housing there caused them to leave Poblenou for the safe refuge (from the police or hunger) of the house of his sister, in Olesa. My grandfather, along with several of his brothers, was a member of a Confederal Defense Committee. He had a CNT membership card dated from April 1931. He went to work in the chemical industry. When the fascists entered Terrassa, one of my grandfather’s brothers, Pascual, who was wounded in battle on July 19 in Barcelona, disappeared, apparently shot by the Phalangists. My grandfather Eliseo went into exile, first in a concentration camp in Algeria and then later in a labor battalion working on the fortifications of the Atlantic Wall, from which he would escape in order to take refuge in the mountains, barely surviving in the forest as a charcoal burner. He took part in the Maquis of The Gers, not so much out of his own political inclinations, but because it was the only way he could survive. He would participate in the liberation of the town of Mirande, where he lived until his death in 1970.

Meanwhile, in Barcelona, now occupied by the fascists, my grandmother had to somehow get by with five young children. They were very hungry and very afraid. I will recount a couple of anecdotes from those hard times. One day, the padrina de guerra [a “military godmother” whose job was to support the morale of the soldier at the front with encouraging letters, “care packages”, etc.—Translator’s note] of her brother Vicente, who had been forcibly conscripted by the nationalists and was killed by a stray bullet on the Madrid front a few days before the end of the war, arrived at her house, which had been searched several times by the fascist police. The neighbors did not know what was happening: constant police investigations and now all the pomp of a Phalangist leader who came to offer condolences on Amistat Street. And another incident: the forced baptism of my aunts by some Phalangist women. They renamed my aunt Natura, Ana, but she always wanted to be called Nita. My aunt Libertad was renamed Cruz, but everyone called her Nati, so that five years later, when she wanted to get married, the church would not let her, because her birth names Cruz/Libertad did not coincide. The church finally yielded since the only alternative was for the couple to live “in sin”.

The absence of my grandfather, in a bleak, unjust and hostile world, led them to ask many questions, which received no other response than that he was guilty of having lost a war, before I was even born.

Who has exercised the greatest influence on you?

My parents, and their perseverance in the pursuit of education, freedom and justice, goals that they managed to reach by way of reading, hard work and culture; and their demanding ethical standards, which intransigently rejected alcohol, gambling and all other vices, as the traps of capital and the employers. The example of their lives, during my innocent and happy childhood in a world of fascist values, will always be the beacon that illuminates my horizon.

What books have influenced you?

In History: the work of the medievalist Georges Duby, Broué, Brinton, Bolloten, Bernecker, Carr, Peirats, Volin, Michelet, Soboul, Mathiez and Abel Paz. In Theory: Darwin, Canfora, Marx, Kropotkin, Rocker, Munis, Dauvé and Cahiers Spartacus. In Literature: Quevado, Cervantes, Shakespeare, Troyes and the medieval literature published by Siruela, Gide, Malaquais, Yourcenar and Diderot, not to forget the Meditations of Marcus Aurelius, The Adventures of Ulysses by Lamb and The Nature of Human Brain Work by Joseph Dietzgen.

What groups or political organizations have you been a member of or participated in?

During the early seventies I was a member of Plataformes. I was in contact with groups like the ICC and FOR, without becoming actively involved. I became interested in the Italian communist left, councilism and workers autonomy. And I have always studied and tried to acquire an in-depth understanding of the causes of the defeat of the revolutionaries during the Civil War.

What led you to study the Civil War?

My family history. The oppressive reality of Francoism, a dictatorship without any other justification than its victorious war against its own people, and especially against the working class. I thought it was necessary to answer these two questions: Why was the war lost? Why was the revolution defeated?

Why have you devoted yourself to history?

To gain, to disseminate and to foster a more profound knowledge of revolutionary history, to refute the falsehoods and distortions designed or spread by the “sacred” bourgeois history. To reveal the real history of the class struggle, written from the point of view of the revolutionary proletariat, is already itself a struggle for history, for revolutionary history. A struggle that forms part of the class struggle, like any wildcat strike, factory occupation, revolutionary insurrection, The Conquest of Bread or Capital. The working class, in order to appropriate its own history, must fight against social democratic, neo-Stalinist, Catalanist, liberal and neo-Francoist views. The proletarian struggle to understand its own history is one struggle, among so many others, in the ongoing class war. It is not purely theoretical, or abstract or banal, because it forms part of class consciousness itself, and is defined as the theoretical understanding of the historical experiences of the international proletariat, and it is undeniable that Spain must understand, assimilate and appropriate the experiences of the anarchosyndicalist movement of the 1930s.

What lessons can be drawn from the Civil War?

The capitalist state, both its fascist as well as its democratic versions, must be destroyed. The proletariat cannot conclude any kind of alliance with the republican (or democratic) bourgeoisie in order to defeat the fascist bourgeoisie, because such an agreement already presupposes the defeat of the revolutionary alternative, and the renunciation of the revolutionary program of the proletariat (and of its methods of struggle), for the purpose of adopting an anti-fascist unity program with the democratic bourgeoisie, in the name of winning the war against fascism.

What were the functions of the Defense Committees? How did they relinquish power? What happened to the Defense Committees after the counterrevolution of May 1937?

It would take me much too long to respond to these questions. These questions are addressed in my book, The CNT Defense Committees in Barcelona. Their principal limitation was their inability to organize and carry out coordination outside the confederal apparatus. The superior committees politically and organizationally suffocated the revolutionary committees, which had become their worst enemies and the most serious obstacle to their long-sought necessary integration into the apparatus of the bourgeois state, with the final goal of their institutionalization.

What kind of relations and what kinds of differences existed between the Defense Committees and the anarchist affinity and action groups?

The Defense Committees could be defined as the revolution’s underground army, deeply devoted to serious tasks related to information, armaments, training, strategy and preparation for the workers insurrection. They were institutionally subordinate parts of the CNT, because they were financed by the trade unions and it was the members of the latter that filled their ranks.

The affinity groups constituted the organizational structure of the FAI. They were basically groups of friends and/or militants, united by ideological affinity, who assumed common tasks, positions and tactics. The Iberian Anarchist Federation (FAI) was merely a common platform, or coordinating center, for affinity groups, which often disagreed with the Peninsular or Regional Committees.

The action groups, during the era of pistolerismo (1917-1923), were formed as groups for the self-defense of the trade unionists and of the organization, because their only purpose, faced with the brutal terrorism of the state, and the militarization and financing of the gunmen of the Free Trade Union by the Catalan employers association, was to ensure the mere survival of the CNT militants, in order to prevent the disappearance of the CNT as a result of the assassination of its members and the resulting massive resignations of trade unionists.

Was there a revolution in 1936? Did the CNT’s pact with the Generalitat put an end to the possibility of revolution?

In July 1936, in Barcelona, there was a revolutionary situation. For the first time in history, however, a victorious insurrection of the revolutionary workers did not seize power, it left the apparatus of the bourgeois state intact. The CNT-FAI, which was the dominant working class organization in Barcelona and Catalonia, did not possess an adequate revolutionary theory and opted for collaboration with the other anti-fascist organizations and chose to participate in the governmental tasks of the autonomous government of the Generalitat. Its only goal was to win the war against fascism. Its leaders renounced the revolution at the very moment when the revolutionary neighborhood committees (in Barcelona) and local revolutionary committees (throughout Catalonia), the factory committees, the committees of the barricades, the supply committees and committees of all kinds, were expropriating the property of the bourgeoisie, the Church and the state, in the absence of any visible forces of public order (which were all biding their time, waiting for the counterrevolution).

Why were the barricades of July 1936 successful while those of May 1937, raised against the Stalinists, were not?

The difference between the insurrections of July 1936 and May 1937 resides in the fact that, in July, the revolutionaries were unarmed, but possessed a precise political goal—the defeat of the military uprising and of fascism—whereas in May, with arms and organization superior to what they possessed in July, they were politically disarmed. The working class masses would begin an insurrection against Stalinism and the bourgeois government of the Generalitat, with overwhelming popular support and with their organizations, and without their leaders, but they would prove to be incapable of pursuing the fight to the end without their organizations and against their own leaders. The barricades raised in July of 1936 were still standing months later, while those built in May of 1937 would disappear immediately, except for a few that the PSUC would allow to remain as a testimonial to its power and to its victory.

What was the cause of May 1937?

May 1937 was undoubtedly the consequence of the growing discontent with rising prices, food shortages, the internal struggles underway in the enterprises for the socialization of the economy and workers control, the escalation of the Generalitat’s efforts to disarm the rearguard and to obtain control over the forces of public order, etc., etc., and was above all the result of the necessary armed defeat of the proletariat, which required that the counterrevolution must finally put an end to the revolutionary threat to the bourgeois and republican institutions.

Who are the persons who are most responsible for distorting and falsifying the history of the Civil War?

It is not so important who distorted it, as the fact that it was distorted. Those who do the distorting are the same ones as always: neo-Stalinists, social democrats, liberals, Catalanists and neo-Francoists, that is, the sacred history of the bourgeoisie.

Can you provide us with an example of such distortion?

For instance, the confrontation between the CNT and the PSUC. This was a political conflict, in the Greek sense of the term, that is, a struggle between two different strategies with regard to the provisioning of the Barcelonian “polis”: that of the neighborhood committees, which placed the highest priority on the egalitarian, efficient and adequate distribution of bread and staple foods; and that of the PSUC, which sought to reinforce the power of the government of the Generalitat regardless of any other considerations. And this strategy of the PSUC required, above all else, the liquidation of the neighborhood committees and the imposition of the free market. The free market meant completely unrestricted prices, and favored the enrichment of the small shopkeepers, at the cost of the hunger of the population. The ideological and theoretical justification of the PSUC was that the free market, and unrestricted prices, favored the distribution on the market of products that would otherwise be hoarded. What actually took place was that the free market fostered the hoarding of food and speculation, resulting in higher prices. The theoretical free market would rapidly become a black market, and hunger soon spread among the workers.

The official prices of staple foods, which were acquired with a ration card, were only nominal, because the supplies were immediately exhausted and they could only be obtained on the black market. The statistics do not reflect this shortage of regulated staple foods. Nor do they reflect the prices on the black market, which only responded to the law of demand. Anxiety, hunger, waiting for hours in long lines, and the expeditions to the agricultural towns to get supplies of food by means of barter, coercion, looting or robbery became generalized for the entire population of Barcelona after the spring of 1937.

Beginning in February 1938, the provisioning of the city would be militarized; this militarization would be complete by August 1938, when three categories of rationing would be established: combatants, armed rearguard and civil population. The Stalinists and the bourgeoisie tried to defeat the revolutionaries by means of hunger.

Can you provide some names of those who have falsified our history?

Miquel Mir, of the junkyard school of history. Rather than a historian, he is a novelist and a deceiver who invents, manipulates and modifies documents. He is financed by the Cercle Eqüestre, a Catalan aristocratic association with profoundly Francoist convictions. His attempt to defame the anarchists failed and discredited the Catalan upper bourgeoisie, whose ancestors were so frightened by the anarchists in 1936. Pío Moa, César Alcala and others of the same ilk, from the neo-Francoist school.

They repeat the usual fallacies of the Francoists and the extreme right, for the purpose of justifying and praising the bloody massacres under the Dictatorship of the Galician Franco: Martín Ramos and a long etcetera of the neo-Stalinist school. They dominated most of the Catalan universities for many years. They dogmatically denied that a social revolution took place in Barcelona in 1936, going so far as to refuse to recognize it as a school of historiography. Today they reject the notorious name of Stalinists and prefer to consider themselves to be social democrats. They hate the anarchists and are the main proponents of the black legend of Catalan anarchism, whose adepts are depicted as bloodthirsty vampires … originated and propagated by the saintly founders of the PSUC and their predecessors (Max Rieger, Ehrenburg, Stepanov, Perucho) whose purpose was to transform advertising partners into forgers of reality, at the same time that they unleashed the repression against the CNT in the summer of 1937, which would cause the CNT to disappear in many areas and would fill the prisons with thousands of libertarian prisoners. They claim to be objective and scientific, but they are fiercely sectarian and the most effective defenders of the obsolete capitalist system and the corrupt democratic bourgeoisie. Their works are published in the journal L’Avenç (and by the publisher of the same name) and in El Viejo Topo. This list of university figures would omit a handful of notable exceptions: Izard, Muniesa, Pagès … and a few others.

From the neo-liberal school, there are prestigious historians like Viñas, or Catalans marginalized by their neo-Stalinist colleagues, like Ucelay Da Cal. They are more intelligent and less compromised than the neo-Francoists, and less dogmatic than the neo-Stalinists. They are destined to succeed and replace them, if only as a result of the generational decline of the now obsolete divide between Francoists and anti-Francoists.

One of the alternatives to collaborating with the Generalitat was the “Go for Everything” strategy, as it was called by García Oliver, which he defined as an anarchist dictatorship. Regarding this “Go for Everything” strategy; was it not a possible option for the revolution? Could it have put an end to the power of the ruling bourgeoisie?

At the CNT-FAI headquarters, which occupied the two buildings confiscated from the Employers Association and the Casa Cambó, the proposal of Companys that the CNT should participate in a Central Committee of Anti-fascist Militias was submitted for the formal approval of a Regional Plenum of Trade Unions, convoked by the Regional Committee of Catalonia.

After the introductory report read by Marianet, José Xena, representing the district of Baix Llobregat, proposed the withdrawal of the CNT delegates from the CCMA and a commitment to carry on with the revolution and establish libertarian communism. Juan García Oliver stood up following the debate and characterized the decision that had to be made as a choice between an “absurd” anarchist dictatorship and collaboration with the other anti-fascist forces in the Central Committee of Militias in order to continue the struggle against fascism.

In this way García Oliver, whether deliberately or not, rendered the confused and ambiguous choice of “Go for Everything” unviable. As opposed to an intransigent “anarchist dictatorship”, the defense presented by Federica Montseny of the principles of anarchism against all dictatorships would appear to be more logical, balanced and reasonable, reinforced by Abad de Santillán’s arguments about the perils of isolation and foreign intervention. A third position would emerge, advocated by Manuel Escorza, who proposed that the government of the Generalitat be used as an instrument of socialization and collectivization, which would then be dismantled when it ceased to be of use to the CNT.

The Plenum proved to be in favor of the collaboration of the CNT with the other anti-fascist forces on the Central Committee of Militias, and voted against the proposal of the representative from Baix Llobregat. The majority of those who attended the Plenum, including Durruti and Ortiz, remained silent, because they thought, like so many others, that the revolution had to be postponed until the problem of Saragossa was resolved, and fascism was defeated. A resolution was passed, without any more debate or philosophizing, to consolidate and institutionalize the Liaison Committee between the CNT and the Generalitat, which had been formed before July 19, and transform it, reinforce it and expand it into the CCMA which, by means of the anti-fascist unity of all its component parties and trade unions, would be responsible for imposing order on the rearguard and organizing and supplying the militias that had to fight the fascists in Aragon.

The authentically revolutionary alternative was not the “Go for Everything” of García Oliver, which was nothing but the seizure of power by a minority of anarchosyndicalist leaders, but the revolutionary committees that were in the streets, expropriating the factories, recruiting and equipping the militiamen, manning the barricades, running the city’s services, forming security patrols … and, in a word, replacing all the state functions and exercising all power, in practice.

Who is the revolutionary figure of 1936 for whom you hold the highest esteem? And why?

The revolutionary committees of the Barcelona neighborhoods, because they were the potential organs of power of the working class.

Can there be a revolution without violence?

For revolutionaries, the great lesson of the revolution of 1936 is the unavoidable necessity of destroying the state. Violence is not a question of will or ethics, but of the relation of forces between the classes in struggle.

Law and order can only be understood as institutionalized violence. Law and order is opposed to and confronted by revolutionary violence. The state defends the institutions of bourgeois society and possesses the monopoly of violence, which it exercises by way of the so-called forces of law and order, and this state of affairs appears to be the “normal condition” of capitalist society. Revolutionary violence, which shatters this monopoly, is presented as an exceptional, chaotic, arbitrary and abnormal phenomenon, that is, as an alteration of bourgeois law and order, and therefore as criminality.

The military uprising made it clear that violence was the solution to social and political conflicts. In a war conflicts are resolved by killing the enemy. The exceptional situation of institutional crisis and social revolution, provoked by the military uprising and the civil war, proved to be a fertile terrain for the multiplication of revolutionaries, slandered as “incontrolados”, who would execute justice on their own account.

In a situation characterized by the collapse of all institutions and a power vacuum, the revolutionary committees, and also some specialized investigative committees, would assume the job of judging and executing fascist enemies, and trying all those suspected of being enemies, priests, landowners, rightists, rich or disaffected. And the weapons they held in their hands were used to exercise this power and to carry out the “duty” of exterminating the enemy. Because it was time to deliver the death blow to fascism, and there was no alternative but to kill or be killed, because they were at war with the fascists. If no one ever blames a soldier for killing an enemy, why would anyone be blamed for killing an enemy by ambushing him in the rearguard? In a war, the enemy is killed for being an enemy: there is no other law, or any other kind of moral rule, or philosophy.

After the passage of many years, learned academics elaborate complicated elucidations and theories in explanation, but all the historical documents on the subject indicate that the militia was never “passive” when faced with a priest, an employer or a fascist, it applied a very simple rule: in a war, the enemy kills you, or you kill the enemy. Everyone from Federica Montseny, the Minister of Health, to Pasqual Fresquet, Captain of the Death Brigade; from Vidiella of the PSUC, Minister of Justice, to the PSUC group leader Àfrica de les Heras; from Joan Pau Fàbregas of the CNT, Minister of the Economy, to the most humble militiaman or member of the control patrols, all, absolutely all of them, argue with exactly the same reasoning.

Are violence and revolution inseparable?

Violence and power are the same thing. In eras of revolutionary violence, as long as there is more destruction (of the old order) than construction (of the new order), the revolutionaries cannot rule, and always encounter their executioners, anonymous or not. From the French Revolution to all the others. But when this violence, which emerged in connection with the revolutionary situation of July, and an atomized power, began to be subjected to regulation in October 1936 (in its new character as legitimate and/or legal violence of the “new” public order) by the new anti-fascist authorities, it ceased to be revolutionary, collective, popular, just, festive and spontaneous violence, because it was then transformed into a cruel phenomenon, alien and incomprehensible to the new counterrevolutionary, bourgeois, republican, centralized and monopolist order, which was established precisely for the purpose of controlling and extirpating the previous revolutionary situation.

Federica Montseny, at the rally in the Olympic stadium on July 21, 1937, would denounce the judicial harassment of CNT members, who were undergoing vicious persecution for the revolutionary events of July, because they did not consider it a crime or murder to have killed priests, military personnel, gunmen or rightists, solely because they were priests, etc. And this criterion was shared by the immense majority of anarchosyndicalists. In September, when this persecution would also affect the militants of the UGT, Vidiella (PSUC) would use arguments similar to those of Montseny.

What lessons can be learned from the experiences of the anarchosyndicalists and from the Revolution of ’36?

During the Civil War, the political project of statist anarchism, which constituted itself as an anti-fascist party, utilizing methods of class collaboration and government participation, bureaucratically organizing for the principal goal of winning the war against fascism, would fail miserably on every terrain; but the social movement of revolutionary anarchism, organized in revolutionary neighborhood committees, local committees, committees for workers control, defense committees, etc., would constitute the embryo of a workers power that would carry out feats of economic management, popular revolutionary initiative and proletarian autonomy that even today illuminate and anticipate a future that is radically different from capitalist barbarism, fascist horror or Stalinist slavery.

Even though this revolutionary anarchism, however, would finally fall victim to the systematic and coordinated repression directed at it by the state, the Stalinists and the superior committees, we have been bequeathed the example and the struggle of minorities, such as the Friends of Durruti, the Libertarian Youth and various anarchist groups in the Local Federation of Barcelona, whose examples allow us to engage in theoretical reflection on their experiences, learn from their errors and keep their struggle and their history alive. After the victorious insurrection of the workers and the defeat of the army, and after the forces of law and order refused to leave their barracks, the destruction of the state ceased to be an abstract futuristic utopia.

The destruction of the state by revolutionary committees was a very real and concrete task, in which these committees assumed all the roles that the state had exercised prior to July 1936.

Have you censored yourself or been censored?

Never. I prefer not to publish if subjected to censorship of any kind.

Tell us about the books you have published and intend to publish in the future.

Barricades in Barcelona is an attempt to explain how the ideology of anti-fascist unity was based on the abandonment by the superior committees of any revolutionary program, in the name of winning the war against fascism. This book was also published in a French edition. The CNT Defense Committees in Barcelona (1933-1938) is an introduction to the topic of the war and the revolution in Catalonia from the perspective of these clandestine institutions of a revolutionary army, which is what the defense committees became. This book has been published in an Italian edition.

The Revolution of the Committees (July-December 1936) is the first volume of a trilogy that will be followed by The War for Bread (December 1936-May 1937) and The Repression of the CNT (May-September 1937). These three books share a common subtitle: Hunger and Violence in Revolutionary Barcelona: From July to December 1936). The second and third volumes of the trilogy are awaiting publication. Each of these books may be read independently of the others, but it is obvious that they form part of the same work on the Spanish Revolution, in Catalonia, which allows the participants to speak for themselves, it is full of previously unpublished documents and basically addresses hunger and revolutionary violence, revealing and shedding light on how the Stalinists and the government of the Generalitat would defeat the revolutionaries by means of hunger and the restoration of the monopoly over violence in the Barcelona rearguard.

You are the director, historian, editor and distributor of the history journal, Balance. Could you provide us with a balance sheet for Balance?

Balance has been published since 1993. It is an attempt to rehabilitate “the damned” of the Civil War, who have on so many occasions been rejected, “forgotten”, “sanctified” or slandered by their own organizations and more generally by the bourgeois “sacred history”: Josep Rebull (left wing POUMista), the Friends of Durruti, Munis, Fosco, Mary Low, Benjamin Péret, Balius, Orwell, Nin, etc. It also deals with the Stalinist murderers: Gero (Pere), Stepanov, and their Spanish fellow travelers. Various issues of the journal, such as the one dedicated to the Friends of Durruti and others, have been translated and published in English, French, Italian, etc. Many of these articles can be consulted at the website of “La Bataille Socialiste”: http://bataillesocialiste.wordpress.

Where can your books and the journal, Balance, be purchased?

At the Barcelona bookstores Aldarull (Torrent de l’Olla, 72) and La Rosa de Foc (Joaquín Costa 34). In Madrid at La Malatesta (Jesús y Maria 24). On the internet, at the website: http://www.lamalatesta.net/product.

Tell us about your column in Catalunya, the “Militant’s Dictionary”, which can be found on the back of every issue.

It is an attempt to publicize the history of the workers, and the biographies of its militants, as well as the basic concepts of the workers movement: Seguí, Ascaso, direct action, the lockout, the unitary trade union, Stalinism, capitalism….

You are also an active member of l’Ateneu Enciclopèdic; what do you do in that group?

Archive, catalogue and classify old papers, like those of Abel Paz and others.

What is your assessment of the current state of the workers movement?

Struggle or death. Revolution or barbarism. The proletariat is not just the industrial working class, it is not just the active working population, it includes not only all the wage earners, but also the unemployed, the temporary workers, the retirees, and everyone who does not have reserves on which they can survive. At the present time we are witnessing a merciless attack by capital and the state on the living conditions of the proletariat. This attack can only be answered by class struggle. Without this struggle the proletariat will have no more perspective than the sixty million killed by the Second World War and the destruction of the greater part of world industry.

What is your opinion of today’s libertarian movement?

Amidst a hard reality, in these hopeless and drab times, we can feel the grass growing. The social, political and economic situation of this country, and not just this country, is explosive. The system has no solution to the crisis. There is no future for anyone. The only way out, the only realistic option, is struggle, either to destroy the state, which is the guarantor of the system’s perpetuation, or to dispute with capital and/or the state over wages and welfare, in which only a pitiless struggle can succeed.

What do you think of the divisions within anarchosyndicalism and the libertarian movement?

They should have the ability to act in unison, based on diversity and mutual respect, and emphasize what they have in common rather than what separates them. They should go forward together, strike in unison, build a house where they can all live together.

You are most sympathetic to the Friends of Durruti, the CNT members who were critical of the collaboration of the leaders of the CNT. What can we learn today from their ideas and their practice?

While the superior committees were meeting to subordinate everything to victory in the war against fascism, the neighborhood committees, in the streets, were still fighting for the program of a workers revolution.

The process of institutionalization initiated by those superior committees of the CNT-FAI would transform them into servants of the state, the worst enemies of which were the revolutionary neighborhood committees, as the Regional Committee would define them at the meeting of the superior committees of the libertarian movement held on November 25, 1936.

The institutionalization of the CNT would inevitably have important consequences for its organizational and ideological character. The entry of the most well-known militants into various levels of the state administration, from city councils to cabinet ministers of the republican government, and ministers of the Generalitat or new “revolutionary” institutions, would create new functions and needs that would have to be addressed by a limited number of militants in order to carry out the responsibilities of the posts to which they were appointed.

The functions of direction and power exercised by these superior committees would create a set of interests, methods and goals that were different from those of the confederal rank and file militants. This resulted in generalized demobilization and disillusionment among the affiliated organizations and rank and file militants, who were facing hunger and repression. It also led to the emergence of a revolutionary opposition, basically embodied in the Friends of Durruti, the Libertarian Youth of Catalonia, some anarchist groups from the Local Federation of the Affinity Groups of Barcelona, especially after May 1937, an opposition which had, however, already developed, in the summer of 1936, in the neighborhood and defense committees of the residential areas of Barcelona.

A new phenomenon would arise, closely watched and of great concern—the appearance, already in July 1936, of a Committee of Committees, a kind of highly concentrated executive committee composed of well-known leaders which, given the importance and urgency of the problems that had to be resolved, problems that could not possibly be addressed by way of slow horizontal and assembly-based processes and their long debates, replaced the organization with regard to decision-making.

This Committee of Committees, which the superior committees would convene in secret sessions, was publicly consolidated, in June 1937, under the name of the Political Advisory Commission (PAC), and one month later in the so-called Executive Committee of the Libertarian Movement. As a result, a clear dividing line was drawn between state anarchism and revolutionary anarchism.

Is there anything else you would like to say?

Existence precedes consciousness. Without theoretical reflection on the historical experiences of the proletariat, there can be no revolutionary theory or theoretical progress. There could be a time lag between theory and practice, of greater or lesser duration, in which the arms of critique are transformed into the criticism of arms. When a revolutionary movement makes its appearance in history it makes a clean break with all dead theories, and the long-awaited moment for revolutionary action arrives, which alone is worth more than any theoretical text, because it reveals the errors and insufficiencies of theory. This practical experience, lived collectively, levels useless barriers and transcends their clumsy limitations, which had been established during the long counterrevolutionary periods. Revolutionary theories prove their validity in the historical laboratory.

Class frontiers excavate a deep chasm between revolutionaries and reformists, between anti-capitalists and the defenders of capitalism. Those who wave the flag of nationalism, sentence the proletariat to disappearance or defend the eternal nature of Capital and the State are on the other side of the barricades, whether they call themselves anarchists or Marxists. The choice must be faced by revolutionaries, who seek to abolish all borders, tear down all flags, dissolve all armies and police forces, destroy all states; either make a clean break with every kind of totalitarianism and messianism by self-emancipatory and assembly-based practices, put an end to wage labor, surplus value and the exploitation of man throughout the entire world; put a stop to the threat of nuclear annihilation, defend natural resources for future generations … or become preservers of the established order, guardians and spokespersons for its owners, and defend capitalism and make excuses for it.

The proletariat is summoned to the class struggle by its own nature as a wage earning and exploited class, without any need for any kind of teaching; it engages in the struggle because it needs to survive. When the proletariat is constituted as a conscious revolutionary class, confronting the party of capital, it needs to assimilate the experiences of the class struggle, it must look for support in its historic conquests, both theoretical and practical, and overcome its inevitable mistakes, critically correct the errors it does make, reinforce its political positions by means of reflection on its shortcomings or omissions, and complete its program, in short, resolve the problems that were not resolved previously.

It is necessary to learn the lessons that history itself has provided. And this learning process can only take place in the practice of the class struggle of the different revolutionary affinity groups and the various organizations of the proletariat.

Guillamon

Irak: Soutenir les réfugiés qui fuient l’État islamique

19 août 2014 by

Traduit par Solidarité Irak.

La Fédération internationale des réfugiés irakiens travaille au Kurdistan d’Irak pour soutenir des milliers de réfugiés yézidis, chrétiens, arabes, kurdes et syriens dont les foyers sont attaqués par l’ « État islamique ».

Depuis un mois, nous avons fourni la nourriture et le logement à plus de 500 familles déplacées dans notre local de Souleymania.

L’ « État islamique ». est un mouvement barbare, fasciste, sans humanité. Il est responsable de meurtre de masse, il humilie les femmes, il est brutal et intolérant avec les autres sectes ou religions, il détruit la société civile. De partout, les gens fuient à la recherche d’un refuge.

Tout l’argent que vous enverrez ira directement pour soutenir ces gens. La Fédération internationale des réfugiés irakiens a besoin de vos dons pour continuer son travail. Nous avons besoin d’acheter plus de lait, de provisions et de vêtements pour les familles qui viennent chercher de l’aide dans notre local.

La Fédération internationale des réfugiés irakiens fonctionne grâce à des militants dévoués, sans salariés, avec de faibles moyens. Voici vingt ans que nous nous occupons des réfugiés et des personnes déplacées. Si vous pouvez nous soutenir, nous serons heureux de vous donner des détails sur la manière dont l’argent a été dépensé.

Pour envoyer vos dons :

Par virement bancaire
Nom du compte : International Federation of Iraqi Refugees (IFIR)
Numéro de compte : 21449591
Banque : HSBC
Sort code : 40-04-07

Ou par paypal
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ifir

Lettre à Monatte (Marie Guillot, 1914)

11 août 2014 by

Centenaire 1914-1918

Saint-Martin d’Auxy, 29 décembre 1914.

Cher ami,

Je reçois votre manifeste.

Je suis bien d’accord avec vous quant aux fautes commises par le Comité confédéral. La dernière est peut-être de toutes la plus formidable. — Est-ce que des révolutionnaires éclairés ne savent pas que la classe ouvrière, plus que toute autre, paye les frais de la casse; est-ce qu’il ne doivent pas comprendre qu’un pays comme l’Allemagne ne s’anéantit pas et que la guerre ne peut qu’exaspérer les défauts de son esprit public, si tant est que les Allemands soient plus aveugles que nous — : faire la révolution, libérer un peuple de la tyrannie — à coups de canon, c’est toute l’idéologie de 1793 qui reparaît là. On sait à quoi ça aboutit — Les Allemands sont bons pour se libérer eux-mêmes ; et la paix mettra de meilleurs armes en leurs mains que la guerre — Faisons donc notre travail qui est de développer nos organisations de lutte et laissons donc nos voisins faire le leur — On dit: ne pas abattre l’Allemagne, c’est lui laisser la possibilité de prendre une revanche — Admettons l’Allemagne abattue (pourra-t-elle l’être plus que la France en 70, et peut-on empêcher une nation qui a la volonté de vivre, de renaître de ses cendres) oui, admettons — les chances de guerre ne seront nullement diminuées, elles seront seulement déplacées: le centre sera à Petersbourg et Londres, au lieu d’être à Berlin et Vienne — Il y a encore de beaux jours pour le désordre capitaliste. Et le meilleur moyen et le plus rapide — malgré sa lenteur extrême, d’éviter les guerres, c’est de tuer la société capitaliste, c’est d’instaurer un régime de justice sociale où les rivalités économiques seront remplacées par des calculs économiques internationaux.

Quand je lis ce que l’Humanité fait digérer à ses lecteurs — mais, croyez-le, tous ne le digèrent pas, et les comptes se feront — j’en gémis sur la nouvelle mentalité socialiste — c’est le retour à la brutalité ancestrale: rossons-les et tuons-les pour leur porter la liberté — On se demande: est-ce démence, sottise, ou.. chauffe ?

Le devoir des organisations ouvrières était de tout mettre en œuvre pour préparer la paix: on y aura déjà assez de mal — Et nous ne devions pas décourager les neutres dans leur effort d’humanité et de clairvoyance ouvrière.

— Peut-être, un neutre dont on ne se préoccupe pas assez, le choléra, viendra-t-il mettre tout le monde d’accord. Et au printemps, peut-être verrons-nous se signer une paix du choléra, comme durent la signer Turcs et Bulgares — Mais voilà, nous pourrons compter nos pauvres gars.

Quant aux causes de la guerre et aux responsabilités, il est prématuré d’en parler: elles sont au fond d’ordre économique, je le sais — et chaque pays porte son fardeau — Tout sera tiré au clair après quelques années de paix — Et notre devoir sera d’en informer largement la classe ouvrière pour lui faire comprendre que, comme toujours, c’est elle le dindon de la farce, farce atrocement tragique.

La C.G.T. aura besoin d’une forte purge. Et il ne faut pas que Merrheim et les autres vous imitent; il faut à l’intérieur, de bons pilotes pour parer le mieux possible.

Votre démission, utile pour attirer l’attention des groupes — doit rester unique; il suffira aux autres camarades d’approuver vos raisons — du moins, c’est mon avis — Ne noyons pas tout, le travail de sauvetage serait impossible.

Mes amitiés à votre femme et à vous-même. A quand ce Conseil ? c’est l’épée de Damoclès qui ne se décide pas à tomber…

J’avais perdu votre adresse de la rue des Mignottes.

Cordialement.

Marie Guillot.

Marie Guillot

Voir aussi:

Cachin et les « alliés » (Modiano, 1936)

9 août 2014 by

Centenaire 1914-1918

Extrait de Quelques extraits de la vie des saints d’Hélène Modiano, partie de la brochure Union sacrée 1914-193.. (Spartacus, 1936).

Le 2 août 1914, Cachin parle à la grande réunion de la Fédération de la Seine à Wagram. L’Humanité rapporte ainsi son intervention:

« En termes qui déchaînent un tumulte d’enthousiasme, il montre Jaurès signalant aux ministres l’abîme ouvert où les a entraînés, et depuis peu avec plus de force que jamais, la plus aveugle politique européenne. Il faut accomplir maintenant, comme l’a proclamé Jaurès, tout notre devoir envers la patrie, mais comme des hommes conscients et libres, amis de l’univers tout entier. Nous promettons, conclut solennellement Cachin, de faire à la fois tous nos devoirs de Français et de socialistes fidèles à l’Internationale. » Ainsi Jaurès n’est pas encore enterré, et déjà on ose utiliser son cadavre. De l’aveu même de Cachin, Jaurès a vu clairement, « Sans sa dernière démarche, la politique aveugle, ou trop clairvoyante, des dirigeants français. Il se préparait à le dire, à dénoncer toutes les responsabilités, quand il fut assassiné, , par une coïncidence étrange… Le devoir envers la patrie, pour Jaurès, consistait peut-être dans la proclamation de la grève générale au dernier moment, pour faire reculer le gouvernement, et, par son intermédiaire, la Russie. Quinze jours plus tôt, moins bien informé, il préconisait cette solution , et Jaurès n’était pas Jouhaux… Personne n’avait le droit d’affirmer, le 2 août 1914, que Jaurès aurait convié le peuple français à se rendre, en rangs serrés, à l’abattoir « comme des hommes conscients et libres », ni à se montrer « amis « des hommes de l’univers entier » à coups de grenades et de mitraille. Jaurès n’aimait pas le peuple français de la même façon que Saturne aimait ses enfants (en les dévorant), ni le peuple allemand comme la Sainte Inquisition ses victimes (en les torturant pour sauver leur âme)…

Chacun fait la guerre comme il peut et où il peut. Cachin, qui n’a pas de vocation pour la vie des « hommes conscients et libres » dans les tranchées, estime (à juste titre !) qu’il sera plus utile dans la diplomatie. En qualité de « socialiste fidèle à l’Internationale », il serait bien aise qu’aucune section de l’Internationale ne reste  à l’abri de la catastrophe. Il désire que toutes celles qui sont restées neutres viennent au secours de l’impérialisme français. Il devient le grand spécialiste de l’entrée en guerre de l’Italie. Celle-ci est à vendre. Les dirigeants sont tout prêts à faire la guerre, mais ils ne savent pas encore avec qui. Cela dépend du prix qu’on y mettra. On assiste alors à ce spectacle : Südekum, député au Reichstag, vient à Rome, comme chargé de mission du gouvernement allemand, pour remplir à la fois son « devoir d’Allemand » et son devoir de « socialiste fidèle à l’Internationale », en achetant le concours de l’Italie. Cachin, député, vient à Rome, comme chargé de mission du gouvernement français, pour remplir à la fois son « devoir de Français » et son devoir de « socialiste fidèle à l’Internationale », en achetant le concours de l’Italie. Et vive l’internationalisme prolétarien ! Qu’en pensent les socialistes italiens ? Réunis en conférence le 19 octobre à Bologne, ils considèrent que la guerre est un conflit des impérialismes rivaux et se prononcent pour la neutralité  absolue. Seul, Mussolini se prononce pour « une neutralité active et opérante »! « Il est impossible pour les socialistes, dit-il, de rester spectateurs de ce drame grandiose et tragique ! » Que Mussolini l’ait pensé, et l’ait dit, il  n’y a rien là qui puisse nous étonner aujourd’hui, de la part du bourreau sanglant du peuple italien et du peuple éthiopien. Mais que Cachin ait été enthousiasmé par ce délire belliciste, voilà qui doit nous donner à réfléchir. Il entre aussitôt en contact avec Mussolini. Il lui apporte le concours financier du gouvernement français. Mussolini quitte la rédaction de l’Avanti, journal officiel du parti italien, et fonde, le 15 novembre, le Popolo d’Italia, annoncé partout comme un « nouveau journal socialiste contre la neutralité ». Dans la conclusion d’un de ses premiers articles, il lance un nouveau cri de ralliement : « Le cri est un mot que je n’aurais jamais prononcé en temps normaux, mais qu’au contraire je lance aujourd’hui d’une voix forte, d’une voix claire, sans réticences, avec une foi absolue : un mot terrible et fascinateur: GUERRA !»

Et Cachin, dans l’Humanité, savoure le triomphe de sa diplomatie:

« Dans la section italienne de l’Internationale elle-même, voici Mussolini qui, dans le Popolo d’Italia, aujourd’hui à son quarantième numéro et qui a là-bas le plus vif succès, rappelle avec éclat que « la Révolution, c’est une idée qui a trouvé des baïonnettes ». NOUS ENREGISTRONS AVEC JOIE CES SYMPTÔMES NOMBREUX ET CONCORDANTS.»

La joie de Cachin! Il est heureux. Il a réussi à faire entrer dans le jeu de la mort des centaines et des centaines de milliers d’hommes qui auraient pu rester à l’écart, et travailler à la reprise des relations internationales, au rétablissement de la paix, à la Révolution mondiale. Il est heureux. Et puis, quelle tête doit faire Südekum !

Cachin écrit encore:

« Nul ne peut plus douter aujourd’hui des intentions de l’Italie. Elle va participer au conflit et il n’y a pas un habitant de la Péninsule qui n’en soit convaincu à cette heure. CE N’EST PAS QU’ON Y MONTRE PARTOUT UN GRAND ENTHOUSIASME ; mais qui oserait reprocher à un pays de ne pas se jeter dans l’aventure redoutable sans en prévoir les conséquences ? (!!!) Pour être juste, disons que L’IMMENSE MAJORITÉ DES ITALIENS NE VEUT PAS LA GUERRE ; mais chacun sent que les événements sont plus forts que les volontés et qu’on y est entraîné malgré soi, sans que la résistance soit possible ». (Cachin, l’Humanité du 27 avril 1915.)

« L’IMMENSE MAJORITÉ DES ITALIENS NE VEUT PAS DE LA GUERRE » ! Et cependant, Cachin n’hésite pas à les y précipiter, dans « l’intérêt national » d’un pays qui n’est pas le leur. Voilà qui éclaire peut-être la situation présente, et le peu de cas que ferait Cachin des sentiments pacifiques du peuple français, pour peu que la diplomatie soviétique voie d’un bon œil une conflagration à l’ouest de l’Europe…

Cachin continue à s’employer pour la défense nationale. Il s’engage… à faire partie d’une équipe de conférenciers nationaux dans laquelle figure Léon Daudet ! C’est déjà l’époque de la main tendue… Plus tard encore, il ira en mission en Russie, pour y encourager la lutte "jusqu’au bout"… Dans Strasbourg reconquise, il versera les larmes de joie que l’on sait. Ce jour-là, il est récompensé de quatre ans de luttes désintéressées, passées dans la peine et la souffrance… des autres. Puis, il deviendra défaitiste révolutionnaire (après la guerre…). Et puis encore, il reviendra à ses premières amours, et expliquera aux prolétaires que si la guerre devait surgir, au moins leurs souffrances ne seraient pas vaines, « cette guerre servirait à abattre le fascisme hitlérien, c’est-à-dire le militarisme germanique, et serait ainsi… la dernière des guerres. Et maintenant, votons les crédits militaires, et préparons le Front français !!!

Encore un mot sur l’Italie: Jouhaux mena, côté syndicats, la même action que Cachin, côté socialiste…

Manifeste des instituteurs syndicalistes (juin 1915)

9 août 2014 by

Centenaire 1914-1918

Texte préparé par Marie Mayoux qui le présente à la réunion de Tours du 13 juin 1915, imprimé à Saumur (daté du 1er juillet 1915), rejeté par le conseil fédéral de l’enseignement. Cité dans Trente ans de combats (L. Bouët) et Le syndicalisme dans l’enseignement (t. II).

Instituteurs syndiqués et syndicalistes, en août 1914, parce que nous avons reconnu, comme ceux des nôtres qui ont répondu "présents" à l’appel de la Patrie, la brutale nécessité d’une défense rapide et efficace contre l’envahisseur; nous n’avons pas parlé depuis, malgré le deuil de nos cœurs au long du douloureux calvaire gravi par l’Europe cet hiver, parce que nos sympathies, acquise à toutes les victimes de l’innommable tuerie, allaient d’abord et tout droit à l’héroïque Belgique, à notre France meurtrie.

Mais aujourd’hui, le constant échec de l’offensive allemande sur tout le front occidental, l’entrée en ligne de l’Italie, nouvelle et précieuse alliée, nous créent l’impérieux devoir de crier: "Assez de sang versé". Notre conviction intime et profonde est qu’à l’heure actuelle une proposition de paix pourrait humainement être faite par n’importe lequel des adversaires mais que ce geste honorerait grandement les Alliés.

Sans entrer dans les détails de la question, l’intérêt d’une paix prochaine nous apparaît comme évident. L’humanité et le patriotisme sont ici d’accord. Des milliers de jeunes hommes seront ainsi sauvés et, pour nous, éducateurs, qui entourons l’enfant de nos soins constants, qui savons combien est lente et difficile la formation de la personnalité, qui, par suite, avons le respect de la vie humaine, pour nous comme pour toutes les mères, cette raison est capitale. D’autre part, l’anéantissement de l’Allemagne est une proposition enfantine; il doit suffire que la monstruosité et la vanité du rêve pangermaniste de domination universelle soient démontrées. Au peuple allemand – à qui nous tendons une main fraternelle – de faire son œuvre. En se débarrassant de ses hideux tyrans, il hâtera l’établissement inévitable des États-Unis d’Europe.

Car cette guerre ne signifie rien, si elle n’est pas une révolte consciente d’hommes libres contre le militarisme barbare.

La France se doit de compléter son geste de défense par l’offre spontanée de mettre fin à la boucherie. ce sera son honneur éternel devant l’histoire.

%Mais, diront certains, si la guerre se termine sans résultats décisifs, elle recommencera dans quelques années. Nous ne le pensons pas. L’écrasement de l’un de deux adversaires, faisant germer l’esprit de revanche, une nouvelle lutte se préparera. La guerre se terminant, au contraire, sans succès décisif de part et d’autre, malgré les sacrifices consentis, quel est le parti militariste qui osera préconiser à nouveau des armements à outrance ?

Et qu’on ne se méprenne pas sur nos intentions. Après la terrible épreuve, nous demeurons ce que nous étions hier. A ceux qui, nous comprenant mal ou pas du tout, nous jetteraient comme une injure l’épithète de "mauvais Français", nous répondrions par une phrase, et un nom: "Si être patriote c’est vouloir une France toujours plus prospère, mais aussi toujours plus humaine et plus juste, eh bien! nous sommes résolument patriotes". Voilà la phrase, elle est extraite de notre Manifeste de 1912. Et voici le nom, c’est celui de l’instituteur qui dirigeait avec entrain et bonne humeur notre mouvement d’alors et qui, l’année dernière, est mort au champ de bataille, après avoir été promu caporal et cité à l’ordre du jour: Chalopin!

La guerre est l’accident.La paix seule est normale. Il faudra tôt ou tard parler de paix. Nous demandons donc au gouvernement de proposer un armistice à tous les belligérants et d’autoriser la discussion des bases sur lesquelles la paix pourrait être réalisée.

Nous estimons que ces bases doivent être:

1. Liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes.

2. Désarmement général par l’arbitrage obligatoire.

En réclamant pour le peuple qui lutte si unanimement ce droit de discussion, nous restons dans notre tradition républicaine et révolutionnaire.

Notre intervention sera, nous l’espérons, comprise et soutenue par tous ceux qui, en France, et ailleurs sont partisans de la paix, de la lumière et de la liberté.

Nous avons voulu par ce geste, répondre selon nos moyens à la bravoure et à la confiance des nôtres qui, depuis onze mois, nous donnent le plus sublime des exemples en faisant, eux pacifistes, la guerre pour avoir la paix.

30ans

Voir aussi:

Lettre à Edouard Vaillant (Nicod, 1914)

7 août 2014 by

Centenaire 1914-1918

Lettre publiée dans l’Eclaireur de l’Ain du 4 octobre 1914, citée dans Le mouvement ouvrier pendant la guerre d’Alfred Rosmer. René Nicod est secrétaire fédéral SFIO de l’Ain depuis 1912. Dans Pierre Brizon: pacifiste, député socialiste de l’Allier, pèlerin de Kienthal, Pierre Roy précise: « Nicod participa à la conférence nationale du parti socialiste le 7 février 1915 et y exposa son point de vue (que l’Humanité réduisit à presque rien) mais à son retour chez lui il trouva un ordre de mobilisation et une mise en jugement qui devait le conduire en conseil de guerre… ». René Nicod devait perdre l’usage de sa main gauche à la guerre.

J’ai lu dans l’Humanité de mardi, sous votre signature, la phrase suivante, qui n’a pas manqué de m’inquiéter:

 « Et quand l’invitation nous est venue comme tout récemment encore, de rencontrer à l’étranger des délégués socialistes de divers pays, nous nous y sommes refusés. »

Qu’est-ce à dire ? Cette invitation à laquelle vous faites une claire allusion a-t-elle été faite individuellement à un membre du Parti, qui avait le droit, personnellement, de refuser ou d’accepter la discussion ?

Ou bien a-t-elle été faite au Parti lui-même, qui n’avait pas alors le droit de refuser avant d’avoir consulté les organismes qui forment sa constitution ?

Eh quoi ! nous refuserions de nous rencontrer avec les socialistes des autres sections de l’Internationale, de la section allemande surtout, à l’heure surprême et tragique où, plus que jamais, nous devons maintenir l’union de l’Internationale au-dessus du charnier européen.

Nous restons la seule force de paix, l’unique salut de l’espérance humaine et nous allons bénévolement, d’un geste impie, éteindre la seule lumière qui répand quelque clarté dans les ténèbres profondes de la guerre ! Quel souffle mauvais a donc passé sur notre pays et semble avoir fait pâlir les intelligences les plus vives ?

Camarade Vaillant, il faut vous ressaisir ! Il faut éviter à notre Parti l’aventure la plus mortelle: l’abandon de notre idéal de fraternité humaine. L’Internationale tout entière attend de nous une attitude qui soit digne de notre vieille tradition révolutionnaire.

Qui sait si les socialistes allemands eux-mêmes, du fond de leur coeur et de leur conscience meurtris par l’impérialisme prussien, n’attendent pas de nous, de notre générosité latine, de notre clairvoyance socialiste, de notre respect de la tradition révolutionnaire, le geste de salut qui sera comme le signe avant-coureur de la paix prochaine.

J’ose dire qu’en ce moment nous nous écartons du droit chemin, nous oublions notre devoir socialiste.

Au lendemain de l’assassinat de Jaurès, Sembat disait que, dans les moments difficiles, notre recette sera celle-ci: qu’en penserait Jaurès et que ferait-il s’il était là ?

S’il était là, hélas! ce grand socialiste lutterait pour la paix, malgré la tourmente. Il entrerait en relations avec les socialistes allemands, il essaierait, de ses larges épaules, de soulever la pierre du tombeau où gît inanimée l’Europe du travail, de la science et de la vie.

Il le ferait crânement, simplement, en dépit des clameurs des honteux ou des pusillanimes, sans souci des criailleries des polémistes étourdis qui prétendent que la paix ne doit se traiter qu’à Berlin – formule dangereuse et grosse de périls.

Camarade Vaillant, pour l’honneur de notre Parti, pour l’honneur de l’Internationale, par respect pour la mémoire de celui dont le nom figure toujours dans la manchette de notre journal – baptisé du beau nom d’Humanité – il faut faire les suprêmes efforts en faveur de la paix, il faut parler avec les socialistes allemands.

Préface à "Heures maudites, journal de route d’un soldat de la guerre 1914-1915"

6 août 2014 by

Centenaire 1914-1918

 [Antoine Guasson (1889-1969) a une notice dans le Maitron. Il est aussi l'auteur de Sourires mêlés de larmes de ma Corrèze : 1941-1944 (1955).]

Il y a quelques temps de cela, j’apprenais qu’un ancien combattant corrézien, A. Guasson, avait consigné dans un journal de route ses impressions de guerre dont la lecture impressionnait vivement ceux qui avaient le privilège de les connaître.

M’étant procuré le mansucrit, j’éprouvai en le lisant une émotion intense. Je n’avais, sur la guerre, jamais rien lu d’aussi poignant que ces pages où l’auteur, un ouvrier ajusteur, retrace avec une simplicité de ton, une sobriété d’expression peut-être inagalées, les misères, les souffrances, l’épuisement des premières victimes du drame.

La guerre avait donc trouvé une voix humaine, une voix ouvrière, pour crier ses horreurs. Et mon émotion se doublait d’une joie immense à l’idée que ce fidèle tableau du carnage nous donnait une arme de plus pour lutter contre la guerre.

A. Guasson est né à Tulle en 1889. Fils d’ouvriers, il prit contact à l’âge de treize ans avec l’usine. C’est donc, dans toute la force du terme, un manuel.

Dans ces pages, où l’on chercherait en vain le moindre effet littéraire, A. Chausson dit ce qu’il a vu de ses yeux et sentit de sa chair.

Vision échirante en même temps qu’écho lancinant de la souffrance de millions d’hommes sacrifiés qui, pourtant, "ne demandaient qu’à vivre, à conserver leur force et leur jeunesse", le "Journal de route" de A. Guasson nous fait toucher du doigt l’atroce réalité de la guerre.

Et son témoignage, toujours objectif, a une valeur historique inestimable.

Marcel BODY.

heuresmaudites

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Rosa Luxemburg le 4 août 1914

4 août 2014 by

Centenaire 1914-1918

Il y a exactement un siècle, le 4 août 1914, les députés du SPD votaient les crédits de guerre. Extrait de La Vie et l’oeuvre de Rosa Luxemburg (J.P. Nettl).

La première tâche était d’affirmer son désaccord avec le groupe parlementaire, aussi bien pour « les masses à l’intérieur du pays » que pour les camarades étrangers. Rosa réunit immédiatement ses amis les plus proches dans son appartement le soir même du 4 août, dès que la nouvelle du vote fut connue. Il y avait là Mehring, Marchlewski, qui, en tant qu’étranger, était surveillé par la police, Ernst Meyer, Hermann Duncker, sa soeur Käte et Wilhelm Pieck. Rosa envoya trois cents télégrammes à des fonctionnaires locaux qu’elle pensait être dans l’opposition, leur demandant de prendre position sur l’attitude du groupe parlementaire et les invitant à venir à Berlin de toute urgence pour se consulter. « Le résultat fut catastrophique: Clara Zetkin fut la seule à répondre immédiatement qu’elle donnait sans réserve son approbation. Les autres — ceux qui se donnèrent le mal de répondre — usèrent de faux-fuyants stupides et paresseux. [*]» La première prise de position publique critiquant la position officielle du SPD parut en septembre 1914 sous la forme d’une déclaration disant qu’il y avait une opposition en Allemagne. Rien de plus, rien de moins.

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[*] Die Revolution, Berlin, 1924, N°2. C’est le meilleur compte rendu de la réunion et des décisions prises. Ce numéro de Die Revolution célébrait le dixième anniversaire de la création de la Ligue spartakiste. L’article est anonyme, mais peut probablement être attribué à Eberlein qui était l’homme de confiance de la direction radicale, dans la mesure où il était un personnage relativement obscur et donc non fiché dans le SPD (voir Briefe an Freunde, p. 137, lettre à Marta Rosenbaum, datée du 5 janvier 1915). Voir aussi Ernst MEYER, Spartakus im Kriege, Berlin, 1928, p. 6.

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