Rosa Luxemburg contre la guerre

19 octobre 2014 by

A l’invitation des camarades de Critique sociale, Eric Sevault, du collectif Smolny, est venu présenter le tome IV des Oeuvres complètes de Rosa Luxemburg comportant La Crise de la social-démocratie (« brochure de Junius ») écrite en prison en 1915 et des inédits du groupe Die Internationale. C’était l’occasion, devant la cinquantaine de personnes venues, d’expliquer en quoi 1914 a bouleversé plus que toute autre date l’histoire du mouvement ouvrier (trahison de l’internationalisme et faillite de l’Internationale, massacre physique à une échelle sans précédent de prolétaires formés, éduqués par des décennies de travail, etc.). Le livre sera dans le commerce dans quelques jours, nous en reparlerons.

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Remarques annexes:

Ni patrie ni frontières N°46-47

17 octobre 2014 by

Ni patrie ni frontières N°46-47
Increvables négationnistes !

Pour celles et ceux qui reprochent parfois à la revue NPNF son côté compilation de textes variés, Yves Coleman offre dans ce numéro double un long texte, développé chronologiquement, sur le négationnisme de gauche et d’extrême gauche en France, qui fait froid dans le dos. On y trouve le parcours de Paul Rassinier, militant à la SFIO (exclu en 1951) puis à la Fédération anarchiste (de 1954 à 1963) et collaborateur de l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol sous le pseudonyme de Bermont, un Rassinier dont la nocivité est totalement sous-estimée en 1950 par des camarades comme Maurice Dommanget ou André Prudhommeaux. Même dans un milieu restreint soumis à la pression hostile, et donc porté à la solidarité entre ses membres, comme l’extrême gauche anti-stalinienne des années 50, il fallait être plus vigilant. Pas divinatoire sur l’évolution ultérieure d’un personnage, mais être plus attentif à ce qu’il écrivait déjà. Être vigilant est une nécessité. Il n’y a plus aucune excuse à ne pas l’être encore davantage aujourd’hui. D’ailleurs, l’antisémitisme d’aujourd’hui ne prend plus la peine d’être aussi sournois qu’aux lendemains de la Seconde Guerre mondiale, il ne risque probablement plus guère d’être toléré à gauche lorsqu’il remet en cause l’existence des chambres à gaz, mais il est partout présent, voire affiché, revendiqué : dans les manifs, les sites complotistes et pseudo-anti-impérialistes (et pas seulement ceux d’entre eux ouvertement soraliens), les spectacles, etc. Face à cela, nous sommes souvent dans une banalisation à l’opposé de la vigilance. Par exemple, quand il y a trois ans je mettais en garde des camarades à propos d’un Étienne Chouard qui avait notamment déclaré « je ne considère pas l’antisémitisme comme un crime en soi » , je me retrouvais taxé par l’un d’eux de diffamation et d’inquisition car ce personnage avait été « croisé dans les luttes anticapitalistes », et j’étais invité par un autre à ne pas semer la discorde … La contribution d’Yves Coleman, qui travaille depuis plusieurs années sur l’antisémitisme à gauche et les convergences rouges-brunes, participe à l’effort nécessaire de clarification, a fortiori en milieu militant.

S.J.

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« Celui qui nie la réalité d’Auschwitz est celui-là même qui serait prêt à recommencer. » (Primo Levi)

 

Ni patrie ni frontières N° 44-45

12 octobre 2014 by

Nos tares politiques, tome 2, Antisémitisme de gauche et relativisme, Ni patrie ni frontières n° 44-45, septembre 2014

« Je ne suis ni juif ni sioniste, mais ce n’est certainement pas un crime que d’être l’un ou l’autre. » (Paul Merker, membre du BP du KPD)

Ce deuxième volume de « Nos tares politiques » – il y en aura finalement quatre tant la matière est riche, hélas ! – continue les analyses présentées dans le numéro précédent de Ni patrie ni frontières (n° 42-43). Nous ne reprenons pas ici l’introduction à ces quatre numéros qui se trouve dans le tome 1.

Ce numéro est consacré à l’antisémitisme de gauche, thème que nous avons déjà abordé dans de nombreux articles de notre revue depuis 2002. Malheureusement, l’extrême gauche et le mouvement libertaire non seulement n’apprennent rien de leurs erreurs, de leurs déviations et de ce que nous appelons leurs tares (qui sont aussi les « nôtres » pour ceux d’entre nous qui baignent ou ont baigné dans ce milieu pendant des années), mais chaque affrontement entre Israël et le Hamas (ou le Djihad islamique), chaque bombardement meurtrier de l’Etat d’Israël, chaque crime de guerre israélien, chaque « assassinat ciblé » mis au point par Tsahal (ou le Mossad), chaque incident violent, meurtre ou attentat antisémite en France (enlèvement, torture et assassinat d’Ilan Halimi en 2006 ; meurtres antisémites commis par Mohamed Merah en 2012 ; attaques contre des synagogues et des magasins juifs en juillet 2014 à Paris et Sarcelles) montre, par ricochet, que la plupart des groupes anarchistes, trotskystes et « ultragauches », pour ne même pas parler des altermondialistes ou du Parti de Gauche, ne comprennent rien à l’antisémitisme.

Plus exactement ils ne veulent rien y comprendre. Nous consacrons donc ce deuxième numéro de la série « Nos tares politiques » entièrement à l’antisémitisme de gauche.

Conformément à nos habitudes, nous avons inclus de nombreux textes qui nous semblent dignes d’être publiés pour nourrir la réflexion et les débats, même si les auteurs de ces articles ne font pas partie des mêmes groupes et ne s’apprécient guère. Et même si nous en sommes en désaccord avec un certain nombre d’entre eux. Nous avons donc utilisé les sites de la CNT-AIT et de sa revue Anarchosyndicalisme !, de la Fédération anarchiste et de son hebdomadaire Le Monde libertaire, de Non Fides, des Luftmenschen, d’A contretemps, de Rebellyon, d’anarkismo, de Memorial 98, de progressisme.info, de brasiers et cerisiers, de Bordeaux Bordel, de Temps critiques, de l’Initiative communiste ouvrière et d’Opération Poulpe.

Nous sommes à peu près sûrs que ces militants de différentes tendances s’adressent rarement la parole et surtout nous savons avec certitude qu’ils ne discutent jamais publiquement par écrit, sinon notre revue n’aurait aucune raison d’être – ce qui serait un grand progrès !

En ce sens, Ni patrie ni frontières a au moins l’utilité de faire dialoguer les textes de ces différents courants entre eux, puisque les militants (et souvent les « dirigeants » de ces petits groupes) n’y voient aucun intérêt.

Pour notre part, nous restons persuadés qu’au-delà des différentes langues (souvent « de bois ») employées par les militants de ces courants politiques, il existe certaines convergences utiles au combat de tous contre nos principales tares. Et aussi, bien sûr, certaines divergences qu’il faut approfondir dans l’intérêt de la clarification théorique.

Ni patrie ni frontières, août 2014

P.S. : Ce numéro contient sans doute certaines répétitions dans les articles signés Y.C., puisque les textes présentés ici ont été écrits et postés sur le Net à des époques différentes. J’ai essayé, dans la mesure du possible, de supprimer les redites, mais il en reste forcément quelques-unes. Par avance, toutes mes excuses.

Nécessaire retour en arrière :

  • Des manifs contre la guerre en Irak de 2003 aux attaques de synagogues et de magasins juifs en 2014 3
  • Anatomie d’une agression 6
  • (Réné Monzat, Ras l’Front, avril-mai 2003) 7
  • Lettre ouverte à la CNT Vignoles (29 mars 2003) 10
  • Réponse d’un membre du Bureau confédéral et d’une nouvelle lettre 11
  • Plus fort que Spiderman et Batman réunis 12
  • Quelques précisions d’Eric Krebbers à propos de « Dix conseils… » 14
  • Dix conseils pour éviter les pièges antisémites et isoler les racistes (Eric Krebbers et Jan Tas) 15
  • Pourquoi le KPD et le SPD furent-ils si désemparés face à l’antisémitisme nazi ? 19
  • Kautsky et les Juifs 36
  • Le sionisme, l’antisémitisme et la gauche interview de Moishe Postone 38
  • Moishe Postone : Un autre automne allemand 46
  • Mise au point sur la question du “révisionnisme” (Jacques Wajnsztejn) 51
  • De la question antisémite (Bodo Schulze) 56
  • Ramadan avec Dieudonné et Soral : vers l’antisémitisme ? (Memorial 98) 63
  • Dieudonné : l’antisémitisme, l’affaire du siècle pour gagner sa place au soleil (Opération Poulpe) 67
  • Vergès, un salaud baveux (Luftmenschen) 74
  • La Dieudosphère, bien plus vaste qu’elle n’en a l’air (Luftmenschen) 76
  • Médine et Dieudonné (Brasiers et cerisiers) 85
  • Tariq Ramadan : pourquoi sa bigoterie a un arrière-goût de quenelle 87
  • L’antisionisme franchit le mur du Çon 92
  • BDS, Carrefour et le « je vous laisse deviner »…. de France Palestine 94
  • Antisionisme : halte à la récupération de l’extrême droite (Opération Poulpe) 98
  • De l’Affaire Dreyfus à l’incident Yardeni : la haine des bourgeois juifs (et beaucoup moins des autres), une vieille tradition de gauche 101
  • Selon l’OCL, le CRIF serait une puissance occulte qui commanderait les 91 conseillers de la communauté Est-Ensemble de l’Ile-de-France 106
  • Les « antisionistes » sont, eux eux aussi, victimes du « mal de mer » ! 109
  • Sur les sources de l’antisémitisme de gauche 113
  • L’argent, les banques, le complot (« sioniste ») : un anticapitalisme de façade à vertu fédératrice (Jacques Wajnsztejn) 130
  • Nicolas Bourgoin, « propalestinien », « anti-impérialiste », « antisioniste de gauche » et surtout docteur en falsification 131
  • Confusion « antisioniste » et opportunisme d’extrême gauche 134
  • Mme Bouteldja falsifie CLR James au service d’un « antisémitisme progressif »… imaginaire ! 141
  • Quelques précisions sur le contexte des rapports entre Juifs et Noirs américains 144
  • Pourquoi il faut lutter contre l’antisémitisme au sein des manifestations en faveur de Gaza 146
  • De Badiou, philosophe mao-banal, à sa calamiteuse alliée, Cécile Winter, à propos d’Israël-Palestine, 150
  • Critique de l’anti-impérialisme et critique de l’antisionisme (Initiative communiste-ouvrière) 155

Quelques points de vue anarchistes récents sur l’antisémitisme 161

  • Pourquoi nous ne les soutiendrons jamais (Non Fides), 163
  • Le théorème parfait de la guerre civile (Non Fides), 167
  • Avec les opprimés toujours ! Avec les antisémites et les confusionnistes jamais ! (Antifascistes Anarchistes Autonomes) 169
  • Antisémitisme, antisionisme et révolution (Pierre Liebrecht)172
  • La Shoah (Pierre Sommermeyer) 177
  • Questionnements sur et autour d’un ouvrage (Pierre Sommermeyer) 181
  • Le conspirationnisme : danger et impasse d’une critique sociale (IAL) 193
  • Les pièges antisémites (Bali, Fédération anarchiste) 209
  • Lettre ouverte aux manifestants « pro-palestiniens » (Non Fides) 212
  • Contre l’antisémitisme, autodéfense antifasciste et luttes populaires (CGA) 215
  • Comité Action Palestine : une asso pro Hamas aux relents antisémites (Bordeaux bordel) 220

couverture n° 44-45

contact: yvescoleman@wanadoo.fr

Non à l’expulsion d’un militant iranien

11 octobre 2014 by

Comme en 2011, Saïd N., communiste iranien réfugié à Lyon, a besoin de notre soutien.

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Irak: des résistances populaires contre l’ « État islamique »

7 octobre 2014 by

Samedi 11 octobre à 16h à la librairie l’Insoumise (Lille), avec Nicolas Dessaux (Solidarité Irak).

« Parti de Syrie, l’ « État islamique » a étendu son champ de bataille en Irak. Une nouvelle coalition militaire se constitue autour des États-Unis pour le stopper. La région toute entière se transforme en champ de bataille où se jouent ambitions pétrolières, génocides, fondamentalismes, nationalismes, espoirs de libération.

Au milieu de ce chaos, comment soutenir celles et ceux qui n’ont pas abdiqué leur volonté de défendre l’égalité hommes-femmes, le mouvement ouvrier et syndical, les idées révolutionnaires ?« 

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Echanges N°148

7 octobre 2014 by

Le dernier numéro de la revue Echanges vient de sortir. 3 euros le numéro, disponible dans une quinzaine de librairies ou auprès de echanges.mouvement@laposte.net, BP 241 75866 Paris Cedex18. Abonnement 15 euros pour 4 numéros comprenant les brochures publiées dans l’année.

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Débat sur Rosa Luxemburg (Paris, 18 octobre)

3 octobre 2014 by

Le samedi 18 octobre 2014, à 16h, débat sur Rosa Luxemburg au CICP, 21ter rue Voltaire, Paris 11e, métro ligne 9, station Rue des Boulets.

Présentation par Eric Sevault (du collectif Smolny) du tome 4 des OEuvres complètes de Rosa Luxemburg (« La Brochure de Junius, la Guerre et l’Internationale« ), qui sortira à ce moment, puis débat sur le thème : « Rosa Luxemburg et l’opposition internationaliste contre la Première Guerre mondiale« .

En ce centenaire de la barbarie que fut la Première Guerre mondiale, c’est l’occasion de revenir sur l’épreuve de vérité que constitua cet événement pour le mouvement ouvrier. Si beaucoup se rallièrent à l’Union sacrée, l’indépendance de classe et l’internationalisme furent réaffirmés par des militants de tous pays. L’expression théorique de ce courant fut le mieux incarnée par un texte écrit en prison par Rosa Luxemburg : « La Crise de la social-démocratie », aussi connu comme « brochure de Junius » du fait qu’elle dut signer de ce pseudonyme. Elle y décrivait l’objectif socialiste face au conflit : « l’éradication de la guerre et l’obtention aussi rapide que possible d’une paix imposée par la lutte internationale du prolétariat ». Aujourd’hui, en pleine crise mondiale du capitalisme, cette lutte reste plus que jamais d’actualité.

Débat organisé et animé par Critique Sociale.

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Balance N°38

24 septembre 2014 by

En este cuaderno número 38 de Balance se reproduce la correspondencia mantenida de 1970 hasta 1979 entre Juan García Oliver, uno de los más destacados militantes anarcosindicalistas de los años veinte y treinta, y Diego Camacho Escámez, militante anarcosindicalista desde los años cuarenta hasta su muerte, autodidacta y sobresaliente historiador, autor bajo el seudónimo de “Abel Paz”, de una biografía sobre Durruti, traducida a 17 idiomas y plagiadísima por una legión de oportunistas plumíferos, que la industria cultural fomenta y paga, porque pulidas las aristas y aguado el contenido, todo puede y debe recuperarse, venderse y consumirse.

La correspondencia abarca el período en el que Diego Camacho está ultimando la redacción de su primer libro sobre Durruti, y en el que García Oliver está redactando sus memorias. La relación entre ambos es muy difícil, y adquiere por parte de García Oliver unos tintes de despotismo y rechazo iniciales, que sólo la paciencia, la condescendencia y sobre todo la excelencia e inteligencia de las reflexiones de Diego Camacho consiguen sostener y prolongar.

En 1978 Juan García Oliver publicó en Ruedo Ibérico su libro de memorias, titulado El eco de los pasos. La redacción del libro fue una auténtica batalla campal, frase a frase, palabra a palabra, corrección a corrección, de García Oliver contra Martínez, su editor. En el archivo del Ateneu Enciclopèdic Popular (AEP) se guarda el manuscrito original; en el que se puede consultar unas páginas que rebosan correcciones de todo tipo: gramaticales, sintácticas, de estilo, etcétera. La edición del libro fue, pues, una guerra entre editor y autor, prolongada, agotadora y minuciosa.

Se trata de un libro de memorias redactado sin consultar fuente alguna de archivo, fiado a una memoria portentosa, pero no infalible, y por tanto fuente de errores que aquí no vamos a detallar ni analizar. El lector, en este mismo número de Balance, podrá leer la reseña que le hizo Abel Paz, en 1979.

Ha de advertirse al lector que se respetan siempre las mayúsculas y los subrayados de los textos originales de García Oliver y de Diego Camacho (“Abel Paz”), pero que las negritas son siempre responsabilidad de la revista Balance, cuando se ha querido resaltar al lector las afirmaciones realizadas por uno y otro.

Del mismo modo, salvo indicación en contra, las notas a pie de página son autoría de Balance, y pueden ser de tres tipos:

1.- Para indicar la fuente.

2.- Para ampliar la información o hacer comprensible el texto al lector.

3.- Para efectuar algún comentario.

Todas las cartas reproducidas se encuentran depositadas en el Centro Ascaso-Durruti de Montpellier, archivo y biblioteca a cuya fundación y sostenimiento Diego Camacho dedicó sus esfuerzos durante años. A ese centro cedió lo mejor y la mayor parte de su biblioteca y de su archivo personal, porque no halló en Barcelona ningún archivo ni biblioteca que se interesara seriamente por conseguir su cesión y custodia. Solía explicar la anécdota de cómo echó de su casa, a patadas. al director de un destacadísimo archivo barcelonés, porque le ofreció una cantidad ridícula por su archivo y biblioteca, al tiempo que Diego gritaba que él era y había sido pobre toda su vida, pero que miserable no lo había sido nunca, ni lo sería, y que su oferta era un insulto a la inteligencia y la honestidad. Ignoro si el excelentísimo director del archivo, azorado entre empujones y patadas en el culo, comprendió nunca la diferencia entre ser pobre y ser un miserable.

El interés de esta correspondencia entre García Oliver y Diego Camacho reside en la pasión, a veces obsesión, de ambos militantes anarcosindicalistas, de dos generaciones distintas, por una serie de hechos, problemas y temas fundamentales de la revolución y la guerra de julio de 1936, que se centran sobre todo en uno sólo: el Pleno de Locales y Comarcales de la CNT que aceptó el colaboracionismo de los anarcosindicalistas con el resto de fuerzas antifascistas y decidió la creación del Comité Central de Milicias Antifascistas (CCMA), organismo de colaboración de clases con el que se renunciaba a “ir a por el todo”, y también a la profunda revolución que se estaba produciendo en las calles de Barcelona.

Las reflexiones expresadas por uno y otro, en la correspondencia sostenida entre ambos, tienen la virtud de ser concisas, pero de una gran altura intelectual y de una enorme valía militante, como se intentará poner de manifiesto a lo largo de todo el texto y en las conclusiones.

Agustín Guillamón

Page1 de BALANCE 38

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1884 : la République, les syndicats, la loi

22 septembre 2014 by

Note de lecture parue dans La Révolution prolétarienne N°785.

1884 : des syndicats pour la République (1). Tel est le titre du dernier ouvrage de l’historien Stéphane Sirot. Stéphane Sirot est un des principaux historiens français du mouvement ouvrier ; il s’est plus particulièrement intéressé aux grèves et du syndicalisme.

La loi de 1884 légalisant le syndicalise est souvent présentée comme une des lois importantes de la 3e République naissante (avec celle sur l’école laïque, la liberté de la presse…). Elle est parfois présentée aussi comme une avancée démocratique pour le mouvement ouvrier, bref une conquête ouvrière. L’auteur, l’année du 130e anniversaire de l’adoption de la loi, donne un point de vue plus nuancé : pour lui, elle s’intègre dans un moment particulier des rapports entre l’Etat bourgeois et le mouvement syndical.

Pour construire sa démonstration, l’auteur se plonge dans les sources même de ladite loi  à savoir les débats parlementaires à son sujet, qui ont été longs (trois ans) et difficiles. Et de fait, les intentions des parlementaires apparaissent le plus souvent comme dénuées d’ambiguïté.

Un tournant… relatif

La loi de 1884 sur le syndicalisme marque en effet une rupture d’un certain point de vue. Le syndicalisme, et plus globalement les groupements professionnels, est combattu et réprimé durant la majeure partie du 19e siècle. Ainsi la prétendue « tolérance » du Second empire (loi de 1864 dépénalisant la grève) trouve vite ses limites : l’ordre du jour d’un rassemblement syndical doit préalablement être transmis à l’autorité, et il doit se tenir en présence d’un policier !

A cet égard, la loi de 1884 représente bien un tournant. Mais un tournant dans l’intérêt bien compris de l’Etat capitaliste : alors que les grèves s’étendent, que dans les faits les syndicats se développent, et que le socialisme progressent… il s’agit de faire en sorte d’empêcher la confluence de ces trois aspects débouche sur une contestation ouverte. Dans cette situation, en effet, poursuivre une politique de répression peut devenir contre-productif : comme le dit sans ambages Jules Ferry lui-même, « Réprimer aveuglément (…) favorisait la prolifération des sectes socialistes. En autorisant les syndicats professionnels, ce gouvernement a mis en place une administration (…) capable d’isoler les agitateurs professionnels ».

Préserve l’ordre social, c’est aussi permettre aux ouvriers d’obtenir une amélioration de leur sort, sans pour autant mettre en place une législation sociale trop contraignante (il n’est nullement question d’Etat-Providence à l’époque !) : les parlementaires républicains pensent que les syndicats deviendront prestataires de service (bureaux de placement, protection contre le chômage et la vieillesse…) sans que l’Etat ait à se préoccuper de « social ».

Intégrer, surveiller… et punir

Mais il y a un autre grand but, toujours dans un souci de préservation de l’ordre social. A savoir faire des syndicats des organes intégrés à ce même ordre social, les transformer d’ennemis de classe en « partenaires sociaux » (si le mot n’existe pas, l’idée est déjà présente). Ainsi, pour les partisans de la légalisation de syndicats, ils peuvent être de bons instruments pour garantir la stabilité sociale, tout d’abord en « disciplinant » l’usage de la grève : comme le déclare un député du Rhône, « avec les syndicats, composés généralement des hommes les plus généreux et les plus intelligents des corporations, vous pouvez être certains que tous les moyens de conciliation seront toujours employés jusqu’à la dernière extrémité ; et alors vous n’aurez plus de ces grèves intempestives qui surgissent du jour au lendemain ». Les syndicats, pensent même certains parlementaires, pourront servir à faire accepter à la classe ouvrière la logique de la société capitaliste (Jules Ferry : « Ce qui n’était dans d’autres temps qu’indignation et révolte devant des nécessités incomprises peut devenir une adhésion raisonnée et volontaire à la loi naturelle des choses »). Et les légaliser favorisera un grand nombre d’adhésions, isolant en leur sein les partisans de la lutte contre le capitalisme : « l’esprit moyen qui se dégagera de ces associations sera un esprit de modération ».

Enfin, certains espèrent que les syndicats, par le biais des négociations d’accords (et la fréquentation régulière du monde patronal que cela implique), seront des facteurs de stabilité sociale.

Mais on n’est jamais trop prudent… car si l’Etat capitaliste n’est pas mécontent de disposer d’interlocuteurs, il ne faudrait pas que ces derniers se mêlent de vouloir formuler un projet de société global… et à devenir ainsi une menace pour la société existante ? La loi borne donc le champ d’action des syndicats : ils doivent défendre « exclusivement » (nuance limitative) « des intérêts économiques, industriels, commerciaux ou agricoles ». Toute notion d’intérêt général – qui peut impliquer un projet d’organisation de la société – est retirée du texte de loi.

Et enfin, une série de restrictions et de moyens de contrôle est prévue : interdiction des responsabilités syndicales pour les étrangers et les femmes, obligation de déposer les statuts d’un syndicat avec les noms de ses dirigeants (certains parlementaires auraient voulu imposer le dépôt de la liste des membres du syndicat avec leur adresse !), non-reconnaissance du fait syndical dans l’entreprise (licencier quelqu’un pour activité syndicale est légal)… certaines auraient même voulu interdire les unions de syndicats (les confédérations en d’autres termes) : en regroupant les travailleurs des différentes corporations, elles sont amenés à fournir une vision générale de la société, ce qui là encore est perçu comme un danger.

Comme on le voit, pour les républicains de la 3e République, la légalisation du fait syndical est avant tout la reconnaissance d’un fait déjà existant, dans le but de le détourner de la contestation de la société capitaliste.

Une victoire posthume ?

Pour l’auteur, ce projet des républicains bourgeois échoue dans un premier temps. Tout d’abord parce que le mouvement syndical la refuse : ainsi la Fédération nationale des syndicats demande son abrogation. Un certain nombre de syndicats refusent de se plier aux obligations légales, et plus tard la CGT accepte en son sein ces syndicats « hors-la-loi », défiant ainsi la légalité « républicaine ».

De plus, loin de s’atténuer, le mouvement gréviste s’amplifie progressivement jusqu’aux années 1970. Pire, infirmant les espoirs en un syndicalisme facteur d’ordre social, la CGT de la fin du 19e et du début du 20e siècle se définit ouvertement comme porteuse d’un projet de société en rupture avec le capitalisme, autrement dit comme une ennemie de l’État bourgeois.

En revanche, il considère aussi qu’un changement se produit à partis des années 1980. Il correspond notamment au développement de la négociation d’entreprise, associée à une dépolitisation » du mouvement syndical, autrement dit à une renonciation rampante à changer la société.

Une victoire posthume de Jules Ferry ?

Ce ne sont ici que quelques aspects d’un livre stimulant, qui en recèle beaucoup d’autres.

Quentin Dauphiné

 

(1) Stéphane Sirot : 1884 : des syndicats pour la République, éditions Le Bord de l’eau.

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Critique Sociale N° 32

8 septembre 2014 by

Le numéro 32 de Critique Sociale (septembre/octobre 2014) est disponible au format PDF.

Au sommaire :

- Actualité :
* Six ans de crise mondiale
* Sortir des ruines politiciennes nationales, construire une alternative internationaliste
* Débat sur Rosa Luxemburg le 18 octobre 2014 à Paris

- Histoire :
* La guerre et l’orientation socialiste (25 août 1914)
* Un siècle après l’assassinat de Jaurès
* Un livre de Paul Frölich sur la guerre 14-18 en Allemagne
* Paul Lafargue contre le capitalisme falsificateur

- Théorie :
* Rosa Luxemburg et la grève de masse

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